Violences urbaines en Amérique et droit du peuple de s’armer

Les opposants au droit de s’armer tentent de faire passer ce droit sacré pour désuet ou dangereux, alors même qu’il est protégé comme la liberté de la presse ou encore le principe d’un gouvernement restreint.

Par Pierre Rokfussano.

Le meurtre probablement raciste d’un homme désarmé par un policier en pleine rue. Des quartiers en feu en proie aux pilleurs. La répression extrêmement violente de manifestants pacifiquement assemblés devant la Maison Blanche.

Si les répressions des libertés dans le monde ces dernières années (Hong Kong, Algérie) n’étaient pas suffisantes, ces événements tragiques aux États-Unis sont là pour nous rappeler l’actualité du droit à porter des armes.

Les opposants au droit de s’armer, dans la plus vieille démocratie du monde, tentent de faire passer ce droit sacré pour désuet ou dangereux, alors même qu’il est protégé dans le Bill Of Rights aux côtés de la liberté de la presse ou encore du principe d’un gouvernement restreint. Or, si une chose est claire, c’est que les États-Unis ont aujourd’hui besoin de préserver leur armée citoyenne potentielle, et non d’imposer davantage de restrictions sur les armes.

Émeutes urbaines

Quel enseignement tirer des émeutes urbaines qui ont transformé certains quartiers de Minneapolis en zones de non-droit ? Ces quartiers fermés à toute intervention des forces de l’ordre, pendant plusieurs heures, ont montré que le chaos n’est pas qu’un fantasme, et qu’on ne peut pas toujours se reposer sur l’État pour défendre son intégrité et sa propriété.

Des habitants n’ayant à voir avec le crime à l’origine des manifestations ont en effet été blessés et pour certains tués par des voyous tentant de se faire passer pour des manifestants. Dans un monde de plus en plus incertain, il est possible si ce n’est probable qu’il arrive un jour où chacun ne pourra compter que sur sa propre capacité de se défendre, soi et ses proches.

 

Et justement, comment exiger des forces de l’ordre qu’elles soient à tout moment présentes sur chaque point du territoire national ? Il est dangereux de se reposer exclusivement sur l’État comme s’il était omniprésent pour défendre nos droits naturels. Au cours des dernières semaines, c’est parce que certains citoyens armés ont tenu tête aux manifestants qu’ils ont pu préserver leur sécurité et leur propriété.

Aux nombres de ceux tués par les émeutiers, on compte David Dorn, agent de sécurité d’un mont-de-piété. Une mort peu retransmise par les médias, peut-être parce qu’il est Noir, et qu’un incident illustrant l’utilité du droit de porter des armes pour les minorités n’entre pas dans le discours médiatique dominant.

Meurtre de George Floyd

Le meurtre à l’origine des ces émeutes démontre sans conteste que compter aveuglément sur la police pour respecter, sans parler de défendre nos droits, est illusoire. Qu’un représentant de l’État puisse asphyxier durant neuf atroces minutes un citoyen ordinaire au grand jour est une indignité. Mais cela ne devrait pas nous étonner. Lorsqu’on confie tant de pouvoir à une institution corporatiste, il est évident que des bavures finiront par se produire.

Il est important que les États-Unis réforment leur police et assurent la responsabilité pénale de ses membres. Mais pour contraindre l’État à se conformer au droit dans tous les domaines, la souveraineté populaire doit se concrétiser par un potentiel d’action. Nous ne pouvons pas échapper à cette réalité : le pouvoir se conserve par les armes.

Nous ne suggérons évidemment pas que les témoins auraient dû intervenir avec une arme, car cela se serait terminé en bain de sang. Mais l’effet psychologique et politique du pouvoir potentiel est très important. Le jour où une part conséquente des citoyens américains portera ouvertement une arme, les policiers y réfléchiront à deux fois avant d’abuser ainsi de leur autorité. D’où l’importance de faire progresser le port d’arme non dissimulé (open carry), autorisé dans certains États américains.

