Sortir de la caverne où nous sommes confinés

Ouvrez vos yeux by ImAges ImprObables (CC BY-NC-ND 2.0) — ImAges ImprObables , CC-BY

L’État d’aujourd’hui a mis les chaînes aux prisonniers de la caverne avant de venir prétendre les gouverner dans leurs fers.

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Dans le mythe de la caverne de Platon, les hommes sont prisonniers et enchaînés au fond d’une caverne, face contre le mur. Ils ne voient du monde que les ombres qui y projetées depuis l’ouverture de la caverne. Seuls quelques prisonniers parviennent, par l’éducation reçue de la Cité et leur intelligence, à se libérer des fers et rejoindre le vrai monde à la lumière du Soleil.

Ces philosophes ne veulent plus retourner dans la caverne, mais la République de Platon veut qu’ils soient convaincus de le faire, à tour de rôle du moins, pour rejoindre les prisonniers et les diriger. Ainsi, l’État sera bien gouverné parce qu’il le sera par des gens vertueux et sages.

Les prétentions de l’ENA ne sont donc pas d’aujourd’hui. Les étudiants y sont payés pour servir et dominer. Ils ne sont donc pas vraiment libres, mais en service commandé comme les philosophes de Platon.

« Dans les autres États, leur dirons-nous, les hommes comme vous sont plus excusables de se dispenser des travaux de la vie publique, car ils se sont formés eux-mêmes, malgré le gouvernement ; or, quand on ne doit qu’à soi seul sa naissance et son accroissement, il est juste qu’on ne soit tenu à la reconnaissance envers personne.
Mais vous, nous vous avons formés dans l’intérêt de l’État comme dans le vôtre, pour être ce que sont dans les ruches les mères abeilles et les reines : dans ce dessein, nous vous avons donné une éducation plus parfaite qui vous rendît plus capables que tous les autres hommes d’allier l’étude de la sagesse au maniement des affaires. Consentez donc à descendre chacun autant qu’il est nécessaire dans la demeure commune ; accoutumez vos yeux aux ténèbres qui y règnent. »
(La République, VII, 520 b et c).

Ainsi, ils savent pour nous. Ils savent nous confiner parce qu’ils n’avaient pas de masques, de tests et de lits de réanimation, ils savent nous déconfiner en multipliant les réglementations stupides comme celle qui impose aux joggeurs parisiens de courir tous aux mêmes heures, très limitées, pour mieux postillonner les uns sur les autres.

Ils savent qu’il est plus important d’aller verbaliser pour réunion interdite les trois prêtres qui enregistrent une messe dans une église asssités de leurs trois chantres plutôt que d’aller patrouiller en banlieue.

Ils savent que la Suède, la Corée du Sud et d’autres pays ont fait mieux sans confinement généralisé, mais ils savent que les Français n’en sont pas capables. À dire vrai, ils n’en sont pas certains, mais ils ont trouvé la parade : ils ont aussi suspendu jusqu’au 30 juin les recours devant le Conseil constitutionnel sur leurs mesures privatives de liberté, et leurs magistrats ont déserté leurs palais (de justice) dès le 16 mars comme la fuite d’une armée en débâcle.

Et de toute façon, en haut de la hiérarchie, ce sont des énarques aussi qui veillent sur l’application de la loi édictée par d’autres énarques pour s’assurer que dans la caverne les prisonniers obéissent.

Pour sortir du confinement de la pensée et de la caverne où nous a enfermés l’État qui sait tout pour nous, c’est à nous qu’il revient de nous libérer de nos chaînes, d’ester en justice dès que possible contre toutes les atteintes à nos libertés, d’écrire, de convaincre, d’agir en sachant que « L’homme est principe de ses actions » comme l’observe Aristotethique à Nicomaque, III, 5, 1112b 34).

Il délibère sur les fins qu’il veut atteindre et il choisit les moyens qu’il croit appropriés à ses fins. Il a donc pleinement son libre arbitre pour décider des choses qui dépendent de lui, et choisir le vice ou la vertu, car « là où il dépend de nous d’agir, il dépend aussi de nous de ne pas agir, et là où il dépend de nous de dire non, il dépend aussi de nous de dire oui » ( idem, p. 140, II, 7, 1113b 7).

C’est d’abord la liberté de l’éducation qu’il faut obtenir pour éviter ce monopole dont jouit et joue l’État pour lui-même, selon la recommandation de Platon. Mais bien sûr, c’est plus généralement dans tous les domaines que l’État doit nous laisser vivre car ce que n’avait pas compris Platon, c’est que c’est la Cité, l’État d’aujourd’hui, qui a mis les chaînes aux prisonniers de la caverne avant de venir prétendre les gouverner dans leurs fers.

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