Ségur de la santé : direct dans le mur

OPINION : le Ségur de la santé n’augure rien de bon et ne réglera rien sur le fond, parce que la crise de la santé n’est pas seulement financière et trouve en partie son origine dans la tête des Français.

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Ségur de la santé : direct dans le mur

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 28 mai 2020
- A +

Par Pierre Allemand.

J’entendais sur FranceInfo un personnage de gauche bien connu, Axel Kahn, expliquer qu’il fallait augmenter de 10 à 20 % les dépenses de santé gérées par le ministère éponyme.

Au vu de la liste des participants à ce Ségur, et de l’ambiance actuelle totalement déconnectée de la réalité des comptes, je pense que le vœu de monsieur Kahn va se réaliser. Nous sommes déjà bien placés dans le monde en ce qui concerne les dépenses de santé par habitant.

Nous allons probablement gagner une place et dépasser les Allemands, pour nous retrouver juste derrière les États-Unis et les Suisses. Mais si nous rapportons les dépenses de santé par habitant au PIB par habitant, nous dépasserons les Suisses et nous nous trouverons en deuxième position, derrière les USA, pays qui, en raison de son système économique, consacre, de loin, le plus de dépenses de santé par habitant dans le monde.

J’ai apprécié les positions de monsieur Kahn lorsqu’il défendait les OGM, il y a longtemps. Mais je crois malheureusement que l’aphorisme « quand on n’est pas socialiste à vingt ans, c’est qu’on a pas de cœur, mais quand on est toujours socialiste à cinquante, c’est qu’on n’a pas de tête » se rapproche beaucoup de la réalité. Par ailleurs, monsieur Macron ne fait pas exception non plus à cette réalité, mais il est vrai qu’il n’a pas encore cinquante ans…

La crise de l’hôpital, une crise financière ?

La crise de l’hôpital est certainement une crise financière. Mais pas que. En effet, depuis plusieurs décennies :

  • La contention à tout prix des dépenses de santé, le fameux ONDAM a conduit, en quelques années, le « meilleur système de santé du monde » à un niveau réel ressenti digne de celui d’un pays sous-développé.
  • La fixation arbitraire du prix des médicaments nouveaux a fait fuir les principaux laboratoires mondiaux avec toutes les conséquences que cela implique.
  • La crise du Covid a montré que la recherche des économies avait malheureusement conduit par exemple à détruire les stocks de masques sans les renouveler.
  • Les hôpitaux investissent plutôt dans des ordinateurs pour le personnel non-soignant que dans le matériel médical, petit, comme les surblouses, et gros.

En outre, tout le monde a remarqué que la déconfiture de l’hôpital a suivi l’application des 35 heures. Mais pas un politique n’a eu le courage de dire que cette idée géniale qu’aucun autre pays n’a suivi était peut-être à revoir. Et madame Aubry est toujours maire de Lille…

La santé doit avoir un prix

Cependant, la cause profonde de la crise n’est peut-être pas qu’une question de gros sous. Et je crois même que cette crise illustre parfaitement un des grands principes du libéralisme, peut-être même le plus grand dans le domaine économique : le rôle du prix comme indicateur essentiel dans la bonne marche de l’économie.

La tendance socialisante dans laquelle notre pays baigne jusqu’au cou s’efforce malheureusement d’éliminer ce précieux indicateur dans un grand nombre de domaines, conduisant d’ailleurs infailliblement à la catastrophe. Les exemples sont innombrables, et s’ils sont fidèlement rapportés par les médias et par des organismes aussi fiables que la Cour des comptes, la tendance se poursuit cependant inéluctablement.

En ce qui concerne la santé, les grands principes communistes du Conseil National de la Résistance ont eu entre autres pour conséquence de détruire aux yeux du public la notion même de prix de la santé. Et le principal résultat de cette folie fut que pour le public, mais aussi pour tout le personnel de santé, y compris les organismes régionaux et jusqu’au ministère, la santé n’a pas de prix. Au sens propre autant que figuré. Ou alors, un tout petit prix de rien du tout. Et c’est pour cette raison que les salaires sont très bas et les consultations de plus en plus lointaines, comme d’ailleurs les vocations médicales.

Le libéralisme voudrait que dans le domaine de la santé comme ailleurs, la notion de prix réapparaisse. Et que chacun, en tant qu’ individu libre et responsable soit aussi responsable de sa santé et en paye donc le prix. Que les individus nécessiteux soit aidés par la communauté, cela semble aller de soi.

Que les grosses interventions soient aussi aidées, cela semble une bonne pratique. Mais que le moindre bobo fasse l’objet d’une prise en charge par la communauté n’est pas un progrès. C’est même une grave erreur qui conduit à une dévalorisation totale de l’acte de soin.

