À quoi bon le diplôme du baccalauréat ?

Un diplôme ne devrait pas être un certificat de participation ou une médaille en chocolat pour acheter la paix sociale.

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À quoi bon le diplôme du baccalauréat ?

Publié le 12 juillet 2020
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Par Stanislas Kowalski.

Les piqûres de rappel sont importantes. Ce n’est pas la première fois que je m’exprime sur le sujet, mais la situation est grave.

Jamais le reproche d’Ivan Illich n’aura été aussi juste. Le diplôme n’est aujourd’hui qu’un certificat de conformité sociale. Alors que les apprentissages sont plus bas qu’à l’ordinaire, les taux de réussite au baccalauréat atteignent un record historique.

Je n’ai pas besoin de prouver que cette année les élèves ont mal appris. Je n’ai même pas besoin d’être en France pour sentir la situation. C’est une évidence, les apprentissages ont été chamboulés au cours de ces derniers mois.

Beaucoup d’élèves sont passés entre les mailles de la « continuité pédagogique », car il a fallu improviser, car on ne contrôle pas la présence dans une classe virtuelle comme on le fait dans une classe physique, car les cours en ligne offrent beaucoup d’excuses aux paresseux, car ni les professeurs ni les élèves n’étaient tout à fait prêts techniquement, car il est plus facile de tricher quand les tests se font en ligne.

Il se peut que certains élèves aient bénéficié de la crise, en la prenant comme une opportunité d’être plus autonomes. Mais il faudrait être bien naïf et ne rien savoir des adolescents pour imaginer qu’ils soient autre chose que des exceptions.

Un diplôme ne devrait pas être un certificat de participation ou une médaille en chocolat pour consoler ceux qui se sont fatigués (si seulement). Il est censé garantir un niveau. C’est une lourde responsabilité que de le délivrer.

Je ne cesse de le rappeler dans mon centre de formation, la seule question à se poser quand on note les étudiants est la suivante : leur faisons-nous confiance pour effectuer le travail qui sera le leur l’année prochaine ? Autrement dit, seront-ils capables de conseiller les autres professeurs sans provoquer une catastrophe ?

Ce genre de question est valable pour toutes les formations. J’espère bien que le doctorat de médecine ne sera jamais attribué comme l’est le baccalauréat aujourd’hui. Ce serait criminel. Et que dire d’un diplôme de langue ? Vous certifiez à l’entreprise qui va embaucher vos étudiants qu’elle ne risque pas une fortune en leur demandant de traduire des contrats commerciaux. On pourrait multiplier les exemples.

Nous achetons la paix sociale en distribuant le baccalauréat comme des croissants. Mais acheter la paix sociale est toujours une erreur éducative et le prix sera monstrueux. Je ne parle pas seulement de prix financier. Ce n’est pas rendre service aux jeunes que de leur mentir sur leurs droits ou leurs capacités. Ils vous maudiront quand la réalité se chargera de compléter leur éducation.

Aux jeunes, je dis : « Soyez plus lucides que vos aînés. Agissez sur la base de ce qu’ils ne vous disent pas. Apprenez ce qu’ils n’exigent pas de vous, mais dont vous avez besoin tout de même. Mettez votre honneur à mériter la confiance qu’ils vous accordent à la légère. Non pas pour leur faire plaisir, mais parce que c’est votre intérêt bien compris. »

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  • Ivan illich, esprit brillant, mais torturé. Contre l’école, contre la médecine, contre la technologie. Mais la lecture de ses livres vous déstabilise par ses originalités.
    Comme disait Coluche, il a des idées sur tout, il a surtout des idées.

    • Effectivement, il est très mauvais pour les solutions, mais il lui arrive de pointer de vrais problèmes. Sa principale erreur est de rejeter à la fois la bureaucratie et le marché. Que reste-t-il?

  • «Mais il faudrait être bien naïf et ne rien savoir des adolescents pour imaginer qu’ils soient autre chose que des exceptions.»

    Sur quoi se basent ces allégations ? Avez vous autre chose de plus sérieux que des clichés et des ouï-dire ?

  • Quand on dit à un individu qu’il mérite les plus forts louanges, il le croit, toujours. Et quand la réalité survient, l’individu n’est pas déçu, il est en colère. Non contre ceux qui l’ont couvert de louanges mais contre ceux qui lui exposent la dure vérité.

  • Les classes préparatoires en embuscade à la rentrée… ça va piquer pour les bacheliers 2020

    • De mon temps (mais je suppose que c’est toujours le cas), les classes préparatoires encourageaient les erreurs de casting à aller voir ailleurs.

