Taxe « Jean Valjean » : l’économie et Victor Hugo expliqués à Vincent Lindon

Vincent_Lindon_Cannes_2017by Georges Biard wikimedia commons — Georges Biard ,

Vincent Lindon a pris la parole pour demander plus d’impôts sur les riches, appelant à créer une taxe mal nommée Jean Valjean. Décryptage.

Par Francis Richard.

Tout commence par une tribune de Vincent Lindon publiée sur Mediapart le 6 mai 2020.

L’acteur précise d’emblée :

Spécialiste en rien, intéressé par tout, il m’a paru pourtant utile de contribuer en faisant entendre une voix simplement citoyenne.

Cet aveu d’incompétence ne peut qu’inciter à l’indulgence pour les propos liberticides qu’il tient par la suite.

Pourquoi la seule solution du confinement ?

Il se pose la question suivante dans cette tribune :

Comment ce pays si riche, la France, sixième économie du monde, a-t-il pu désosser ses hôpitaux jusqu’à devoir, pour éviter l’engorgement des services de réanimation, se résigner à se voir acculer à cette seule solution, utile certes, mais moyenâgeuse, le confinement ?

C’est une bonne question, encore qu’il faille nuancer pour ce qui concerne l’expression sixième économie du monde.

En effet, si l’on accepte le classement établi en 2018, par le Fonds monétaire international, la France se situe au dixième rang mondial pour son PIB et au vingt-troisième pour son PIB par habitant. Le fait est que la France n’a cessé de régresser économiquement parlant après des décennies d’État-providence.

Avant de donner la réponse à sa question, Vincent Lindon la commente en ces termes :

Nous qui, au début des années 2000 encore, pouvions nous enorgueillir d’avoir le meilleur système de santé du monde.

Il ne se demande pas pourquoi, dans ce cas-là, aucun pays au monde n’a cherché à imiter ce mirifique modèle. La réponse est dans la question.

Vincent Lindon, avec sa voix simplement citoyenne, connaît cependant la réponse à la question de savoir comment ce pays si riche a pu en arriver là :

La folle idée [s’est imposée] que la santé devait être rentable, puisque tout désormais devait être marchandise, jusqu’à la vie des Hommes.

Une réponse catéchétique

C’est une réponse catéchétique. Car, en réalité, la réponse est tout autre. Peut-être ne l’a-t-il pas même soupçonnée parce que les avis autorisés qu’il a consultés ne la lui ont pas soufflée.

Au lieu d’affirmer que la France est la sixième économie du monde, ce qui est inexact, il aurait dû noter qu’en France la part des dépenses publiques en matière de dépenses de santé est la plus élevée au monde.

Et la réponse lui serait venue tout de suite pour expliquer qu’il ait fallu confiner comme au Moyen-Âge, faute de masques, de tests et d’appareils respiratoires : la France en est arrivée là parce que son système de santé, en grande partie étatique est mal géré et que l’État décide de tout en matière de santé, veut tout contrôler, joue même volontiers au médecin en prescrivant, à la place des praticiens, les bons traitements aux patients, et en proscrivant ceux qu’il considère comme mauvais.

Cette mauvaise gestion de la crise sanitaire n’est donc pas due comme il le croit à un ultralibéralisme fantasmé (la France occupe la première place pour les dépenses publiques et les prélèvements obligatoires en pourcentages du PIB) mais à un socialisme réel qui a pris le masque de l’État-providence.

Cette impéritie et cette imprévoyance de l’État français, qui lui sont consubstantielles, aura et a déjà pour conséquence une crise économique bien plus sévère que n’aura été la crise sanitaire.

Que faire ?

Là encore cette voix simplement citoyenne a la réponse :

L’État ne pouvant pas tout [sic], il me paraît impératif d’innover. Comment ? En demandant aux plus grosses fortunes une solidarité envers les plus démunis. Cette idée juste et légitime, pourrait prendre la forme d’une contribution exceptionnelle, baptisée « Jean Valjean », conçue comme une forme d’assistance à personnes en danger, financée par les patrimoines français de plus de 10 millions d’euros, sans acrobaties [sic], à travers une taxe progressive de 1 % à 5 %, avec une franchise pour les 10 premiers millions d’euros.

Vincent Lindon oublie de dire que l’État n’est rien sans les 360 taxes qu’Agnès Verdier-Molinié avait listées en 2015, et sans les taxes supplémentaires qu’il a inventées depuis.

À une époque, quand on voulait enterrer un problème, on créait une commission, un Comité Théodule comme disait le général de Gaulle. Aujourd’hui pour pérenniser l’État, le faire croître et embellir, on crée une taxe.

Rien de nouveau

Aussi, quand Vincent Lindon dit que l’État ne peut pas tout, veut-il certainement dire que sans une énième taxe, il n’aurait toujours pas assez de prélèvements à opérer pour exercer davantage son pouvoir de nuisance.

