Hong Kong, grain de sable démocratique dans la mécanique totalitaire chinoise

Hong Kong Grunge Flag By: Nicolas Raymond - CC BY 2.0

Les dirigeants américains et européens seront-ils assez courageux pour entendre le message de Hong Kong et le défendre sur la scène internationale ?

Par Frédéric Mas.

À Hong Kong, la victoire des candidats pro-démocratie aux élections locales est totale. Avec un taux de participation de près de 71 %, les candidats poussés par le régime chinois sont totalement laminés. Le message adressé à l’exécutif, et plus largement à Pékin, est clair comme du cristal : nous ne voulons pas être normalisés, laissez-nous en paix avec nos institutions libres.

Ce qu’on appelait « normalisation » en Tchécoslovaquie avant la chute du mur en 1989 désignait la répression et la conformité idéologique imposée au pays par le régime communiste. Comme le rappellent Ivan Krastev et Stephen Holmes dans Le moment illibéral (2019) :

« Le communisme à la soviétique était alternativlos. Il convenait de l’imiter sans déviations. Ainsi que Michnik l’écrivit en 1985, la normalisation sous Kadar et Husak : ‘au fond, signifiait la destruction totale de toutes les institutions indépendantes. Quarante mois après l’invasion soviétique, la Hongrie ressemblait à un cimetière politique ; quarante mois de normalisation en Tchécoslovaquie l’avaient transformée, selon la formule si pertinente d’Aragon, en Biafra de l’Europe.’ »

La Chine a pour ambition de faire subir le même sort à Hong Kong, dans la plus pure tradition du communisme « réellement existant ». Comme l’URSS, Pékin craint tout ferment de sédition qui lui ferait perdre la face, et qui condamnerait la clique de bureaucrates qui la dirigent au même sort que ses prédécesseurs soviétiques.

Face à la propagande de Pékin

Les révoltés de Hong Kong ont dû faire face à l’intense propagande pro-Pékin visant à minorer leur action, criminaliser leur mouvement ou encore ignorer leurs revendications. Parmi les figures du mouvement, Joshua Wong s’est imposé comme un vétéran de la lutte pour la démocratie et les droits de l’Homme. À seulement 23 ans, il incarne le mouvement de fond d’une jeunesse qui s’est réveillée contre la propagande de Pékin et pour des élections libres avec la révolution des parapluies. C’était tout naturellement que sa candidature aux élections a été barrée sous prétexte de défendre l’autodétermination de Hong Kong.

Cette élection change la donne, car elle est un témoignage fait devant le monde entier : plus personne en Occident ne pourra répéter servilement la propagande de Pékin qui réduisait la révolte à la radicalisation criminelle d’une minorité. Pour la Chine communiste, c’est un camouflet à son autorité et un exemple de révolte qui pourrait se propager.

Comme au moment de Tien An Men, l’élite bureaucratique et politique chinoise fait tout pour effacer l’événement afin de prévenir toute révolte démocratique.

Pour les Occidentaux, c’est un défi : plutôt que de ramper pour complaire à la nouvelle puissance chinoise économique, l’exemple de Hong Kong l’invite à revenir à ses fondamentaux éthiques, à savoir la règle de droit et les libertés fondamentales. Les dirigeants américains et européens seront-ils assez courageux pour entendre le message de Hong Kong et le défendre sur la scène internationale ?

 

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