Le télétravail est-il l’avenir du travail ?

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Quel que soit le domaine où se pose le regard, on revient toujours à un fondamental : la présence humaine interactive. Alors télétravail, oui, quand cela rend service !

Par Jean-Paul Laplace.

En ces temps de pandémie, de restriction de nos déplacements et d’élargissement nécessaire de notre périmètre individuel de protection, sous des conditions excluant le partage de lieux et d’objets sans précautions, l’incitation à rester chez soi a été une évidence forte.

Mais devant la sévérité des conséquences économiques et sociales de la paralysie du pays résultant du confinement, elle s’est doublée d’une incitation non moins forte à sauvegarder ce qui peut l’être, et donc à travailler soit parce que la nature de la tâche l’impose (personnels hospitaliers) ou le permet, soit en procédant autrement. Dans ce contexte, la mise en œuvre du télétravail préfigure-t-elle l’avenir du travail ?

La réponse n’est sans doute pas aussi simple et se situe probablement dans un juste milieu. Car si chacun peut trouver dans le télétravail des avantages particuliers, l’essentiel est peut-être de rechercher ce qui pourrait constituer le socle d’un bénéfice commun.

Une meilleure organisation matérielle ?

La nature du travail est le premier déterminant dans la mesure où certaines tâches, notamment de fabrication, ne peuvent être exportées hors du siège de l’entreprise, petite ou grande, en raison de la nécessité de machines, de matériaux, et de ressources diverses. Il y a là un premier clivage entre ceux qui sont tributaires d’un lieu de travail et ceux dont la tâche peut être portée par les outils numériques.

Les perspectives de développement des automatismes et du pilotage à distance contribueront certainement à déplacer le curseur entre ces deux populations sans résoudre pleinement la distance sociale historiquement établie entre elles. Mais il est clair qu’aucune des deux ne peut utilement poursuivre son activité sans l’autre.

La localisation géographique pèse lourd dans les choix. Pour certaines grandes entreprises, il n’est pas rare que des services entiers soient délocalisés, parfois dans d’autres pays, ou que des postes de haut niveau soient disséminés dans différents pays. Le télétravail est alors constitutif  de la structure de l’entreprise. Mais cette mondialisation de fait conduit souvent, décalages horaires aidant, à créer une pression permanente sur les salariés appelés à une activité sans vraie limite.

Dans beaucoup d’autres cas, la question se pose plutôt de savoir si telle activité à caractère bureautique peut être réalisée hors du lieu de l’entreprise et de l’échange direct entre personnes. Ce qui est en jeu est alors une certaine facilité liée à la disponibilité d’un fonds documentaire utile mais non numérisé et à l’efficacité de la communication interne au quotidien, opposée au bénéfice pour l’employé(e) du télétravail en termes de temps de transports, fatigue, présence au domicile et liberté relative d’organisation.

Ces différents termes de l’équation personnelle sont éminemment variables entre grandes métropoles et provinces, selon l’organisation du domicile et la présence d’un entourage. On pourra préférer le calme de son bureau personnel à domicile au brouhaha d’un plateau open space ou à la quête d’une place dans des bureaux de passage ; mais on pourra aussi préférer le contexte de l’entreprise aux quatre murs d’un logement modeste, aux nuisances des enfants ou des voisins, et au débit modeste de sa ligne ADSL personnelle.

Pour tous ces cas d’une grande diversité, le choix sera ponctuel, variable et transitoire selon les circonstances et les intérêts mutuels. Sur ces aspects matériels, le télétravail apparaît davantage comme une facilité occasionnelle, une faculté supplémentaire dans une palette de formes d’organisation.

Préserver la richesse de notre Humanité

C’est donc plutôt du côté des aspects humains et immatériels qu’il faut se tourner pour trouver ce qui peut être fondamental dans le choix d’une organisation stable. À l’expérience d’une période de télétravail imposée par la situation sanitaire générale, beaucoup d’employés, même s’ils appréhendent un peu la prise de risques supplémentaires, seront heureux de retourner sur le lieu de travail ; ils apprécieront de retrouver des collègues avec lesquels ils auront plaisir à partager leur expérience et à échanger. Concrètement ils feront le même travail, mais ils le feront différemment.

Exécuter une tâche de façon solitaire devient rapidement lassant ; participer à une tâche d’ensemble réalisée avec d’autres personnes est beaucoup plus motivant. La fin du taylorisme a permis d’échapper à l’usure et au désintérêt du travail à la chaîne.

Certes c’était avant l’ère des robots, mais le processus psychologique reste à l’œuvre. De même, le commerce est l’objet de profondes évolutions avec une croissance forte des achats en ligne. Cet usage des opportunités ouvertes par le monde numérique n’exclut pas la visite des boutiques, souvent en compagnie, activité où l’utile rejoint le ludique.

Les bouleversements induits dans le fonctionnement des établissements d’enseignement ont été révélateurs de diverses faiblesses : une fracture sociale dans la situation matérielle à l’égard du monde numérique, une part d’improvisation dans l’organisation du travail des enseignants confrontés de manière abrupte à un autre métier, mais aussi une inadéquation fondamentale ressentie à tous les âges scolaires.

Les parents qui ont encadré le travail des plus jeunes ont constaté combien le rituel scolaire et le respect du personnage du maître ou de la maîtresse manquaient pour accrocher les enfants au travail scolaire ; les ados sont un peu à la dérive sans méthode à un âge ou l’encadrement est nécessaire ; et les étudiants peinent à tirer le meilleur parti des cours en ligne sans l’interaction avec le professeur.

Dans tous les cas le contact humain est précieux. Et si l’on s’intéresse au fonctionnement de toutes les jeunes entreprises (start-up), qui sont les plus ouvertes à l’usage massif du numérique et à des formes plus exubérantes de management, on constatera que la créativité est à la mesure des échanges entre leurs membres. Il y a là une recette qui pourrait avoir valeur générale, selon laquelle l’interactivité humaine est source de créativité.

On peut enfin convoquer la médecine qui s’est ouverte au monde numérique pour en utiliser les ressources à tous les niveaux : téléconsultation pour les petits problèmes du quotidien, outils de séquençage ou d’imagerie, utilisation de données massives… Mais dans tous les cas ces performances ne font que servir la relation médecin-malade sans se substituer à ce colloque singulier.

En bref, quel que soit le domaine où se pose le regard, on revient toujours à un fondamental : la présence humaine interactive. Alors télétravail, oui quand cela rend service ; c’est un outil parmi d’autres, qui ne doit en aucun cas devenir une solution pérenne, au risque de voir l’individu s’étioler. Le télétravail c’est oui, mais en groupe !

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