Sortir de la caverne où nous sommes confinés

l’Etat d’aujourd’hui a mis les chaînes aux prisonniers de la caverne avant de venir prétendre les gouverner dans leurs fers.
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Sortir de la caverne où nous sommes confinés

Publié le 4 mai 2020
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Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Dans le mythe de la caverne de Platon, les hommes sont prisonniers et enchaînés au fond d’une caverne, face contre le mur. Ils ne voient du monde que les ombres qui y projetées depuis l’ouverture de la caverne. Seuls quelques prisonniers parviennent, par l’éducation reçue de la Cité et leur intelligence, à se libérer des fers et rejoindre le vrai monde à la lumière du Soleil.

Ces philosophes ne veulent plus retourner dans la caverne, mais la République de Platon veut qu’ils soient convaincus de le faire, à tour de rôle du moins, pour rejoindre les prisonniers et les diriger. Ainsi, l’État sera bien gouverné parce qu’il le sera par des gens vertueux et sages.

Les prétentions de l’ENA ne sont donc pas d’aujourd’hui. Les étudiants y sont payés pour servir et dominer. Ils ne sont donc pas vraiment libres, mais en service commandé comme les philosophes de Platon.

« Dans les autres États, leur dirons-nous, les hommes comme vous sont plus excusables de se dispenser des travaux de la vie publique, car ils se sont formés eux-mêmes, malgré le gouvernement ; or, quand on ne doit qu’à soi seul sa naissance et son accroissement, il est juste qu’on ne soit tenu à la reconnaissance envers personne.
Mais vous, nous vous avons formés dans l’intérêt de l’État comme dans le vôtre, pour être ce que sont dans les ruches les mères abeilles et les reines : dans ce dessein, nous vous avons donné une éducation plus parfaite qui vous rendît plus capables que tous les autres hommes d’allier l’étude de la sagesse au maniement des affaires. Consentez donc à descendre chacun autant qu’il est nécessaire dans la demeure commune ; accoutumez vos yeux aux ténèbres qui y règnent. »
(La République, VII, 520 b et c).

Ainsi, ils savent pour nous. Ils savent nous confiner parce qu’ils n’avaient pas de masques, de tests et de lits de réanimation, ils savent nous déconfiner en multipliant les réglementations stupides comme celle qui impose aux joggeurs parisiens de courir tous aux mêmes heures, très limitées, pour mieux postillonner les uns sur les autres.

Ils savent qu’il est plus important d’aller verbaliser pour réunion interdite les trois prêtres qui enregistrent une messe dans une église asssités de leurs trois chantres plutôt que d’aller patrouiller en banlieue.

Ils savent que la Suède, la Corée du Sud et d’autres pays ont fait mieux sans confinement généralisé, mais ils savent que les Français n’en sont pas capables. À dire vrai, ils n’en sont pas certains, mais ils ont trouvé la parade : ils ont aussi suspendu jusqu’au 30 juin les recours devant le Conseil constitutionnel sur leurs mesures privatives de liberté, et leurs magistrats ont déserté leurs palais (de justice) dès le 16 mars comme la fuite d’une armée en débâcle.

Et de toute façon, en haut de la hiérarchie, ce sont des énarques aussi qui veillent sur l’application de la loi édictée par d’autres énarques pour s’assurer que dans la caverne les prisonniers obéissent.

Pour sortir du confinement de la pensée et de la caverne où nous a enfermés l’État qui sait tout pour nous, c’est à nous qu’il revient de nous libérer de nos chaînes, d’ester en justice dès que possible contre toutes les atteintes à nos libertés, d’écrire, de convaincre, d’agir en sachant que « L’homme est principe de ses actions » comme l’observe Aristotethique à Nicomaque, III, 5, 1112b 34).

Il délibère sur les fins qu’il veut atteindre et il choisit les moyens qu’il croit appropriés à ses fins. Il a donc pleinement son libre arbitre pour décider des choses qui dépendent de lui, et choisir le vice ou la vertu, car « là où il dépend de nous d’agir, il dépend aussi de nous de ne pas agir, et là où il dépend de nous de dire non, il dépend aussi de nous de dire oui » ( idem, p. 140, II, 7, 1113b 7).

C’est d’abord la liberté de l’éducation qu’il faut obtenir pour éviter ce monopole dont jouit et joue l’État pour lui-même, selon la recommandation de Platon. Mais bien sûr, c’est plus généralement dans tous les domaines que l’État doit nous laisser vivre car ce que n’avait pas compris Platon, c’est que c’est la Cité, l’État d’aujourd’hui, qui a mis les chaînes aux prisonniers de la caverne avant de venir prétendre les gouverner dans leurs fers.

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  • claude henry de chasne
    4 mai 2020 at 6 h 51 min

    je pense qu’il est urgent que la television rediffuse
    « Ou est passée la septième compagnie » car c’est la parfaite illustration de la guerre a la française…

    • qu’elle nous rediffuse aussi  » y a t’il un pilote dans l’avion  » , because vu comment le pays est dirigé , on peut se poser la question ….