Mêmes causes, mêmes effets

À la lecture de la composition des partenaires de la discussion du Ségur de la santé,  il est malheureusement évident que les principes libéraux ne seront pas appliqués. Dans les hôpitaux, les salaires seront certainement largement augmentés, le temps de travail peut-être lui-même augmenté un peu, mais probablement restera dans le cadre des 35 heures, et on ne remettra certainement pas en cause ce stupide totem.

Il s’ensuivra que les investissements en matériel ne seront probablement pas au rendez-vous, car tout l’argent aura été pris par les augmentations de salaire. Les fermetures de lits seront abandonnées, ce qui va continuer à augmenter le prix toujours bien caché de la santé. Et finalement, dans cinq ou dix ans, les mêmes causes produisant les mêmes effets, un nouveau Ségur sera nécessaire.

Ces prévisions pessimistes supposent néanmoins que les taux d’intérêts proposés pour la dette française resteront bas ou nuls. Cependant, rien n’est moins sûr. Et de toutes les façons, il faudra bien continuer à rembourser le principal de cette fameuse dette. Donc, la situation est encore pire que ce qui est décrit plus haut.

La dette ? Mais quelle dette ?

D’aucuns, comme Esther Duflo prix Nobel d’économie 2019 pensent que le remboursement d’une dette à échéance très lointaine serait indolore pour les Français. Personnellement, j’en doute fortement. Certains optimistes de gauche soutiennent l’hypothèse que cette dette ne serait jamais remboursée, ce qui, entre nous, démontre une certaine malhonnêteté en fond de conscience chez ces donneurs de leçon.

Comment considéreriez-vous en effet la personne à qui vous auriez prêté de l’argent parce qu’elle était dans le besoin, qui vous déclarerait qu’elle n’a pas l’intention de vous rembourser ? Par ailleurs, cette personne se trouverait définitivement dans l’impossibilité d’emprunter de nouveau si son comportement était révélé.

De la même façon, les États qui empruntent en permanence se doivent d’assurer leur respectabilité et sont donc dans l’impossibilité pratique de faire défaut. En ce qui concerne la France, compte tenu des échéances courantes, la dette est remboursée en permanence, et le jeu consiste à remplacer les fonds arrivés à échéance par de nouveaux emprunts. Ce jeu s’apparente d’ailleurs au délit de cavalerie bancaire, qui se termine invariablement très mal dans le monde des affaires.

Souhaitons qu’il se termine le moins mal possible pour ceux qui assurent en permanence l’apurement des comptes nationaux en payant de nouveaux impôts. cependant, si la charge fiscale venait à croître encore, il est fort possible que l’on pourrait assister à une véritable révolte fiscale qui, elle, pourrait se terminer très mal pour les titulaires du pouvoir…

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  • non pas dans la tète des français ! dans la tète des syndicats!
    avoir des personnels sous statut avec droit syndical c’est çà le mur!
    c’est d’ailleurs LA raison de la debacle a la française.
    Les fondations du foutoir ! c’est le droit syndical accordé a des gens protégés par un statut qui l’utilisent pour faire chanter le politique et racketter le contribuable!quand ces gens font une gréve c’est contre le contribuable!!
    et il se trouve des contribuables qui ne voient pas la relation de cause a effet.. sans doute que la presse « oublie » de les informer?

    • Dans la tête des Français, un peu quand même. Qui demandent une ordonnance pour se faire rembourser du doliprane et verraient d’un très mauvais œil de devoir payer de leur poche la moindre augmentation du tarif (dérisoire) de consultation chez leur généraliste. Quand ils sont prêts à dépenser des dizaines d’euros chez le coiffeur/le barbier/l’esthéticienne/au spa/chez le naturopathe (sic)/le microkiné et j’en passe…

    • « et il se trouve des contribuables qui ne voient pas la relation de cause a effet »

      Donc un peu aussi dans la tête des français. Réfléchir n’est pas encore interdit.

  • En France, nos politiques institutionnels ignorent la gestion, la formation, le management, l’approche utilisateur, ils n’ont qu’une seule recette : on résout tout problème en mettant plus d’argent. Or cette mesure n’a aucun effet lorsque le système est désorganisé et inefficient. Le plus triste, c’est que les salariés et les syndicats, qui ne sont pas mieux éclairés alors qu’ils sont sur le terrain, n’attendent que ce type de mesure… On ne sortira de l’inefficacité coûteuse qu’en remplaçant les énarques politologues par des gens issus des écoles de commerce et en décentralisant les décisions au niveau local et à celui des opérationnels, en leur donnant une vraie responsabilité. L’irresponsabilité politico-technocratique nous tue.

    • Le toujours plus d’argent n’est que la conséquence d’un vice innerant au socialisme : le clientélisme.

