Droit à la poursuite d’études : encore une fausse bonne idée !

Quand les syndicats étudiants parlent de droit à la poursuite d’études, ils signifient en réalité droit inconditionnel au diplôme, indépendamment des notions d’effort et de travail.

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Droit à la poursuite d’études : encore une fausse bonne idée !

Publié le 19 mai 2021
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Par Nathalie MP Meyer.

Bac+5 et toujours au chômage : avec les fermetures d’activité imposées pour faire barrage à la pandémie de Covid-19, l’inquiétude des étudiants qui arrivent actuellement sur le marché du travail rebondit de plus belle. Mais le Covid n’explique pas tout. Cela fait des années que la « complainte du beau diplôme sans débouché » associé à un chômage des jeunes extrêmement élevé par rapport à la plupart des pays de l’Union européenne semble être devenue la marque de notre enseignement universitaire.

Aussi, dans l’espoir de redonner de la valeur aux diplômes et diminuer les « voies de garage » qui se multiplient nettement dans les filières de sciences humaines telles que la célèbre fac de psychologie, le mode de sélection des étudiants en master à l’université a changé à la rentrée 2017. Alors qu’auparavant, la sélection se faisait entre la première et la seconde année du cycle, elle intervient maintenant à l’issue du diplôme de licence, au moment de l’accès à la première année de master.

L’idée consistait à pousser les étudiants à se poser des questions sur leur avenir en brisant la facilité déresponsabilisante du passage systématique en master. Ce dernier système débouchait trop souvent sur un échec à Bac+4 et une sortie de l’enseignement supérieur sans rien de plus à valoriser sur le marché du travail que la licence obtenue l’année précédente.

C’est la raison pour laquelle les syndicats étudiants, UNEF compris, se sont montrés favorable à la réforme, mais à la condition expresse – et acceptée – que soit instauré en parallèle… un « droit à la poursuite d’études en master » pour les étudiants qui seraient refusés dans toutes les formations qu’ils auraient demandées via le site gouvernemental « Trouver mon master ».

Concrètement, les recalés de la sélection ont la possibilité de saisir le recteur d’académie de leur université et celui-ci a l’obligation de leur faire trois propositions de formation, avec priorité donnée à l’université où ils ont validé leur licence.

Et c’est là que tout commence à déraper. Car si la nouvelle sélection à l’entrée des masters est bien faite, si elle évalue correctement le niveau de l’étudiant et ses possibilités de réussite dans la filière choisie compte tenu des exigences académiques de la formation, on se doute bien que le taux de passage de la licence au master va mécaniquement diminuer et que les recours auprès des rectorats en vertu du nouveau droit à la poursuite d’études vont se multiplier.

C’est du reste exactement ce que l’on constate après trois ans de fonctionnement du nouveau système. Une comparaison du parcours de réussite effectuée récemment par le ministère de l’Enseignement supérieur sur la base des résultats des examens finaux de 2019 (donc avant l’impact Covid) entre les étudiants entrés en master en 2016 (avant la réforme) et ceux entrés en 2017 (avec la réforme) montre que le taux d’accès en master a chuté de 72,2 % à 67 % entre les deux cohortes :

On observe également que les taux de réussite à l’issue de la première année de master et sur l’ensemble du master ont augmenté respectivement de 5 et 4 points entre les inscrits de 2016 et les inscrits de 2017. On pouvait s’y attendre : le fait de sélectionner à l’entrée sur des critères académiques précis a forcément pour effet de renforcer le niveau des étudiants au sein des masters et donc de favoriser leur réussite.

Quant aux saisines des recteurs pour obtenir une formation en master malgré tout, il semblerait que seulement 40 % d’entre elles débouchent au moins sur une proposition, sans compter que selon les syndicats étudiants certaines propositions sont faites dans des filières qui n’intéressent pas l’étudiant et/ou dans des facs qui ne sont pas sa fac d’origine. L’horreur absolue ! Il serait donc question de réformer le droit à la poursuite d’études pour la rentrée 2021.

Mais sérieusement, est-ce la bonne méthode ?

