Hong Kong : quand des multinationales défendent la démocratie

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La résistance de Twitter, Facebook et Google contre les prétentions des communistes chinois à surveiller leurs utilisateurs représentent un bastion de la liberté face aux exigences d’un État despotique.

Par Lionel Chanel.

Facebook, Twitter et Google se sont érigés contre le pouvoir communiste chinois en défenseurs de la liberté d’expression à Hong Kong.

« Il n’y a pas de liberté politique sans liberté économique. » Jean-François Revel

La loi sur la sécurité nationale qui s’est abattue sur Hong Kong la semaine dernière s’est heurtée à la résistance de quelques géants mondiaux de l’économie, Facebook, Google et Twitter. En effet, suite à l’entrée en vigueur des mesures liberticides de Pékin ces entreprises ont décidé qu’elles « ne répondaient plus aux demandes d’informations sur leurs utilisateurs émanant du gouvernement et des autorités de Hong Kong », nous apprenait le journal 20 minutes. L’enjeu ? La défense de la liberté d’expression.

Les origines léninistes de la haine chinoise pour la liberté d’expression

C’est une banalité confondante d’affirmer que toute dictature déteste la liberté d’expression. Dans le cas chinois, cette aversion pour la parole d’autrui tire son origine dans la nature même du régime, qui est resté léniniste à certains égards.

On le sait, la Chine de Xi Jinping se caractérise par son parti unique, son idéologie officielle, sa direction unique et sa censure, auxquels s’ajoute, différence par rapport au léninisme pur, un nationalisme décomplexé qui prend pour cible l’Occident et envisage la conquête de territoires qu’il convoite : Hong Kong, bien évidemment, mais aussi Taïwan.

Il faut donc se référer à Lénine et à son Que faire ? paru en 1902 pour comprendre la haine de Pékin pour la liberté d’expression. Dans cet ouvrage, le théoricien russe de la révolution marxiste proclamait que l’avant-garde du prolétariat, constituée en parti, détenait la Vérité qu’il devait se charger de répandre dans la classe ouvrière.

Or, dans cette optique, puisque le parti détient le Savoir absolu, toute critique est non seulement inutile mais représente aussi une hérésie. La parole de l’autre n’a aucune valeur. Le dialogue avec un pouvoir communiste est inconcevable. C’est Lénine qui déclara un jour :

« Les mencheviks me disent : “Permettez-nous de dialoguer avec vous” et moi je leur dis : “Permettez-nous de vous coller au mur.” »

Aussi, le joug que la dictature communiste inflige à Hong Kong s’accompagne d’une tentative de juguler les critiques et les protestations exprimées sur les réseaux sociaux, à laquelle se sont opposés Facebook, Twitter et Google.

Il faut dire que Hong Kong autorise les critiques du régime néo-léniniste à se faire entendre : la liberté d’expression qui y a cours ne permet donc pas de renvoyer une image flatteuse du pouvoir chinois.

En 2011, par exemple, c’est dans un quotidien hongkongais que l’avocat Jiang Tianyong put relater le martyre qu’il endura en raison de son activisme en faveur des droits de l’Homme : torture psychologique, menaces sur sa famille et ses activités, rupture de ses relations professionnelles…

L’entreprise privée, alliée de la démocratie

En principe, la communauté internationale, les pays occidentaux en tête, aurait dû s’indigner vivement contre ce que certains n’hésitent pas à qualifier de coup d’État. Les condamnations furent bien timides.

Ici, il faut souligner que ce sont des entreprises privées — Google, Facebook et Twitter — qui agissent, dans la mesure de leurs moyens, pour la préservation des droits humains. Autrement dit, la liberté économique — dont l’un des critères essentiels est l’indépendance totale des entrepreneurs à l’égard du pouvoir politique — se fait l’alliée de la démocratie.

En réponse à cette assertion scandaleuse, les antilibéraux objecteront certainement que l’adhésion de la Chine au capitalisme, couronnée par son entrée à l’Organisation mondiale du commerce en 2001, n’a nullement apporté la démocratie dans le pays. C’est oublier que capitalisme n’est pas synonyme de libéralisme.

En Chine règne un capitalisme d’État, caractérisé par une mainmise du parti sur une très grande partie du secteur privé, des entraves de toutes sortes aux entrepreneurs étrangers, des mesures protectionnistes adoptées au mépris des règles édictées par l’OMC, la direction de puissantes entreprises publiques par des nomenklaturistes du régime, la soumission des petits entrepreneurs à une association professionnelle acquise au régime, l’interdiction des syndicats et on en passe.

Voilà pourquoi la prétendue libéralisation économique de la Chine n’a pas démocratisé le régime : ce dernier s’appuie sur un capitalisme antilibéral, où le secteur privé est étroitement corseté et surveillé par le parti.

Ce dernier est bien conscient que l’entreprise privée et l’économie de marché est l’une des facettes de l’autonomie de la société civile à l’égard de l’État. Un entrepreneur, c’est d’abord et avant tout un individu libre, autrement dit la hantise de toute dictature.

La résistance de Twitter, Facebook et Google contre les prétentions des communistes chinois à surveiller leurs utilisateurs reflètent cette autonomie, qui représente ainsi un bastion de la liberté face aux exigences d’un État despotique.

Ouverture versus fermeture

La Chine communiste, malgré son intégration aux circuits mondiaux des échanges, demeure l’incarnation de la fermeture — elle n’a entrepris d’entrer dans la mondialisation que pour servir ses propres intérêts, c’est-à-dire ceux du parti, tout en empêchant ses partenaires de bénéficier en retour d’une vraie liberté économique sur son territoire.

Hong Kong, au contraire, incarne un îlot d’ouverture sur le monde, aussi bien économique que politique, cependant mis à mal depuis au moins une décennie par la Chine. Les Hongkongais sont fortement attachés à l’État de droit, au suffrage universel et aux libertés publiques.

Ce qui se passe, finalement, entre la Chine et Hong Kong, est une illustration du conflit pluriséculaire analysé par Karl Popper entre société ouverte et société close.

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