    • Nous n’avons pas un problème de moyens mais de finalité. Les techniques enseignées en écoles de commerce ou la décentralisation que vous espérez ne sont que des moyens pour atteindre des objectifs. Appliqués à des objectifs liberticides, ils ne font qu’augmenter le pouvoir de nuisance de ceux qui s’en servent. Par exemple, par la maximisation des recettes fiscales ou par la corruption de pouvoirs locaux dont la férocité pourrait vous faire regretter une décentralisation sans recours possible auprès d’un pouvoir central. Outre le fait que la maximisation des recettes fiscales alimente la corruption qui maximise les prix de la dépense publique, Ceci expliquant cela.

      En France tous les efforts que vous ferez seront toujours utilisés par les pouvoirs publics pour vous faire perdre votre liberté. La finalité poursuivie, ce n’est pas la prospérité et encore moins le bonheur (ici on n’est pas en Amérique!), c’est la privation de liberté. C’est une question de principe. Ce mode de fonctionnement profondément pervers et décourageant n’est possible que parce qu’une part significative de la population déteste plus la liberté d’autrui qu’elle n’aime sa propre liberté ; par conséquent, elle préfère sacrifier sa propre liberté pour satisfaire le plaisir malsain d’en priver autrui. L’Etat liberticide s’appuie sur le soutien de cette part de la population peut-être minoritaire mais dont la soumission aux plus bas instincts ruine les circuits vertueux et favorise les comportements mafieux. Ainsi la boucle est bouclée et la France enfermée dans un cercle vicieux difficile à briser. Les pays qui en sortent ont fait le choix de l’éducation. La France a fait le choix de la répression car c’est conforme à sa finalité liberticide. C’est une question de principe. Pour que la France sorte du cercle vicieux. il faudrait qu’elle élève son niveau d’éducation. Mais une population éduquée, c’est une démocratie. C’est inenvisageable dans ce pays car c’est trop bouleversant. Donc les libéraux parlent pour ne rien dire car ils posent un problème que personne ne veut résoudre. Mais on peut continuer d’enfiler des perles. Cela passe le temps.

  • On peut se rappeker le projet de Fillon, qui consstait à séparer les gros risques des bobos quotidiens. Aussitôt torpillé lar tout ce que le pays compte de collectivistes.
    En attendant, entre la suradministration et le manque de liberté des médecins, on ferait bien de méditer cette démission d’une généraliste
    https://actu.fr/occitanie/cahors_46042/covid-19-coup-tonnerre-dans-milieu-medical-dr-magaliroussilhe-demissionne-explique-pourquoi_33767888.html
    Les coûts ne sont que le signe d’une santé « publique » dans laquelle l’Etat corrompu est maître des protocoles de soin.

    • Que ce fût une bonne idée ou une idée foireuse, elle a été torpillée par la bêtise, l’incompétence et l’apeurement de son promoteur, dès lors que son entourage a cru malin de faire la distinction entre les gros et les petits rhumes (pour expliciter la notion de gros risques et petits risques).
      Face à la polémique naissante, Fillon a réagi avec le courage qu’on lui connaît tous, puisqu’il n’a très rapidement plus du tout défendu cette distinction, en proposant d’inclure de nouveaux remboursements sur les lunettes par exemple, avant de faire disparaître totalement son projet de réforme de son programme !
      Un homme politique incapable défendre, au premier virage, son propre programme, n’est pas digne de confiance.

      • Une bonne idée n’est une bonne idée que tant qu’elle est indépendante des personnalités qui la « promeuvent ».

  • Faire remonter la crise du système de santé, de manière (sub)liminale, aux « principes communistes » du CNR n’est pas très sérieux.
    Les causes sont connues, récentes, et non rien à voir avec ça : hypercentralisation, bureaucratie, effets pervers de la tarification à l’acte (remède pire que le mal ? ). Voilà le tiercé perdant de notre système de soins.

  • Concernant Axel Kahn, il y a déjà un certain temps qu’il ne fait plus de science, mais de la politique, et là , ça dérape
    http://www.forumphyto.fr/2018/09/15/le-point-daxel-kahn-sur-le-glyphosate-la-capitulation-de-la-science/

  • les mêmes causes produiront les mêmes effets.

  • Un fonctionnaire se comporte toujours comme un fonctionnaire, le salaire n’a pas d’importance, ce qui compte est la pendule, est elle à la bonne place et à la bonne heure.. Allez puisque la médaille n’est pas suffisante offrons une prime.. Pas assez, une augmentation plus une prime… Ha biensur, les pompiers les agents de police les infirmières… C’est des fonctionnaires comme les autres, un peu plus utiles que les autres mais le privé marche bien pour le même prix… Et même beaucoup moins.
    Alors le segur encore un conte pour enfants d’ailleurs même le ministre ni croit pas si il est honnete…. Un ministre honnête, pas encore vu la queue d’un…

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