Tout montre que quand les syndicats étudiants parlent de droit à la poursuite d’études, ils signifient en réalité droit inconditionnel au diplôme, indépendamment des notions d’effort et de travail, indépendamment de la valeur du parcours scolaire antérieur de l’étudiant et indépendamment de la nécessité de mettre en place un système d’orientation judicieux et adapté au profil de chacun.

Au début de son mandat, Emmanuel Macron disait vouloir mettre fin à cette idée plus égalitariste que juste de l’université pour tous :

Nous ferons en sorte que l’on arrête de faire croire à tout le monde que l’université est la solution pour tout le monde.

Mais avec le recul, et malgré l’introduction d’une petite dose de sélection à travers Parcoursup (à la fin du lycée) et la réforme des masters, sélection qui chagrine beaucoup les syndicats étudiants malgré son étroitesse, on constate que les taux de réussite au Bac et en fin de licence sont toujours plus invraisemblablement élevés.

En 2020, alors que les cours à distance imposés par les confinements anti-Covid laissaient penser que beaucoup de remise à niveau serait nécessaire par la suite pour combler une certaine désorganisation de l’enseignement et l’isolement des jeunes, la traditionnelle « bienveillance » censée présider à l’attribution des notes d’examen a pris un tour vraiment angélique, à tel point que le taux de réussite au bac est passé à… 96 % après un déjà très haut 88 % en 2019.

Même exubérance du côté des licences dont certaines ont enregistré des hausses de réussite de 10 points en un an ! On voit d’ici l’embouteillage à l’université et l’on voit combien le droit à la poursuite d’études en master constitue une arme précieuse aux mains des syndicats étudiants pour saboter toute velléité de sélection.

Et pourtant, assez curieusement, chaque fois que notre système éducatif a l’occasion de se comparer à l’international via les tests et classements qui font autorité en la matière, la France tombe de haut, aussi bien du côté de l’Éducation nationale que du côté de l’Enseignement supérieur et la recherche.

Récapitulons : taux de réussite extraordinaire et en hausse constante au Bac, (à tel point que l’objectif de mener 80 % d’une génération au bac est largement dépassé) réussite plus mitigée en licence mais en hausse covidienne étrange, introduction d’un droit à la poursuite d’études en master qui risque de servir de précédent à une véritable dévalorisation des diplômes, déclassement à l’international, chômage des jeunes bien accroché aux alentours de 20 % soit un taux élevé en Europe (hormis les cas italiens et espagnols).

Ne serait-il pas temps de prendre en compte la diversité des profils étudiants plutôt que de vouloir canaliser tout le monde jusqu’au Bac puis jusqu’au master – et pourquoi pas jusqu’au doctorat et au Nobel, pendant qu’on y est ?

Ne serait-il pas temps de travailler à une revalorisation des filières moins universitaires mais plus pratiques et plus professionnalisantes dont on sait que les diplômés (de BTS, IUT, écoles spécialisées) sont particulièrement recherchés par les entreprises ?

Ne serait-il pas temps de commencer par la base, à savoir l’enseignement primaire et le collège ? Et à ce titre, ne serait-il pas temps de briser le monopole de l’Éducation nationale afin d’ouvrir notre système à des expériences pédagogiques plus diverses, plus libres, plus adaptées à la variété des profils des différents élèves afin que chacun trouve sa place dans l’existence ?

Et surtout, ne serait-il pas temps de reconnaître que rien ne vaut la sélection et la concurrence pour l’émulation et l’amélioration de tous ?

En tout cas, une chose est sûre, notre système de formation est peut-être très égalitaire, et c’est peut-être ce que veulent les étudiants et les Français en général, mais dans l’ensemble, il n’est ni exceptionnellement brillant ni facteur d’insertion professionnelle des jeunes. Ça devrait poser question.

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  • ensuite il y aura l’ambauche obligatoire des diplômés..

    je me souviens de la crise de 1993… et des pleurnicheries de certains docteurs et ingénieurs, c’est pas juste, on nous « doit » des postes…j’ai littéralement entendu cela..

