À quoi bon le diplôme du baccalauréat ?

Finally graduate by B.Y(CC BY-NC 2.0) — CC-BY

Un diplôme ne devrait pas être un certificat de participation ou une médaille en chocolat pour acheter la paix sociale.

Par Stanislas Kowalski.

Les piqûres de rappel sont importantes. Ce n’est pas la première fois que je m’exprime sur le sujet, mais la situation est grave.

Jamais le reproche d’Ivan Illich n’aura été aussi juste. Le diplôme n’est aujourd’hui qu’un certificat de conformité sociale. Alors que les apprentissages sont plus bas qu’à l’ordinaire, les taux de réussite au baccalauréat atteignent un record historique.

Je n’ai pas besoin de prouver que cette année les élèves ont mal appris. Je n’ai même pas besoin d’être en France pour sentir la situation. C’est une évidence, les apprentissages ont été chamboulés au cours de ces derniers mois.

Beaucoup d’élèves sont passés entre les mailles de la « continuité pédagogique », car il a fallu improviser, car on ne contrôle pas la présence dans une classe virtuelle comme on le fait dans une classe physique, car les cours en ligne offrent beaucoup d’excuses aux paresseux, car ni les professeurs ni les élèves n’étaient tout à fait prêts techniquement, car il est plus facile de tricher quand les tests se font en ligne.

Il se peut que certains élèves aient bénéficié de la crise, en la prenant comme une opportunité d’être plus autonomes. Mais il faudrait être bien naïf et ne rien savoir des adolescents pour imaginer qu’ils soient autre chose que des exceptions.

Un diplôme ne devrait pas être un certificat de participation ou une médaille en chocolat pour consoler ceux qui se sont fatigués (si seulement). Il est censé garantir un niveau. C’est une lourde responsabilité que de le délivrer.

Je ne cesse de le rappeler dans mon centre de formation, la seule question à se poser quand on note les étudiants est la suivante : leur faisons-nous confiance pour effectuer le travail qui sera le leur l’année prochaine ? Autrement dit, seront-ils capables de conseiller les autres professeurs sans provoquer une catastrophe ?

Ce genre de question est valable pour toutes les formations. J’espère bien que le doctorat de médecine ne sera jamais attribué comme l’est le baccalauréat aujourd’hui. Ce serait criminel. Et que dire d’un diplôme de langue ? Vous certifiez à l’entreprise qui va embaucher vos étudiants qu’elle ne risque pas une fortune en leur demandant de traduire des contrats commerciaux. On pourrait multiplier les exemples.

Nous achetons la paix sociale en distribuant le baccalauréat comme des croissants. Mais acheter la paix sociale est toujours une erreur éducative et le prix sera monstrueux. Je ne parle pas seulement de prix financier. Ce n’est pas rendre service aux jeunes que de leur mentir sur leurs droits ou leurs capacités. Ils vous maudiront quand la réalité se chargera de compléter leur éducation.

Aux jeunes, je dis : « Soyez plus lucides que vos aînés. Agissez sur la base de ce qu’ils ne vous disent pas. Apprenez ce qu’ils n’exigent pas de vous, mais dont vous avez besoin tout de même. Mettez votre honneur à mériter la confiance qu’ils vous accordent à la légère. Non pas pour leur faire plaisir, mais parce que c’est votre intérêt bien compris. »

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