Répression à Lafayette Square

Le 2 juin au soir, on assistait à Lafayette Square, devant la Maison Blanche, à une évacuation extrêmement violente d’une manifestation légale et pacifique. Alors que sur un coup de tête le président a décidé de traverser la place pour poser deux minutes avec une bible fermée (et tenue à l’envers !) devant l’église épiscopale St. Jean, il a décidé de faire évacuer des centaines de personnes à coups de gaz lacrymogène et de balles de caoutchouc. Deux hélicoptères en sont même venus à survoler de quelques mètres les manifestants, en violation manifeste de toute règle de sécurité.

 

C’est une violation très grave de la liberté d’expression et de la presse sur le sol américain. Après l’arrestation en direct sur CNN d’une équipe journalistique il y a une semaine, on assiste cette fois à l’agression de journalistes australiens.

Voilà qui s’inscrit dans une série d’appels du président Trump à user de la force militaire contre les manifestants en général. La militarisation des forces de l’ordre et la régimentation de la société par l’État est une indication de plus de ce qui se produit lorsqu’on confie trop de pouvoir à un gouvernement central.

La police de Washington DC, experte de gestion de foules et habituée aux manifestations, a été contournée par un président imbu de son autorité. Le déploiement de forces fédérales équipées d’armement militaire doit annoncer un sursaut citoyen.

Au-delà de l’indignation, quelle leçon tirer de ce violent abus d’autorité ?

Depuis les fuites de wikileaks sur les crimes de guerre américains en Irak, ce n’est plus un secret que l’État américain n’a que du mépris pour l’État de droit et les libertés fondamentales. Ce n’était qu’une question de temps avant que les responsables politiques ne se rendent compte qu’ils pouvaient impunément agir de la sorte, y compris à l’encontre de leurs propres citoyens.

L’État français dispose des mêmes capacités liberticides, ne nous y trompons pas ; ce n’est qu’une question de temps avant que l’opportunité et la personnalité politique se présente pour que nous basculions dans ce genre de violation ouverte de l’État de droit. Ne baissons pas notre garde.

Le droit essentiel du peuple de s’armer

Or, contrairement aux États-Unis ou à la Suisse, la France ne reconnaît aucun droit à s’armer aux fins de se constituer comme un contre-pouvoir politique. Seuls les chasseurs et les tireurs sportifs peuvent faire l’acquisition d’une arme pour leurs pratiques respectives, et ce en étant soumis à une décision absolument discrétionnaire de la préfecture. Cette arme n’est en aucun cas censée servir à se défendre ou à se prémunir d’un futur tyran.

Pourtant, sans armes, le citoyen est impuissant à faire renoncer l’État à son monopole de la force si cela devient nécessaire ; autrement dit, en cas de tyrannie. Attention, la distinction entre pouvoir effectif et latent est ici essentielle. Elle doit nous éviter de tomber dans le piège des partisans du monopole public actuel sur l’armement. Ceux-ci insinuent que la volonté de s’armer indique un projet de s’instituer en milices justicières.

Or, les armes doivent seulement servir le jour où nos libertés fondamentales seront confisquées. Les pères fondateurs des États-Unis ont en effet compris une vérité essentielle : pour vivre libre, il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers ou sur un faux sens de sécurité.

N’oublions pas qu’il n’y a que 80 ans seulement, un homme fort légalement élu balayait en quelques mois l’ensemble de nos institutions libres et démocratiques, en profitant d’un contexte de crise profonde. Les contre-pouvoirs institutionnels (checks and balances) sont cruciaux mais insuffisants dans ce domaine.

Il faut aussi avoir un levier d’action concret, bien qu’on préférerait n’avoir jamais à s’en servir. Cela fait partie d’un combat plus large pour mettre en valeur l’idée de responsabilité individuelle contre la notion confuse de responsabilité collective.

Les leçons de l’Histoire

Bien que le risque de dictature puisse aujourd’hui paraître dérisoire, dès qu’un régime autoritaire commencerait à s’installer, une des premières décisions qu’il prendrait serait de retirer leurs armes à toutes les personnes non-affiliées au régime, comme ce fut le cas en URSS, en Allemagne nazie ou dans les États communistes d’Europe de l’Est après la victoire communiste. Voilà pourquoi il est essentiel de pouvoir s’armer en démocratie.