    • La prise en mains par l’état « du berceau au tombeau » est effectivement la conséquence directe d’une société où l’on ne regarde que les droits ( qu’on s’attribue généreusement ) sans regarder les possibilités réelles

  • Je suis pour la communication obligatoire aux futurs étudiants des taux de chômage à six mois, un an et cinq ans des diplômés de chaque filière , tant pour les licences que pour les masters avec, autant que possible, une évolution prévisionnelle et une médiane des salaires, ce qui devrait quelque peu diminuer l’enthousiasme pour des formations sans avenir pratique.

    • Je l’ai déjà fait, ça n’a pas l’air de faire grand chose, et encore plus pour les formations bouchées. Il faut bien comprendre que beaucoup d’étudiants ne savent même pas pourquoi ils sont là!
      La licence est encombrée d’étudiants qui font ça car leurs parents leur ont dit de le faire, et qu’ils n’ont pas de formation professionnelle sinon, et donc pas de possibilité de travail.
      Il faut se rendre compte qu’il y a beaucoup d’étudiants sans enthousiasme du tout, surtout en début de licence.

  • J’avoue ne pas comprendre l’intérêt que les syndicats étudiants ont par un souci d’égalité, qui n’a rien d’égal par ailleurs, à vouloir supprimer la sélection par l’excellence pour transformer leurs diplômés en chiffon de papier et se retrouver à terme le nez planté dans le sable.

    • Ce n’est pas de l’égalité à ce niveau, c’est de l’équité… « J’ai raté mon exam, mon voisin l’a réussi, donc j’ai droit à passer quand même ».
      La sélection est LA vraie solution d’égalité.

    • Les responsables syndicaux étudiants sont des étudiants qui pour la plupart ont raté leur études, vous pensiez que c’étaient les plus brillants…? Donc ils compatissent avec les autres étudiants qui ont raté.

  • « une chose est sûre, notre système de formation est peut-être très égalitaire »

    Ça dépend de quelle égalité on parle.

    Dans le système actuel, le pauvre con brillant qui est né au mauvais endroit n’a plus aucune chance de sortir de lot, il est cantonné par le nivellement par le bas qu’impose le système.

    Donc même si l’égalité des chances est utopique, on peut essayer de s’en rapprocher mais le système actuel va clairement dans la direction opposé de cet objectif.

  • Juste une petite correction.
    Le taux de réussite au bac, ne vaut pas pourcentage d’une génération ayant le bac.

    En effet, il y a encore une partie des élèves qui ne vont pas jusqu’au bac. Notamment ceux qui partent dans l’apprentissage à 14-16ans. (Ce qui peut d’ailleurs donner des formations excellentes comme les compagnons du devoir).

    Cela semble bien parti pour que l’on y arrive pour la génération 2001 néanmoins, le bac 2020 ayant bien aidé:
    https://www.letudiant.fr/bac/la-part-de-diplomes-au-sein-d-une-generation-l-autre-enjeu-du-bac.html

    • J’ai tiqué aussi, mais le lien fournit par N MP Meyer le confirme:

      « Le taux de réussite au baccalauréat général de 98,4 % augmente de 7,2 points par rapport à celui de 2019. Celui du baccalauréat technologique gagne 7,6 points avec 95,7 %. Dans la voie professionnelle, avec 90,7 %, le taux de réussite est en hausse de 8,4 points.
      En données provisoires, la part des bacheliers dans une génération atteint 86,6 % en 2020. »

  • Effectivement, il faut renforcer les filières IUT et BTS qui débouchent sur un emploi. Des milliers d’étudiants trainent leurs savates dans les filières psycho, socio, et autres du même acabit, en fait ne sont pas intéressés par ces études et empêchent ceux qui le sont de travailler, tout cela pour être étudiant à vie, avoir la sécu et le resto U, et passer directement des syndicats étudiants au militantisme politique et syndical ou une ZAD, sans avoir jamais travaillé véritablement, et s’être confronté à la vie active et son lot de contraintes. Mais je suis sans doute un vieux c… boomer

  • On croit réver. Décidemment le parti des mendiants ne reculera devant rien.

