Il ne faut pas prolonger l’état d’urgence sanitaire

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Il est temps de réapprendre à être libre, c’est-à-dire à se passer d’un état d’urgence qui n’a plus aucune raison d’être aujourd’hui.

Par Frédéric Mas.

Le 17 juin prochain, l’Assemblée nationale sera invitée à prolonger l’état d’urgence sanitaire au-delà du 11 juillet, c’est-à-dire bien après les mesures de confinement qui ont déjà mis à genoux le pays économiquement et politiquement.

Pourquoi allonger l’état d’exception alors que la menace s’éloigne ? De manière assez prévisible, l’exécutif a profité de la crise pour étendre ses prérogatives, et renâcle aujourd’hui à les limiter de nouveau, le tout au détriment des libertés publiques.

La loi d’exception instituée le 24 mars dernier a transformé en quelques mois le pays en régime d’autorisation : les libertés publiques, au lieu d’être la règle, sont devenues l’exception, soumises au bon vouloir de la bureaucratie chargée de faire respecter le confinement.

On a vu disparaître la liberté de circulation, de réunion, de commercer, de traverser les frontières et réapparaître des pratiques d’un autre âge, celles de l’économie de guerre. Avec beaucoup de zèle, l’exécutif et son bras armé l’administration s’est attelé à la tâche de contrôler les prix jusqu’à aggraver la pénurie, réquisitionner le matériel médical dont il n’avait pas anticipé le manque malgré ses promesses, et verbaliser les citoyens ordinaires qui prenaient l’air un peu trop souvent.

Normaliser des pratiques liberticides

Les préfets, ces nouveaux intendants généraux du centralisme macronien, pourront continuer à jouer les petits chefs comme ils l’ont fait pendant le confinement, interdisant les rassemblements, limitant l’accès aux plages ou multipliant les vexations faites aux citoyens en fonction de l’opportunité et des consignes de la hiérarchie.

Ces pratiques liberticides sont devenues pour beaucoup la nouvelle normalité. Les médias relaient chaque jour les tribunes qui invitent l’État à s’investir encore un peu plus dans la vie de la société civile pour en règlementer les moindres détails. L’exécutif, une fois de plus, s’assoit sur les libertés des gouvernants au nom de l’efficacité supposée de l’action publique.

Pire encore, le déconfinement a montré qu’il était incapable de faire respecter ses propres interdictions face à la rue : les manifestations en soutien à Adama Traoré furent tolérées et considérées comme légitimes par un président toujours en quête de reconnaissance auprès de l’opinion publique (et cela malgré l’interdiction formelle de la préfecture de Paris).

Indépendamment des revendications des manifestants, le signal adressé aux Français est pour le moins mauvais : il faut respecter l’état d’urgence sauf quand le gouvernement estime que les règles de l’état d’urgence ne s’appliquent pas. Ce double standard porte un nom, l’arbitraire, arbitraire que l’état de droit jugule au maximum en démocratie libérale.

C’est cet arbitraire qui menace quand le dispositif législatif mis à disposition des gouvernants peut servir de « couteau suisse » pour étendre leur contrôle social et détourner l’esprit de la loi au nom du tout sécuritaire.

Il est temps de réapprendre à être libre, c’est-à-dire à se passer d’un état d’urgence qui n’a plus aucune raison d’être aujourd’hui.

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