De fait, cet impôt ne serait pas nouveau. Ce ne serait qu’une nouvelle mouture de l’Impôt de solidarité sur la fortune, cette vieille taxe qui n’a été qu’abrogée partiellement et qui n’incitait pas, voire dissuadait, de créer des richesses en France :

Ce sont dans les vieilles taxes qu’on fait le meilleur rendement fiscal, grâce à la progressivité chère à Karl Marx.

Une taxe « Jean Valjean »

Peut-être que Vincent Lindon est plus apte à apprendre un texte qu’à le comprendre, parce que Jean Valjean n’est pas du tout le personnage qu’il croit.

Le voleur Jean Valjean a commencé à se rédimer après qu’il a rencontré Mgr Bienvenu, l’évêque de Digne. Repenti, comme la pécheresse de l’Évangile, il est devenu monsieur Madeleine, un industriel bâtissant honnêtement une vraie fortune.

Si, quand Jean Valjean sort de chez lui les poches pleines, il rentre les poches vides, c’est qu’il a donné aux pauvres, non pas sous la contrainte d’une taxe, mais délibérément. C’est pourquoi une telle taxe serait un oxymore pour Victor Hugo, attaché à la liberté, qui implique la propriété.

On sait que ce qui est exceptionnel en France devient souvent habituel. Il en a été ainsi pour la vignette automobile pendant plus de cinquante ans. Mais Vincent Lindon, cette voix simplement citoyenne, est généreux avec l’argent des autres :

À période exceptionnelle, contribution exceptionnelle. Même si j’applaudirais évidemment tout amendement visant à pérenniser cet effort de réduction des inégalités. Après tout, une fois peut devenir coutume.

Faire payer les riches

Combien rapporterait cette taxe, qui n’est qu’une façon comme une autre de faire payer les riches, autrement dit de satisfaire l’envie qui sommeille insidieusement chez bien des êtres humains ?

D’après les économistes [sic] que j’ai pris soin de consulter, cette contribution devrait représenter environ 36 à 37 milliards d’euros, qui seront distribués aux quelque 21,4 millions de foyers trop pauvres pour être assujettis à l’impôt sur le revenu.

Les économistes, qu’il a pris soin de consulter, confondant fortunes et liquidités, ne se soucient évidemment pas des conséquences qu’un tel prélèvement confiscatoire aurait sur l’économie. Peu leur chaut.

Pour s’en faire une idée, il suffit de rappeler que l’Impôt de solidarité sur la fortune a confisqué 4,3 milliards d’euros en 2017 et l’Impôt sur la fortune immobilière un milliard d’euros en 2018.

L’extension du domaine de l’enfer fiscal

Vincent Lindon ne cache pas que tous les moyens sont bons, même légaux, pour obtenir l’effort qu’il demande aux plus riches :

Même si je ne doute pas un instant que les plus riches de nos concitoyens se réjouiront de l’occasion offerte de montrer leur patriotisme et leur générosité, il me paraît prudent que les législateurs mettent en place des sanctions suffisamment dissuasives pour décourager les improbables mauvaises volontés. Je pense ici, surtout, à nos compatriotes domiciliés fiscalement à l’étranger, évidemment conviés à manifester leur solidarité.

En quelque sorte, Vincent Lindon veut l’extension du domaine de l’enfer fiscal…

La voix des députés collectivistes purs et durs

Jusqu’au 25 mai 2020, sa tribune n’a qu’un écho médiatique. Mais, ce jour-là, vingt-cinq députés communistes, insoumis, socialistes et apparentés, Libertés et Territoires, reprennent à leur compte cette innovation de la voix simplement citoyenne et enregistrent une proposition de résolution à l’Assemblée nationale.

Cette proposition de résolution reprend les termes mêmes de la tribune, et est donc cosignée par  Sébastien Jumel, Clémentine Autain, Alain Bruneel, Pierre Dharréville, Jeanine Dubié, Jean-Paul Dufrègne, Frédérique Dumas, Caroline Fiat, Christian Hutin, Régis Juanico, Manuéla Kéclard-Mondésir, Bastien Lachaud, Jean-Paul Lecoq, Jean-Luc Mélenchon, Jean-Pierre Nilor, Danièle Obono, Stéphane Peu, Dominique Potier, Loïc Prud’homme, Muriel Ressiguier, Jean-Hugues Ratenon, Fabien Roussel, Sabine Rubin, François Ruffin, Hubert Wulfranc.

Dans cette proposition, il est dit notamment :

Les nouveaux jours heureux doivent débuter par une réduction drastique des inégalités. La France ne doit pas voir réapparaître « Les Misérables ».

Si, par extraordinaire, une telle proposition était adoptée, les inégalités seraient peut-être réduites, mais la misère certainement pas, bien au contraire : « Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent », dit un proverbe chinois.

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