Déconfinement : il faut rouvrir les plages

« Homme libre, toujours tu chériras la mer ». Plaidoyer raisonné pour la réouverture des plages le plus tôt possible.

Par Frédéric Mas.

Depuis quelques jours, les pétitions, protestations et mouvements d’humeur apparaissent dans la presse pour défendre la réouverture des plages dès le 11 mai. Au nom de la « guerre » contre la pandémie, l’accès aux plages est en effet toujours interdit au public au moins jusqu’en juin.

Le gouvernement comme les collectivités locales accordent la priorité à la santé publique sur la liberté de circuler car ils estiment que les plages sont des endroits propices aux rassemblements, et incitent les mauvais citoyens à désobéir, c’est-à-dire à se comporter comme s’ils étaient en vacances, relâchant leur attention sur l’extrême nécessité du confinement.

En Guadeloupe, en Corse, en Bretagne, en Normandie, la parole des populations se libère. Une pétition pour rouvrir le littoral à l’activité sportive a déjà reçu des milliers de signatures. Plusieurs élus locaux, notamment en Bretagne, ont pris la parole pour demander aux préfets l’autorisation d’accéder de nouveau à la mer pour les individus.

Les régions concernées par l’interdiction ne sont-elles pas en vert, selon les indicateurs fournis par l’État lui-même ? Cela ne signifie-t-il pas que les lieux publics peuvent être de nouveau accessibles ? Pour l’instant, l’État fait la sourde oreille.

Liberté conditionnelle

L’État en effet autorise dès le 11 mai l’ouverture des lieux publics sous certaines conditions, mais devient plus hésitant concernant les régions côtières. Or pour certains endroits comme le littoral ou la Guadeloupe, la plage fait partie intégrante de la vie quotidienne.

Ouvrir les plages en respectant les consignes de sécurité, c’est possible. Conserver les distances sociales est beaucoup plus simple sur les plages ou en montagne qu’en ville, ne serait-ce qu’en rapportant les surfaces à la densité de population. Avec l’obligation de rester dans un périmètre de 100 km de chez soi et l’absence de commerces ouverts, ce n’est pas le 11 mai où nous verrons les flots de touristes débarquer sur les côtes pour profiter du soleil.

Les amateurs de surf font par exemple remarquer que certaines lois australiennes interdisent de rester sur la plage tout en autorisant l’accès direct à la mer pour pratiquer leur sport favori.

Plus généralement, nos pouvoirs publics ne semblent pas comprendre que les plages ne sont pas seulement des destinations touristiques pour urbains en mal de dépaysement, mais qu’il existe aussi des gens qui vivent à l’année juste à côté.

Au nom de la santé publique, on va raréfier l’offre des transports publics, occasionnant l’engorgement des villes, mais on interdit l’accès aux lieux où la distanciation sociale est possible. Si la logique sanitaire étatique répond au besoin d’éviter la circulation du virus, on peut estimer raisonnablement qu’elle est ici assez faible. La volonté de tout règlementer par le pouvoir central entraîne une nouvelle fois des désagréments que les pouvoirs locaux peinent à moduler.

Si l’impérieuse nécessité de sécurité sanitaire est invoquée pour justifier l’interdiction, ses opposants offrent d’autres raisons de santé publique pour leur libre accès. La santé mentale et physique des individus vivant à côté des plages profiterait de ces espaces de liberté.

Si les pouvoirs publics poussent à tout prix l’usage du vélo, considéré par certains hauts fonctionnaires parisiens, élus nationaux et ministres comme le véhicule de l’avenir, le plus compatible avec notre nouvelle condition post-coronavirus pourquoi pas le kayak ou le paddle ?

La logique carcérale du gouvernement

Plus profondément, cette atteinte fondamentale à la liberté de circuler révèle une nouvelle fois le caractère infantilisant, carcéral et jacobin de la logique gouvernementale.

Les Français seront-ils assez sages pour qu’on leur rende leurs plages ? Ont-ils suffisamment respecté les consignes de l’État sur le confinement pour qu’on leur donne leur autorisation de sortie ? Le gouvernement et les pouvoirs publics s’adressent aux citoyens comme à des enfants depuis le début de la crise. Si on ne les prend jamais au sérieux, il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils s’autodisciplinent.

L’État dans cette affaire fait ce qu’il sait faire de mieux, surveiller et punir : employer des hélicoptères pour fliquer les promeneurs dans les forêts ou sur le littoral coûte énormément pour rapporter peu, mais donne aux autorités l’illusion de s’agiter pour faire reculer la crise sanitaire. L’État cherche-t-il vraiment à donner au pays un air de prison à ciel ouvert à ses citoyens ? Faut-il brimer tous les citoyens par souci égalitaire ?

Enfin, autoriser les parcs tout en interdisant les plages dans les endroits où le virus ne circule plus témoigne d’une méconnaissance des réalités du terrain. Le centralisme jacobin, qui conditionne comme une seconde peau toutes les initiatives gouvernementales, est aveugle aux particularités des régions, ici celles côtières. Ce qui est bon pour les grosses métropoles de l’intérieur des terres ne l’est pas forcément pour les bords de mer.

Les mesures sanitaires semblent taillées sur mesure par les métropoles et négligent toutes les particularités des régions côtières (et même, toutes les particularités en dehors des métropoles). Vouloir appliquer uniformément les mêmes règles à des situations différentes génère incompréhensions et frustrations.

En amendant le texte d’Édouard Philippe sur le déconfinement mardi après-midi le Sénat ouvre les plages et les forêts à l’activité sportive : c’est un pied de nez à la « verticalité du pouvoir » macronien, une manière de faire remonter l’information du terrain par les élus et un retour timide à l’esprit girondin de subsidiarité. Mais ce n’est qu’un début : il nous faut retrouver le plus rapidement possible notre liberté totale de circulation.

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