Hong Kong : la loi sur la sécurité nationale fait ses premières victimes

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Hong Kong : les premières victimes de la répression au nom de la sécurité nationale ont été arrêtées aujourd’hui par le pouvoir pro-chinois.

Par Frédéric Mas.

Un homme qui portait un drapeau pro-indépendantiste a été arrêté aujourd’hui en vertu de la nouvelle loi sur la sécurité nationale adoptée par le gouvernement pro-chinois de Hong Kong. Depuis hier, les slogans, les protestations et les demandes d’autonomie des militants démocrates et libéraux tombent sous le coup de la loi et « menacent », aux yeux des autorités, la « sécurité de l’État ».

Le parlement chinois a voté hier la loi sur la sécurité nationale, loi qui devrait être incorporée à la Loi fondamentale de Hong Kong après promulgation par le président Xi Jinping.

Normalisation de Hong Kong

La loi de sécurité nationale, au nom de la « lutte contre le terrorisme » et le « séparatisme », est un instrument de répression impitoyable dans les mains du gouvernement de Pékin pour « normaliser » Hong Kong et l’expurger de ses libertés en réduisant au silence le mouvement démocratique. Elle met fin au système né en 1997 après la rétrocession de Hong Kong à la Chine par le Royaume-Uni qui visait à maintenir « deux systèmes pour un seul pays », c’est-à-dire respectant le statut démocratique et libéral de l’ex-colonie britannique.

Seulement, deux choses ont été sous-estimées au moment de la rétrocession.

  • Premièrement, l’ouverture de la Chine à l’international en 2001 n’a pas changé la nature profondément autoritaire, voire totalitaire de son gouvernement. George Bush puis Bill Clinton ont ferraillé pour faire adhérer la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, ce qu’elle fera en 2001 pour ouvrir le pays au libre-échange international et rééquilibrer sa balance commerciale avec le géant asiatique.
    Sans doute certains à Washington imaginaient que la libéralisation, même marginale, du régime, allait le pousser à se démocratiser. C’est le contraire qui est arrivé, et la désignation de Xi Jinping incarne à merveille cette glaciation. L’innovation technologique est désormais au service de la surveillance, et l’enrichissement relatif de l’économie est mis au service de l’impérialisme de Pékin sur toute la surface du globe.
  • Deuxièmement, les Occidentaux ont sous-estimé le traumatisme de la chute de l’URSS et des révoltes de la place Tienanmen. L’oligarchie communiste qui dirige le pays craint par-dessus tout de finir comme les gérontes du régime soviétique, et font tout depuis pour en éviter le destin. Tout ce qui peut sembler aller dans le sens d’une réforme démocratique est donc combattu et condamné comme séditieux.
    La crainte de Pékin est tout à fait justifiée : la réussite de Hong Kong -comme de Taïwan- témoigne de manière éclatante de la supériorité du modèle libéral sur celui communiste, et pourrait de ce fait susciter des élans de liberté sur le sol chinois. Ce n’est pas pour rien si le pouvoir de Pékin filtre toutes les informations provenant de Hong Kong comme de Taïwan.

L’Europe timorée

Face à la répression chinoise, l’Europe n’a pas réagi, et a tenté d’éviter la confrontation, là où les États-Unis ont protesté énergiquement. La semaine dernière, Washington avait annoncé restreindre l’accès aux visas de certains ressortissants chinois accusés d’avoir encouragé la fin de l’autonomie de Hong Kong. Pékin avait répliqué en faisant de même à l’endroit des ressortissants américains accusés d’ingérence dans des affaires intérieures.

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