  • Avec eux. Ce sont les étudiants qui vont décerner le diplôme aux profs …s’il est barbu affilié et pote de Jordana.

  • Allons, soyons fous, ils vont faire comme aux USA, créer des diplômes et des matières qui ne servent à rien – genre les études sur la théorie du genre, l’inclusion et la diversité – puis obliger les entreprises à embaucher ses personnes fondamentalement inutiles à la productivité de cette dernière pour imposer cette religion / idéologie néfaste…

    Il est grand temps que la France fasse comme le Japon l’année dernière:
    – fermer totalement certaines filières sans débouchés (sociologie)
    – réduire fortement le nombre de place dans d’autres (lettres & co)
    – relever la barrière d’entrée dans d’autres (toutes les formations d’ingéniérie, médecine, biologie, chimie, physique, …)

    Ceci aurait pour effet mécanique de:
    – forcer les étudiants à s’orienter très tôt vers des filières « productives »
    – réduire les dépenses liées au redoublement / réorientation de 1ère année
    – relever le niveau des ingénieurs français qui est en chute libre depuis plus d’une dixaines d’années

    Idéalement, il faudrait aussi accompagner le tout d’une politique industrielle et fiscale forte, visant à réduire drastiquement la zéléïté de la ponction publique dans les contrôles normatifs et fiscaux de sorte à favoriser l’innovation…tout en introduisant une politique douanière extrêmement forte à l’encontre de pays ayant recours à la copie éhontée et au recours au travail forcé…ce qui aurait pour effet de réindustrialiser le pays…puisqu’il existe une forte corrélation entre industrie et niveau de développement d’un pays…une société de services ne peut survivre très longtemps, ce qu’expliquaient très bien les centaines de rapports produits par la Banque de France à la Mitte Errante dans les années 80 / 90…

    • Je ne sais pas ce qu’en disent les statistiques …

      Mais en toute logique dans un monde où la complexité augmente régulièrement (et où on anticipe sans mesure sur les « nouvelles technologies »), il doit y avoir une croissance (exponentielle pour se faire comprendre des ministres) pour des qualifications techniques et une décroissance (exponentielle aussi) pour les qualifications en lettres ou en sociologie.

      Même quand on n’aura plus d’industrie, il faudra quand-même savoir faire fonctionner les machines construites par les autres.

      Alors, à moins qu’on ait inventé le Latin 2.0 …

      • Concernant votre remarque sur l’industrie, les deux inventions suivantes sont absolument capitales: le tour, et la presse, en particulier les presses de plusieurs milliers de tonnes…sans lesquelles de nombreuses avancées n’auraient pas été possibles, en particulier dans le domaine de l’aéronautique civil, militaire et spatial…domaine qui a longtemps tiré le domaine des semi-conducteurs…

        Garder ou développer son industrie est absolument capital…à un moment donné, si plus personne ne produit rien, il y aura un vrai problème, une société saine doit être le plus indépendante possible sur les plans alimentaire, financier et énergétique à minima.

        • En parlant de presse, Tesla a investi dans des presses permettant de couler certaines pièces d’un seul tenant – comme les allemands durant la seconde guerre mondiale – résultat des courses des pièces plus légères et plus résitantes que ce que fait la concurrence ou de ce qu’il est possible de faire en utilisant des procédés d’assemblage classiques. L’industrie lourde permet donc à Tesla de gagner en poids, en volume disponible, en coûts de production, en temps d’assemblage et en autonomie…les presses en question sont produites en Italie qui s’est au final moins désindustrialisée que la France…

    • Soyons encore plus fous, privatisons tout le supérieur ! Complètement mode « facs privées » ou partiellement mode grandes écoles… Mais privatisons et mettons de la concurence partout.
      Ca réduira un peu les problèmes. Mais pas tous. Vous parlez de la baisse du niveau des ingénieurs, elle est simplement celle du bac et comme on travaille rarement au delà de ce qui est nécessaire, tout à suivi, même l' »élite ».
      Gardons à l’esprit qu’en termes de probabilités, il y avait plus de chances d’avoir une mention très bien en 2018 que d’avoir le bac tout court en 1990. On sera dès lors guère surpris que si le bac C français de la fin des années 80, début des années 90 est considéré comme le diplôme du secondaire le plus fort en maths de l’histoire de l’humanité, il n’en va pas du tout de même pour son lointain (et dégénéré) successeur le bac S de 2020.