Balayer d’un revers de main la possibilité de devoir un jour prendre les armes contre son propre gouvernement serait faire preuve d’un manque cruel de perspective historique. Dans quel genre de régime vivrions-nous aujourd’hui si les révolutionnaires de 1830 et de 1848 n’avaient pas eu chez eux des armes capables de se battre d’égal à égal avec l’armée royale ?

L’histoire l’a montré, les prises de pouvoir autoritaires réussissent lorsque le peuple est désarmé. Avant d’être renversé par Pinochet, les derniers arsenaux aux commandes du gouvernement démocratique avaient refusé de distribuer des fusils aux civils qui l’exigeaient.

Dans notre pays, le sort des insurgés peu connus de 1851, qui avaient juré de défendre la République par les armes (une obligation constitutionnelle), est tragique. Armés seulement de quelques fusils de chasse et d’outils agricoles, ils finirent écrasés par les colonnes du président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, mieux connu sous son nom usurpé d’Empereur Napoléon III.

Troisième exemple, l’article du célèbre décret pris le 12 octobre 1794 pour punir les Lyonnais et éviter toute nouvelle insurrection girondine après la reprise de la ville par les révolutionnaires extrémistes avait pour deuxième article :

Tous les habitants de Lyon seront désarmés ; leurs armes seront distribuées sur le champ aux défenseurs de la République ; une partie sera remise aux patriotes de Lyon qui ont été opprimés par les riches et les contre- révolutionnaires.

Ce qui ouvrira la voie aux massacres de 2000 Lyonnais accusés de sentiments contre-révolutionnaires. La confiscation des armes comme premier acte de prise de pouvoir est presque universelle.

Pourquoi défendre le droit de porter des armes aujourd’hui ?

Dans une société pacifiée, le pouvoir armé existe, qu’on le veuille ou non, même s’il ne reste que latent. La question est de savoir si ce pouvoir doit être concentré d’organisations pyramidales fondamentalement politiques, ou s’il doit être décentralisé et individuel.

Même s’il est préférable de confier le pouvoir effectif d’appliquer la loi à une entité politique, il est essentiel de considérer que, à l’instar tous les autres pouvoirs que l’on confie à l’État, c’est un contrat révocable à tout moment. Si l’État cesse d’agir comme serviteur du peuple, alors les individus doivent conserver la possibilité de reprendre ce pouvoir du jour au lendemain.

La question de savoir si le port d’arme permet de faire diminuer la violence est toute autre. Bien qu’une argumentation convaincante puisse être faite dans ce sens, en rendant les armes accessibles aux citoyens les armes habituellement reservées aux criminels, on se retrouve souvent dans des débats sans fin autour d’une corrélation impossible à prouver ou à infirmer.

Finalement, la liberté vaut mieux que ça. Il vaut mieux se concentrer sur l’argument philosophique que le seul moyen pour un peuple de conserver sa liberté est de s’en donner les moyens. Nos sociétés les plus libres et prospères de l’Histoire de l’humanité, ne se sont-elles pas fondées sur le sacrifice du confort et de la sécurité immédiates au nom d’idéaux démocratiques ?

Voilà l’esprit du deuxième amendement, et du droit que nous devons défendre en France. Rendre concrètement réalisable la défense de la démocratie et de l’État de droit à chaque fois que cela est nécessaire.

Militons donc dès à présent pour que la France légalise la possession d’armes à feu pour tous. Concrétisons également ce droit naturel par un large mouvement d’armement citoyen.

En France, cela passe par l’acquisition légale d’une arme et la pratique du tir sportif. Outre-Atlantique, certaines associations influentes comme la NRA mènent déjà une guerre culturelle pour développer les valeurs positives autour de la prise de responsabilité par l’achat d’une arme, et pour défendre les droits existants.

Montrer que les citoyens sont motivés pour se donner les moyens de leur propre liberté est une première étape pour faire changer la loi.

 

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