      Il y aura vraisemblablement simplement un peu plus d’erreurs de casting.

  • D’un autre côté, on peut espérer que le travail personnel a amélioré la formation de ceux qui ont les capacités d’étudier dans le domaine choisi, par rapport à la formation dispensé par l’EN.

    Je suis particulièrement envieux des possibilités qu’offrent LE réseau à obtenir une information (complémentaire !) à l’enseignement institutionnel – mal adapté pédagogiquement puisque non ciblé et souvent déformé par l’idéologie des enseignants.

    A cet égard, le Covid serait presque un bénéfice pour les esprits sains et ayant échappé à la décérébration jusqu’alors.

  • Quand on a lu  » baccalaureat et socialisme » de l’immense F.Bastiat, on sait deja que le Bac est un etron etatique egalitariste, qui ne sert personne si ce n’est les hauts fonctionnaires de l’EN.
    J’en suis a regretter d’avoir perdu mon temps sur cette daube.

  • Cette fixation sur le BAC m’apparaît incompréhensible. Ce « diplôme » n’a aucun intérêt et n’en a ni plus ni moins qu’il y a quarante ans. Son seul intérêt est de permettre aux lycéens d’accéder aux études supérieures.

    Je ne comprends même pas qu’on dépense des centaines de millions pour l’organiser. C’est à supprimer, au même titre que le brevet. Des entreprises privées ne manqueront pas de proposer des tests standardisés pour évaluer les étudiants (type « GED », https://en.wikipedia.org/wiki/General_Educational_Development).

    Et, globalement, on accorde beaucoup trop d’importance aux diplômes en France. Il faudrait presque avoir une certification ou un diplôme pour monter sur un escabeau de trois marches si on en écoutait certains.

    • Si les universités reprennent le droit de sélectionner, on peut effectivement supprimer le baccalauréat.
      En revanche un passage automatique, comme ce qui se fait entre la troisième et la seconde, serait une catastrophe.

    • Cà n’a pas l’air d’être si intéressant que çà le GED : «  When controlling for other influences, he finds no evidence that, for the average taker, the GED test credential improves an individual’s economic opportunities above those for other dropouts.[23]
      Some say overall, there is a certain level of stigma for GED certification holders that affects employability or pursuit of higher education »

    • «Son seul intérêt est de permettre aux lycéens d’accéder aux études supérieures.» OU
      … permettre aux lycéens de continuer À ÊTRE POURSUIVIS par leurs études supérieures !

  • démagogie sans cesse et encore

  • Tout à fait.
    Mais c’est une attitude logique d’autopréservation. L’inverse reviendrait à reconnaitre qu’ils n’ont pas le niveau qu’ils pensaient avoir. Très peu sont capables de se remettre en cause.

  • Bonjour Monsieur.
    Je tiens à m’exprimer suite à votre prise de position sur l’obtention du Baccalauréat 2020.
    En effet, certains point que vous soulignez s’avèrent justes, notamment sur la crédibilité, moi même étant bachelier Scientifique 2020, qu’aura l’obtention de ce diplôme.
    La, où en revanche je ne suis pas d’accord avec votre opinion, c’est sur l’idée que « les élèves ont mal appris ». Certes, comme vous le dites, certains ont profité des conditions exceptionnelles imposées par le gouvernement pour se la couler douce et s’octroyer des vacances de 6 mois. Mais, ne faites pas des généralités trop vite. Ces cas existent, oui, mais ils ne représentent en rien l’intégralité des mes camarades bacheliers de cette année.
    Ensuite, je tiens à revenir sur le parrallèle entre notre diplôme et le « certificat de participation ». Pour être honnête avec vous Monsieur, je trouve cela un peu insultant et voire rabaissant pour ceux qui auront trimé dur toute l’année.
    Car en effet, même si comme vous le dites si bien, des élèves (peu importe leur filière) ont profité des failles du système éducatif en cette période délicate pour lâcher les cours, laissez moi vous rappeler 2 points :
    – Premièrement, l’obtention de notre bac s’est faite uniquement sur notre présence physique dans nos lycées respectifs, soit de septembre à mi-mars.
    – Deuxièmement, parlons de ParcourSup. Oui, il est vrai que dans certains établissements des élèves ont été surnotés pour leur dossier Parcoursup, mais sachez que pour la majorité, travail et rigueur étaient au rendez-vous. J’ai moi même côtoyé des travailleurs sérieux et réguliers qui voulaient s’assurer de bonnes notes pour leur dossier. Donc, non, ce n’est pas « une participation » qui caractériserait le mieux notre engagement scolaire.