      • Techniquement, la plupart des écoles d’ingénieurs ne sont pas gratuites…après, concernant les maths en école d’ingénieur, normalement les classes préparatoires sont là pour permettre aux étudiants de rattraper leur retard à vitesse grand V…

        Un autre problème c’est qu’il y a beaucoup d’écoles d’ingénieur « générique », qui forment des ingénieurs « généralistes »…qu’on va au final récupérer dans les sociétés de service en informatique ou dans les directions informatiques de beaucoup de grands groupes, alors qu’ils n’ont pas les bases…résultat des courses là encore, le niveau n’est pas bien élevé…et du coup, beaucoup sont frileux dès qu’il s’agit d’utiliser un autre framework / langage / paradigme que celui qu’ils ont appris à l’école…du coup, ils sont vite « périmés » et il faut vite les faire passer « chef de projet » pour masquer leur incompétence technique grandissante…

  • Les BTS, IUT sont recherchés certes mais la chute des compétences même dans ces filières est dramatique et même si sélection il y a elle n’est qu’assez légère. J’ai pu le constater lors de mon passage dans un lycée PRO dans une filière usinage où le professeur préfère laisser une partie de la classe ne voulant pas travailler être sur ses téléphones et travailler uniquement avec les élèves sérieux. Néanmoins les « cancres » iront jusqu’au diplôme et l’auront probablement par la grâce également du contrôle continu où le fonctionnement sera calqué sur l’épreuve de philo du BAC 2021 c’est à dire qu’ils passeront des épreuves dans leurs spécialités mais que ce sera la meilleure des notes entre CCF et examen qui sera retenue.

    A côté de ça, ces nouveaux entrants sur le marché du travail pour ceux qui ne poursuivent pas leurs études ou qui ne restent pas dans leurs entreprises pour les alternants sont largement moins bons que des BAC PRO d’il y a 20 ans. L’ensemble de l’éducation, de la formation, de l’enseignement est une vraie catastrophe en France en 2021, il faut absolument tout revoir et repenser notamment dans les filières pros. Sinon la fameuse réindustrialisation que l’on nous promet ne restera malheureusement qu’un vœu pieux.

    • Je plussoie. Les profs ne peuvent plus virer un élève qui ne fout rien s’il ne part pas de lui même, mais le pire c’est qu’un patron ne peut pas non plus foutre dehors un salarié qui ne fout rien.

  • C’est vrai, obliger les facs à continuer les formations est excessif. Tout comme la financiarisation massive de l’économie, avec la recherche maximale de profit.
    Un agriculteur d’aujourd’hui (2021), fait seul l’équivalent-travail/production de 140 agriculteur un siècle plus tôt (avec les machines et techniques actuelles). Que sont devenus les 139 ‘inutiles’ ? Des étudiants, des diplômés en master ?
    Non, juste des mis de côté par un système économique géré et institué par quelques groupes influents qui se foutent des autres, et ce pour accumuler toujours plus, sans rien en faire (boir bernard Arnaud, avec ses plus de 100 milliards d’euros).
    La conséquence est la recherche d’une voie d’avenir par chacun. Et actuellement (du fait que nos sociétés sont toujours moins justes, moins morales et plus égoistes), la voie passe par (entre autres) l’obtention de formations toujours plus sélectives. Ce afin de réduire le travail de sélection des entreprises, en reportant ce choix à faire vers les lieux de formation.
    Comme ça la ‘bonne conscience’ des entreprises et autres employeurs peut affirmer (sans trembler), voyez, nous n’avons que des diplômés de machin truc chouette.
    Reste que le système éducatif ne change pas, ne s’adapte pas, et que le délai entre intention et réalisation est toujours plus grand, avec une absence d’employabilité toujours plus grande .
    Alors quand les syndicats étudiants demandent ce genre de mesure (le ‘droit aux études’), eux aussi oublient que c’est la structure de la société qui doit changer (et vite). L’égoisme collectif, et notre propre refus de bouger pour l’autre (que l’on voit au travers de la désyndicalisation massive), amène vers des voies sans issues, et sacrifie des générations entières pour le profit de queques uns.
    C’est simple non ?

