Le reconfinement est-il seulement possible ?

Avant d’envisager le reconfinement, les Français pourraient exiger de leurs dirigeants politiques et bureaucratiques qu’ils remplissent la mission d’anticipation et de prospective qu’ils prétendent incarner afin de l’éviter.

Par Frédéric Mas.

Les bureaucraties aiment les rapports. Il fallait donc que M. Jean Castex, le haut fonctionnaire désigné par l’exécutif pour s’occuper du déconfinement, produise le sien pour asseoir sa légitimité et signaler à ses camarades bureaucrates que lui aussi, à son niveau, il participait activement à résoudre la crise sanitaire que nous traversions tous en adressant au monde ses recommandations.

Du document d’une soixantaine de pages, les commentateurs ont retenu l’éventualité du reconfinement, qu’il fallait envisager en cas de reprise de la pandémie :

« La possibilité d’une réversibilité des mesures doit ainsi toujours pouvoir être offerte et l’éventualité d’un reconfinement en urgence doit rester dans les esprits et être anticipée par les pouvoirs publics ».

Le propos semble, de prime abord, assez logique si on reprend le plan exposé par Édouard Philippe la semaine dernière. Remarquons tout de même au passage que, malgré la multitude d’agences et de bureaux, les capacités d’anticipation des pouvoirs publics depuis le début de la crise se sont révélées inexistantes, et cela malgré la cathédrale de paperasses, circulaires et chartes qu’ils tendent à produire pour donner l’illusion d’agir.

Le retour en résidence surveillée ?

L’État n’a pas anticipé la crise sanitaire, a déclaré le confinement en urgence pour limiter les conséquences de ses propres manquements, et en conséquence a organisé le déconfinement dans l’urgence.

Pourra-t-il de manière plausible organiser un reconfinement ? La population acceptera-t-elle de s’enfermer de nouveau docilement en attendant que l’orage passe ?

Si tout cela semble plausible du point de vue du ministère et de ses armées de fonctionnaires, sur le terrain, tout le monde semblait déjà avoir déconfiné en fin de semaine dernière. Vendredi était férié, et beaucoup de Français en ont profité pour sortir et commencer à reprendre une vie normale. Lundi, malgré les mesures sanitaires strictes qui entravaient la circulation, la routine des transports en commun s’est de nouveau installée.

Les Parisiens se sont retrouvés sur les bords du canal Saint-Martin (avant de se faire disperser), et on raconte que certains commerces « de convivialité » ont même rouvert, bravant ainsi les interdictions et les zones rouges des pouvoirs publics.

De moins en moins de citoyens se sentent concernés par cette avalanche de normes : on a joué sur la peur et la culpabilité pour les assigner à résidence, ils ont désormais besoin qu’on les lâche un peu.

Les conséquences du « confinement strict »

C’est là une conséquence tout à fait dommageable du caractère strict et punitif du confinement comme du déconfinement. À force de produire des normes, des circulaires et des décrets pour quadriller la liberté des individus, très naturellement, ils finissent par les mépriser ou chercher à s’y soustraire pour avoir la paix et vivre normalement. Les périodes de prohibition généralisée génèrent les marchés noirs, les bars clandestins, l’économie parallèle et surtout érode l’autorité de la loi.

Si jusqu’à présent, le peuple français a fait preuve d’une extrême docilité en acceptant les consignes de l’État au nom de la solidarité avec le personnel soignant, il se pourrait que le retour, même relatif, à la liberté de circuler, les rendent un peu plus exigeants vis-à-vis de nos édiles.

Avant d’envisager de reconfiner, les Français pourraient exiger de leurs dirigeants politiques et bureaucratiques qu’ils remplissent la mission d’anticipation et de prospective qu’ils prétendent incarner afin de l’éviter : produire des tests à grande échelle ou des masques, en laissant faire le marché et son corollaire l’innovation, devrait éviter ce lamentable retour à la case départ.

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