    • Je n’ai nullement l’intention de vous insulter, et au vu de votre prose, je ne doute pas que vous méritiez votre bac.
      A votre place, c’est par l’administration que je me sentirais insulté. car elle traite pareillement ceux qui ont travaillé et ceux qui ne l’ont pas fait. Elle méprise vos efforts et néglige les prérequis pour la suite.

      Quant à la rupture des apprentissages, je n’ai pas dit qu’elle concernait tout le monde. Je parle d’une tendance. Et la tendance actuelle ne justifie pas la hausse massive du taux de réussite.
      Je suis bien persuadé que vous fréquentez des gens sérieux, puisque vous l’êtes vous-mêmes. On choisit des amis avec lesquels on partage un minimum de valeurs. J’imagine que vous ne fréquentez ni la racaille ni les tire-au-flanc. Ne faites donc pas de généralisation en sens inverse.
      Quand on est professeur, on ne choisit pas ses élèves et on est amené à croiser toutes sortes de profils. Et ce que je crois savoir de la motivation des élèves, c’est que la plupart sont relativement bien disposés, mais ne vont pas au-delà de ce qui est exigé. Ils travaillent sans trop rechigner, mais se montrent paresseux quand l’occasion se présente. Les adultes sont pareils.
      Par ailleurs, pendant le confinement, les conditions d’enseignement se sont dégradées. Il fallait plus que de la bonne volonté pour maintenir la qualité des apprentissages. Même dans mon centre de formation, où j’entraîne des adultes triés sur le volet, entraînés à utiliser les TICE et motivés directement par leurs perspectives de carrière, j’ai vu des signes très nets de lassitude. Je sais qu’il est possible d’enseigner en ligne. Je l’ai fait. Mais ce serait se mentir que de prétendre que cela n’a pas d’impact et que la qualité est la même. Il y a de nombreuses conditions pour que cela marche et ces conditions ne sont pas facilement réunies.
      Quant à noter les élèves uniquement sur la période de présence physique, cela confirmerait plutôt mon hypothèse. Il manque plusieurs mois au cursus. J’ai dit que le diplôme ne devait pas sanctionner la simple présence, j’aurais peut-être pu préciser qu’il n’est pas là non plus pour sanctionner l’effort. Ce sont les résultats qu’on juge, pas la fatigue. Celui qui s’épuise avec de mauvaises méthodes de travail n’atteint pas le niveau escompté. C’est triste, mais c’est comme ça. Selon toute vraisemblance, en moyenne, on doit s’attendre à un baisse dans de telles circonstances.
      C’est pareil pour l’économie. Il y a des gens qui se sont enrichis pendant le confinement, parce qu’ils n’ont pas arrêté de travailler et ont été entreprenants. Je pense moi-même avoir consolidé ma position. Mais sur l’ensemble de l’économie d’un pays, on parle d’une perte sèche, très lourde. Les succès de quelques-uns ne compensent pas l’inaction des autres.

      Alors bien sûr, par acquis de conscience, je devrais monter un protocole de recherche pour confirmer mes hypothèses. J’essaierai, si je trouve le temps et le budget pour le faire correctement. Mais pour que cela vaille le coup, il faudra que j’essaie d’aller plus loin que la tendance générale, trop prévisible, par exemple l’identification des élèves les plus durement touchés et les stratégies de compensation.

  • cela fait bien longtemps que les diplômes n’ont plus vocations à valider un savoir mais sont des instruments politiques soit pour créer artificiellement une élite soit d’achat de la paix social (les deux à la fois le plus souvent).

  • La carrière des inspecteurs d’académie a justifié des résultats toujours meilleurs : bientôt 110% de réussite au bac…
    Il faut redonner sa valeur à cet examen ou le supprimer car on donne l’illusion aux jeunes qui l’obtiennent sans raison qu’ils vont accéder aux études supérieures alors qu’ils échouent massivement dès la première année. Cette dévaluation du diplôme créée des rancoeurs dès le début de la vie professionnelle, l’illusion de l’égalitarisme par le bas.

  • La Patrie des Droits de l’Etre Humain ne vient-elle pas d’y ajouter le droit au baccalauréat ?

  • Je suis un peu «vieux jeu», mais je serai assez curieux de faire passer les épreuves du Certificat d’Études Primaires (1965, par ex.) à des Bacheliers tout frais… 15% de réussite ??

    • La comparaison n’a pas bien de sens, car les épreuves ne testent pas du tout les mêmes connaissances. Le certificat d’études accordait un poids très important à la dictée et à l’arithmétique, mais pour le reste, c’était bien limité.
      Cela étant dit, d’après mon expérience, la moitié des lycéens d’aujourd’hui auraient certainement zéro à la dictée.

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