    • L’uns des problèmes principaux est que les métiers « techniques » sont dévalorisés au profit des postes de « chef » / « petit chef » / « chef de projet » / « chef de service » / « chef d’entité » qui sont basiquement autant de niveaux hierarchiques inutiles…dans la banquassurance, il est par exemple de retrouver des N+15 (alors qu’on est déjà N+5 ou plus)…jamais, même durant la grande guerre l’armée qui gérait des millions de soldats n’a eu besoin d’autant de niveau de hierarchie…

      Tant que cela durera le pays ne pourra pas se relever…

      • Il y a plusieurs gros problèmes sur les métiers techniques: dévalorisés par l’éducation puisqu’il n’est pas rare d’entendre des « pédagogues » de l’éduc en parler encore comme des voies moins valorisantes qu’une filière générale alors qu’il n’y rien de plus faux.

        L’attractivité des salaires malheureusement bien que je constate un léger changement de mentalité chez les employeurs à coupler avec un relâchement de l’invraisemblable pression fiscale française sur les entreprises.

        Et enfin remettre les savoirs fondamentaux au centre et ce depuis l’école primaire plutôt que de multiplier les activités pour « divertir » les enfants. Il n’est pas normal qu’un élève en BAC pro technicien usinage (pour parler de ce que je connais puisque je travaille dans ce secteur) balbutie quand on lui parle de trigonométrie par exemple.

        • Accessoirement, il n’est pas normal qu’un littéraire finissant généralement en politique (seul véritable débouché des fillières littéraires en dehors de l’ednat dans ce pays) prenne de haut un spécialiste en usinage…le « Machinery’s Handbook » disposant dans certaines machines outils de son petit compartiment dédié pourrait bien les faire passer pour des -bip- .

          Sinon, faire passer un test d’usinage aux candidats ne me semble pas être à exclure…en informatique, de plus en plus d’entreprises essaient désormais de faire passer des tests plus représentatifs du poste attendu (vs les entretiens techniques prétenduement issus des gafam qui obligeaient à connaitre des choses qui ne servent strictement jamais)…

    • Bonjour elgatao.
      Vous défoncez des portes ouvertes, avec les gains de productivité (dans l’agriculture dans votre exemple) qui est une bonne chose. Un employé produit plus grâce à l’investissement de son employeurs.
      Nous vivons dans un monde d’abondance et de sécurité, ce que bcp de gens ont l’air d’oublier (allez dans les pays du 1/3 monde..).
      Chacun doit trouver sa place, mais ce n’est pas dans des formations bidons qui n’apportent rien.
      Travailler n’est pas l’enfer. En tout cas on gagne son indépendance.

    • « accumuler toujours plus, sans rien en faire (boir bernard Arnaud, avec ses plus de 100 milliards d’euros). »

      Pensez vous que ces 100 milliards « qui ne servent à rien » sont planqués en lingots d’or dans sa cave ?

      Vous rendez vous compte de l’investissement pour faire des usines TSMC qui fabriquent les composants des outils électroniques et informatiques de l’agriculteur et du nombre d’employés de ces usines.

      Le problème est surtout que ces usines ne sont pas en France – et que l’état est incapable d’investir de façon raisonnée.

      Comme toujours, on est facilement d’accord sur les constats, moins sur l’analyse des problèmes, peu sur les choix de société et pas du tout sur les solutions.

      • « Le problème est surtout que ces usines ne sont pas en France – et que l’état est incapable d’investir de façon raisonnée. »
        Est-ce le rôle de l’état ?

