Baccalauréat : 5/20 pour le contrôle continu (soyons généreux)

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Plusieurs ministres ont annoncé que le baccalauréat serait passé cette année en contrôle continu total, comme pour bien rassurer les jeunes en période d’épidémie.

Par Stanislas Kowalski.

Plusieurs ministres ont annoncé que le baccalauréat serait passé cette année en contrôle continu total, comme pour bien rassurer les jeunes en période d’épidémie. On pourrait considérer la mesure comme un moindre mal. À situation exceptionnelle, solution exceptionnelle.

Mais si l’on considère l’histoire de cet examen, cela ressemble plus à un coup de couteau asséné à un moribond.

Préparer le terrain

La première chose qu’il faut remarquer, c’est que le contrôle continu a déjà été introduit dans le baccalauréat. Il ne s’agit que d’étendre plus rapidement une mesure qui était déjà dans les tubes depuis de nombreuses années et prête à être lancée très prochainement.

Il était déjà prévu qu’en 2021, le contrôle continu compterait pour 40 % de la note finale, 10 % par le bulletin, 30 % par les épreuves E3C (épreuves communes de contrôle continu).

Et même si ces E3C ressemblent un peu à un examen classique, avec des banques de sujets nationales et des correcteurs extérieurs à l’établissement, il est clair qu’elles donnent aux professeurs de lycée de grandes opportunités de faciliter la tâche de leurs élèves, puisqu’ils pourront choisir les sujets en fonction de l’état d’avancement du programme, donc les faire plancher sur des leçons bien assimilées.

Dans un tel contexte, on peut se demander si la décision de faire passer le bac 2020 en contrôle continu total sera bien une simple mesure d’urgence ou si elle ne sera pas l’occasion d’avancer les pions un peu plus loin et de faire sauter les dernières réticences de la société.

Rupture de l’égalité

Quelques voix s’élèvent, par ci par là pour dénoncer une rupture de l’égalité républicaine. Passons rapidement sur l’adjectif et le réflexe agaçant de tout ramener à la politique. L’école ne devrait pas être un outil au service d’un régime politique, fût-il démocratique ou républicain. L’objet de l’école, c’est le savoir. Tout autre objectif devrait lui être subordonné.

En ce qui concerne l’égalité, il se trouve que pour une fois, la critique est plutôt justifiée. L’intérêt des diplômes nationaux est que tout le monde soit à la même enseigne et que votre avenir soit déterminé par vos compétences et non par la réputation de votre établissement ou les copinages de toutes sortes. Au moins une fois, à la fin de la scolarité, l’institution tente de se placer en position d’arbitre impartial. Et le diplôme qui en résulte a la même valeur pour tous ses détenteurs.

Il est évident que le contrôle continu jette une suspicion sur cette valeur, puisque les établissements se trouvent à la fois juges et parties dans l’affaire et ont une forte incitation à gonfler artificiellement leurs résultats. Ce n’est pas bien difficile. Un professeur peut aisément monter ou baisser les notes de 3 ou 4 points sans que cela ne paraisse complètement aberrant, tant que le classement des élèves reste cohérent.

Avec un examen démonétisé, que reste-t-il au candidat ? La réputation de l’établissement. Le souci de la réputation peut limiter la casse. On peut imaginer que certains lycées s’abstiendront de trucages trop flagrants pour éviter de saborder cette réputation.

Mais la tentation est grande et cette autodiscipline ne vaut que pour les lycées assez bons pour pouvoir capitaliser sur leur réputation. En outre, cela ne vaut que pour les admissions dans les filières sélectives. Tant que le baccalauréat ouvre d’office les portes de l’université, il faut bien du courage pour le refuser à un élève.

Un diplôme vide de sens

Le baccalauréat, soyons honnête, est depuis longtemps un diplôme vide de sens. En cela, je ne veux pas pointer du doigt la lente dégradation des exigences, mais quelque chose de plus profond. L’école française est un régime de contrainte qui ne s’assume pas. Elle a des normes, des tests, des outils de contrôle, des examens, mais à tout cela, il manque deux choses cruciales :

  • un sens,
  • la volonté d’assumer les choix de l’institution.

Il est clair que les élèves n’aiment pas les examens. Il est également clair que les corrections rebutent les professeurs. Alors pourquoi s’obstiner à organiser un baccalauréat ? La question n’est pas du tout rhétorique. Elle est très sérieuse.

Il y a des tas de choses que nous faisons sans y prendre plaisir, simplement parce qu’il le faut bien : le ménage, sortir les poubelles, payer ses impôts, faire la guerre. Ce sont des activités répugnantes mais on ne peut pas les abolir. Le minimum, quand on veut forcer les gens à faire ces choses, c’est d’avoir de bonnes raisons.

On fait passer des évaluations depuis le plus jeune âge, au point de donner des insomnies aux enfants, de créer des querelles de famille et de provoquer des révoltes dans les salles de classe. J’imagine que l’on sait ce que l’on fait.

Malheureusement non.

Normalement quelqu’un de sensé organise une évaluation pour prendre des décisions, pas pour remplir des certificats administratifs et des rapports statistiques.

On fait une interrogation pour savoir ce qu’il faut réexpliquer aux élèves. Réexplique-t-on ? On fait des évaluations diagnostiques pour proposer des remédiations. Les dispositifs sont-ils à la hauteur ? On fait des examens de fin d’année pour savoir qui peut continuer ses études dans de bonnes conditions. Aujourd’hui, les bulletins de notes et les conseils de classe ne servent plus à rien. La décision est déjà prise. On ne redouble plus.

Le brevet n’est pas nécessaire pour entrer au lycée. Il n’est donc plus qu’un simulacre d’examen, une sorte de bac blanc avant l’heure, tout juste bon à séparer les esprits conformistes des rebelles. Le baccalauréat lui-même est distribué comme un droit au plus grand nombre possible.

Le baccalauréat, c’est le diplôme fourre-tout, qui ouvre à toutes les formations de manière indifférenciée. Nous savons déjà que ce sont les notes de terminale qui comptent pour les admissions dans les filières sélectives. D’ailleurs un examen général ne permet pas d’évaluer correctement les connaissances nécessaires pour survivre dans telle ou telle faculté.

La priorité serait d’éviter que le professeur de lycée ne soit juge et partie, ce qui est désastreux pour l’éducation morale. Il faut aussi donner la décision à celui qui est le plus à même de la prendre.

Que le baccalauréat soit une sorte de grand-messe nationale ou un petit arrangement particulier à chaque lycée, cela n’a au fond que peu d’importance. C’est l’entrée à l’université qui doit être repensée. Qui mieux que le professeur de licence pour nous dire quels sont les prérequis pour comprendre son cours ?

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