      • Il est urgent que les Français regardent la télé, alors, parce que ces deux films ont été rediffusés plusieurs fois ces dernières semaines !

  • Je ne suis pas un spécialiste de Platon mais il semblerait qu’il y a ici un petit détournement de la pensée platonicienne si on la remet dans son contexte (déclin démocratique, guerres..).

    Platon écrit que les dirigeants de la cité doivent être formés pour ne venir au pouvoir que par nécessité, par devoir, et non par l’attrait que peut représenter l’exercice de l’autorité. (wikipedia) Ce n’est pas transposable aux énarques qui sont attirés par le statut justement.. formant ainsi une caste.

    «Platon invite ses contemporains à rejeter toutes formes d’idées reçues et à se montrer vigilants sur l’exercice du pouvoir, sur le choix des hommes destinés à exercer l’autorité dans la Cité. Le philosophe met l’accent sur l’esprit de responsabilité qui doit animer les citoyens, puisque les prisonniers de la caverne représentent ceux qui préfèrent ne pas s’interroger ni remettre en cause un ordre établi, aussi inapte soit-il.» (wikipédia)

    L’objectif de Platon était d’éclairer les hommes pour éviter la dérive vers des désordres liés à leur nature. Ce rôle il l’incombe aux philosophes (c’était à l’époque), mais on peut le voir aujourd’hui comme un recours à la vérité des choses (justice, science).

    • « Ce rôle il l’incombe aux philosophes »

      En ces temps la, une homme pouvait acquérir l’ensemble des connaissances de monde connu. Aujourd’hui et de plus en plus, c’est impossible. Il ne suffit plus de dire qu’un homme est intelligent ou cultivé. Sa totale incompétence dans d’autres domaines en font un homme dangereux pour peu qu’on le dise intelligent et qu’il y croit.

      Il faut en trouver de particulièrement humbles – alors qu’on leur apprend dans les écoles qu’ils sont l’élite.

      • L’humilité la plus belle des vertus ! C’est un trésor enfoui en chaque homme mais hélas il ne brille pas. Elle ne s’apprend pas elle se mérite.

        • Oui, et vous parlez de « la vérité des choses ».

          J’ai longtemps cru que seules les mathématiques étaient vraies et que tout le reste n’était que jugement arbitraire. Puis j’ai découvert que les mathématiciens eux-même comprenaient que les mathématiques ne pouvaient être une vérité et qu’elles étaient au mieux cohérentes.

          Le chemin vers l’humilité est particulièrement long. Mais c’est probablement la seule vérité.

  • La petite bête
    4 mai 2020 at 10 h 19 min

    Oui. L’Etat sait ce qu’il fait, et il fait ce qu’il veut. Macron établira une dictature et ce virus est notre incendie du Reichstag. Y aura-t-il suffisamment de citoyens soucieux des libertés pour réveiller les autres?
    Une autre liberté est à défendre: le droit pour les médecins de prescrire et celui des patients d’être soignés
    https://noublionsrien.fr/

  • Esprit critique
    4 mai 2020 at 10 h 24 min

    ça me donne une idée :
    Emmurer les énarques dans des cavernes, sans eau ni nourriture.
    Quarante jours devraient suffire a redresser le pays.

  • Tocqueville disait que la démocratie conduit inexorablement à la dictature « douce » de la bureaucratie centrale.
    Il avait parfaitement raison, sauf que le « douce » est entrain de se transfomer en « violente ».

    • Je ferai la distinction entre la dictature de la démagogie (politique) et l’absurdité d’une bureaucratie excessive (administration centralisée).

  • Oui, libérer l’éducation devrait être la première priorité.
    Pourquoi acceptons-nous cette idée qu’il appartient à l’Etat d’éduquer les jeunes? Ce n’est pas parce que l’Etat organise la « gratuité » de l’éducation qu’il doit aussi la dispenser.
    L’Etat doit assurer la sécurité et garantir la liberté, mais pas s’occuper de l’éducation.

    • Pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire et académique. Cela se tient.

      La gauche veut former des gauchistes, la droite des travailleurs spécialisés aux besoins actuels. C’est aussi néfaste dans les 2 cas pour le progrès et l’intelligence.

  • Il était une fois, Platon le sage est élu Maire de Trifoully les Oies, 900 habitants, dont ,hélas,un seul pauvre Job. Dans sa grande sagesse, Platon nomme une Jeune Stagiaire, prénommée ENA, déléguée à la Grande Pauvreté. Six ans plus tard.. la stagiaire, bien sur embauchée entre temps,avait déniché une douzaine de pauvres et réclamé : Budget, bureau, assistant , ordi etc..

  • « Tout esclave porte dans sa propre main le pouvoir de briser sa captivité. »
    William Shakespeare

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