  • Bof!!! Il y a déjà tellement d’étudiants qui poursuivent des études qu’ils n’arriveront jamais à rattraper! C’est comme si dans un marathon, on mettait des boulets aux pieds des meilleurs pour que tout le monde arrive « en même temps »! ( En même temps, c’est tellement à la mode!)

  • Les études, c’est bien. Tout sujet est intéressant en lui même et cela permet aux jeunes d’affirmer leur personnalité, se libérer du cercle de famille, communiquer avec d’autres représentants de sa génération.

    Mais plus on « entreprend » des études dans cette optique, et moins on se prépare au marché du travail. Moins on sera spécialisé dans un domaine utile et recherché et plus il faudra JOUER DES COUDES pour trouver du boulot et faire carrière. Horreur ! Malheur et Individualisme !

    Alors bien sur suivra la revendication que l’état doit pourvoir des postes qualifiés et bien payés à chacun ayant suivi des études inutiles, puisque la sélection n’est pas plus acceptable dans la vie professionnelle qu’à la fac.

    Faudrait peut-être enseigner « le beurre, l’argent du beurre et la crémière » ainsi que l’échec du collectivisme au secondaire ?

    (Notez bien que je n’aborde ici que le point de vue des étudiants et pas celui de l’état ou des entreprises).

  • Je suis toujours subjugué de voir le décalage qui peut exister entre les offres de formation et l’emploi, qui faut-il toujours le rappeler n’est rien d’autre qu’un marché. Un marché certes très imparfait, tant il est entravé par les réglementations, mais tout de même un lieu de rencontre en l’offre et la demande.

    A ce sujet, dans ma profession, réseaux et cybersécurité, il n’y a pratiquement aucune demande, et on peut rester des mois à tenter de pourvoir une mission ou plus rare un poste en CDI. Dans les rares candidats que l’on voit passer, il n’y a pratiquement aucun universitaire. Sur toute ma longue carrière, je n’ai eu qu’une seule fois un apprenti qui venait de ce type de cursus. Je n’ai pas trouvé sa formation très adaptée à la réalité du terrain: beaucoup trop théorique à mon gout. Un autre jeune collègue vient également de ce monde. Il m’a également dit la même chose: après ses études, il ne savait absolument pas travailler.

    On est quand même bien loin des BTS/DUT, Miage et autres diplômes d’ingénieur qui sont généralement opérationnels beaucoup plus rapidement.

    En tant que professionnel accueillant de temps en temps des alternants, et jury sur des mémoires informatiques, je suis très dubitatif sur les formations universitaires. D’autant plus dubitatif qu’il est de plus en plus fréquent que je vois passer des reconversions en provenance de formations en sciences humaines et surtout de l’Ednat.

    J’enrage quand même de voir à quel point on peut tromper notre jeunesse en leur donnant de fausses perspectives et aussi de voir ma profession supporter une véritable et authentique pénurie de main d’oeuvre.

    • Dans votre domaine, il faut surtout des esprits bien faits avec de solides compétences de base : il n’y a pas de « recettes » dans une technologie qui évolue avec des concurrents ou des ennemis qui évoluent, mais il faut la connaissance la plus large possible pour ne pas passer à côté de quelque-chose.

      Donc peu d’espoir pour la reconversion (solides compétences de base) et beaucoup de déchet avec un enseignement dogmatique (esprit plus ou moins bien fait) et en retard de 20 ans.

      C’est évident dans votre domaine (qui cherche plus des « potentiels » que des diplômes), mais c’est forcément vrai dans tous les domaines qui feront l’économie de demain.

      Les filières et matières enseignées sont souvent des doubles pièges : proposition d’embauche en sortie et perspective de la demande à moyen et long terme.

