Conférence d’Édouard Philippe : le déconfinement, c’est presque maintenant

Globalement, le déconfinement se fera, mais partiellement, avec des exceptions à la liberté de commercer, de circuler, et le maintien d’aides publiques dont l’argent n’existe pas encore.

Par Frédéric Mas.

Le discours du Premier ministre Édouard Philippe jeudi était attendu. La France s’apprêtait à savoir si elle allait être libérée, pardon, déconfinée, lundi 11 mai comme prévu. La réponse fut positive, mais nuancée, suffisamment nuancée pour laisser un goût un peu amer dans la bouche des amis de la liberté.

Certes, la levée du confinement se fera le 11 mai, mais elle se fera progressivement. Le gouvernement, par la voix de son Premier ministre, a bien insisté sur l’équilibre à maintenir entre d’un côté le retour à la situation « normale » et de l’autre la nécessité d’endiguer la pandémie qui ne s’est pas envolée.

Si les raisons évoquées sont plausibles, elles n’en demeurent pas moins difficiles à entendre provenant d’un gouvernement dont l’improvisation permanente a conduit au confinement précipité, occasionnant crise et pénurie, en particulier de masques, puis un déconfinement tout aussi chaotique, qui, nous allons le voir, ne conduira pas à un retour à la normale, tant sur le plan sanitaire que sur celui des libertés publiques.

Respecter des règles strictes

Si le déconfinement s’étend à l’ensemble du territoire, deux d’entre eux garderont des règles plus strictes, à savoir Mayotte et l’Ile-de-France. Dans le premier cas, le déconfinement y est différé, dans le second, des règles particulières y seront observées.

Notons que pour l’Ile-de-France le Premier ministre a préféré jouer sur la responsabilité des plus vulnérables plus que sur la menace de la punition : il a exhorté les individus les plus à risques de complications médicales dues au Covid-19 de se maintenir isolés et de respecter à la lettre les consignes de sécurité sanitaire.

À la suite de la présentation d’Édouard Philippe, plusieurs ministres se sont succédé afin d’exposer plus en détails le déroulement du déconfinement dans les domaines de la santé publique, de l’éducation, des transports, du maintien de l’ordre, de l’économie et du travail. Retenons du discours du ministre de la Santé Olivier Véran l’idée que la France est désormais prête pour dépister massivement le virus (enfin !).

La situation de l’Ile-de-France est toujours délicate du fait de la circulation encore active du virus, mais c’est surtout sur la responsabilité des Franciliens qu’il faudra se reposer pour éviter sa propagation.

Élisabeth Borne, en charge des transports au gouvernement, a signalé en complément que de manière à raréfier la circulation des personnes et donc du virus, l’utilisation des transports en commun y nécessiterait une attestation pendant les heures de pointe. On imagine le personnel mobilisé pour les contrôler et éventuellement pour verbaliser les contrevenants.

Télétravail et télémédecine

La télémédecine comme le télétravail seront fortement encouragés à entrer dans les mœurs des Français. Notons que sur ces derniers points, l’adaptation pourrait être au plus grand bénéfice des deux disciplines, qui pourraient réduire drastiquement des coûts d’infrastructure et de déplacement (adieu le pass Navigo !) à un moment où ils en ont le plus besoin. M. Jean-Michel Blanquer a rappelé qu’en matière d’éducation, le déconfinement scolaire se ferait dès le 11 mai dans un souci d’égalité des chances entre élèves et pour éviter le décrochage scolaire.

Pour ceux qui s’inquiétaient de la disparition des attestations et autres éléments de paperasse bureaucratique, M Castaner nous a rappelé qu’il en faudrait pour justifier de ses déplacements dans le périmètre des 100 kilomètres autorisés et au-delà. N’oubliez donc pas votre facture EDF quand vous irez visiter vos parents. Ah non, il vaut mieux éviter les personnes âgées. Disons quand vous ferez des rondes dans votre région pour ne plus rester cloitrés à la maison.

Reprenant la balle au bond lancée par le Premier ministre, Bruno Le Maire a annoncé la réouverture de tous les commerces. Sauf les lieux de convivialité et le tourisme, ce qui est tout de même l’un des secteurs économiques les plus florissants et essentiels du pays. Là encore, l’annonce du déconfinement se révèle très très partielle.

Un déconfinement très très progressif

Globalement, le déconfinement se fera, mais partiellement, avec des exceptions à la liberté de commercer, de circuler, le maintien d’aides publiques dont l’argent n’existe pas encore, le tout en fonction d’indicateurs qui pour l’instant sont d’une fiabilité relative, puisqu’il n’existe pas de tests à grande échelle aujourd’hui, et qu’ils ne seront mis en place que la semaine prochaine.

Le gouvernement institue des règles complexes qui auront un coût, et qui risquent fort d’étendre encore le pouvoir de la bureaucratie d’État pour en mesurer, jauger et rendre effectif l’application. Pour nos libertés, tout doit être mis en œuvre afin de sortir le plus vite possible de cette situation qui s’annonce kafkaïenne.

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