  • Le credo des ineptes qui dirigent l’EN est le suivant : constatant que les diplômes trouvent statistiquement plus vite un travail que les non diplômés, ils décident que tous les élèves doivent sortir du système scolaire diplômés.
    Et le plus amusant, c’est que l’EN peut le faire car c’est elle qui décide des contenus, des modalités de choix de sujets d’examens, et in fine de leur correction (les inspecteurs ont la main pour relever les notes si nécessaire).
    Parallèlement, il est décidé que nous sommes tous en mesure de réussir car nous devons tous être égaux en résultat (credo de la gauche, au pouvoir dans l’EN).
    Dans ce cadre, on comprend mieux ce qui se passe, les diplômes proposés pour une revalorisation (BTS, IUT) sont en passe de destruction massive : le recrutement est de plus en plus encadré par Parcours Sup avec de quotas liées à la discrimination dite positive. Pour illustration cette année, un BTS de rattrapage a été instauré, ce qui est une nouveauté, avec 2 oraux remplaçant chacun la moitié des matières…

  • Proposition d’éducation et de préparation à la vie active.

    Enfants : de 6 à 12 ans, études primaires et Certificat d’Études à 12 ans.

    Adolescents : de 12 à 18 ans, formation professionnelle (mi-temps) et études secondaires (mi-temps) avec CAP et BAC (général ou technique) à 18 ans.

    Jeunes adultes débutants : de 18 à 21 ans, Service Professionnel Obligatoire (mi-temps) et études supérieures gratuites (chèque études) ou activité professionnelle libre (mi-temps)

    Jeunes adultes confirmés : de 21 à 30 ans, études supérieures payantes (suivant candidatures posées et sélection) et/ou activité professionnelle (avec semaine de 4 jours maxi, le 5ème jour étant idéalement consacré à des études complémentaires ou aux activités sportives, culturelles, linguistiques et/ou parentales).

    Chacun formé professionnellement, ce serait une révolution.

    Les seules cultures qui vaillent sont toujours professionnelles. Sinon, il n’y a pas de culture.

  • Le projet c’est : 80% d’une classe d’âge à bac +5.

    Le master 2 a remplacé le bac.

  • Il ne faut pas non plus perdre de vue que l’entretien de filières sans débouchés, si cela a le « mérite » (sic) de stocker des chômeurs et de contenter un électorat parental, à un coup non négligeable pour un résultat proche de zéro. Il faut « amortir » des locaux, les entretenir, les chauffer…des ressources humaines (enseignants etc…).
    Une gestion efficace des ressources allouées à l’éducation devrait restreindre au maximum ces filières en instaurant un concours d’entrée drastique afin de sélectionner la quantité juste nécessaire (+ 5% pour compenser les abandons, les décès etc…).
    Ceci permettrait, soit de libérer des fonds pour les filières avec débouchés, soit de diminuer tout simplement les dépenses.

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Par Michel Albouy et Alain-Charles Martinet[1. Professeurs émérites des universités en sciences de gestion].

Traduction, trahison, c’est bien connu. Ainsi va la version française du Guépard !

Sciences Po Paris en a enfin terminé avec son long processus de nomination de son directeur. Il s'agit, sans grande surprise, de l'énarque Mathias Vicherat, 43 ans, issu de la même promotion que le président de la République Emmanuel Macron. Le prestigieux institut avait été fortement secoué en 2020 par l’enquête pour viols et agressions se... Poursuivre la lecture

Par Emilie Remond. Un article de The Conversation

En ces temps bouleversés par la pandémie mondiale, les systèmes scolaires se sont vus contraints du jour au lendemain d’assurer, bon an mal an, une « continuité pédagogique » et l’enseignement à distance, jusque-là assez confidentiel et réservé à des situations spécifiques comme la maladie, a concerné tous les élèves, du primaire au bac et au-delà.

Alors que cette transition a été souvent plus subie qu’acceptée, se heurtant notamment à des difficultés techniques, il est intéressa... Poursuivre la lecture

Par Guillaume Thomas.

La période de rentrée scolaire est propice à toutes les annonces et polémiques sur les sujets les plus mineurs concernant l’éducation. C’est à croire que ces bruits médiatiques stériles constituent une diversion face à l’absence totale de perspectives et de débats sur les grands sujets de fond concernant l'élaboration des programmes (imposés d'en haut), les pratiques pédagogiques ou encore les carrières des enseignants. La grande absente des discussions de cette rentrée est la question de l’enseignement numérique ... Poursuivre la lecture

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