Macron philosophe : faut-il faire confiance à un disciple de Platon ?

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Macron philosophe : faut-il faire confiance à un disciple de Platon ?

Publié le 28 juin 2017
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Par Claude Sicard.
Un article d’Emploi 2017

Le philosophe grec Platon, au IVe siècle avant J-C, dans son ouvrage majeur La République avait esquissé les contours d’une cité idéale, une cité parfaite fondée sur la raison.

Dans cette cité paradisiaque régnerait la justice, mais, justice, disait Platon, ne signifie pas égalité. Pour diriger une telle cité, il faut choisir les meilleurs comme dirigeants. Ce sont nécessairement, disait Platon, des philosophes.

Le grand philosophe grec, en effet, a affirmé dans son ouvrage : « Seuls les philosophes savent ce qu’il faut faire pour qu’un État soit bien gouverné ». Mais il est très difficile de définir ce que l’on doit entendre par philosophe : au temps de Platon il s’agissait de la sagesse. Ce qui est certain, c’est que le philosophe pense d’une façon conceptuelle, radicale, et critique.

Le président philosophe

Les Français viennent donc de confier le pouvoir à un président philosophe en lui donnant à l’Assemblée la majorité dont il a besoin pour gouverner. Un bon dirigeant, disait Platon, doit posséder « une forte éducation ». Il s’agit bien, avec Emmanuel Macron, d’un dirigeant ayant un niveau élevé de formation : Sciences-Po Paris, et l’ENA d’où il est sorti parmi les tout premiers, des grandes écoles que l’on considère parmi les meilleures de France.

Il est âgé de 39 ans, sensiblement plus jeune, donc, que le souhaitait Platon, et il possède, en plus de ses prestigieux diplômes, une sérieuse formation philosophique, ce qui manquait à tous ses prédécesseurs. Devons-nous considérer que s’accomplit enfin, ainsi, le rêve de Platon ? Cela pourrait bien y ressembler, et, alors, « pouvoir politique et philosophie vont pouvoir se rencontrer », comme l’exigeait Platon.

Les médias nous parlent peu de la formation philosophique de Macron : elle est pourtant importante. Si l’on examine sa biographie, on voit qu’il a été l’assistant, pendant deux ans, du grand philosophe protestant Paul Ricœur, un philosophe qui était proche de Michel Rocard, lui-même également protestant. Et il a consacré un DEA à Hegel, le penseur de la dialectique et du système, un DEA qu’il passa à Nanterre.

Inspiré par Étienne Balibar

Rue Saint-Guillaume, il a été beaucoup inspiré par Étienne Balibar, un philosophe marxiste qui a défendu activement la cause des immigrés clandestins. Sous sa direction, il a rédigé un mémoire sur Machiavel, que l’on considère volontiers comme le fondateur de la science politique moderne. Il aura sans doute appris de Machiavel que la politique n’est pas une science, mais un art !

Il faut noter, par ailleurs, qu’Emmanuel Macron a appartenu au comité de rédaction de la revue Esprit, et Marc-Olivier Pacles, l’ancien rédacteur en chef de la revue, a dit de ce jeune énarque qu’il était « un esprit brillantissime, doué d’une agilité intellectuelle hors du commun, capable d’exalter dans le même souffle Jeanne d’Arc et Victor Hugo ».

Les théories philosophiques d’Emmanuel Macron

Le programme philosophique auquel a adhéré Emmanuel Macron relève d’un courant de pensée cohérent connu sous le nom de « libéralisme égalitaire », et il est inspiré de deux philosophes : John Rawls (1921-2002) et du prix Nobel d’économie Amartya Sen. Le libéralisme égalitaire est une philosophie de l’égalité des chances : dans une société juste, toute personne doit avoir la chance de réaliser ses projets sans que les inégalités de naissance ne l’en empêchent.

D’où le slogan de Macron : « La France doit être une chance pour tous ». Le libéralisme égalitaire veut accroître les libertés de base, égales pour tous, et réduire les inégalités économiques en limitant les désavantages des plus démunis.

Emmanuel Macron a hérité de Paul Ricœur un engagement intellectuel fort pour éclairer l’engagement politique. Il veut faire vivre ensemble éthique et politique « de façon à ce qu’elles se fécondent mutuellement ». Le « en même temps » qu’il professe volontiers, et qui est souvent raillé par ses détracteurs, lui vient de Paul Ricœur qui a voulu remplacer le dilemme qui sépare et oppose, par la dialectique qui relie, fût-ce dans le conflit.

Dans un article dans la revue Le Temps, l’auteur explique que quand Macron dit « en même temps » il veut assumer le caractère tensionnel du réel avec lequel le politique doit composer. Ce n’est donc pas un tic. Il faut, à la fois, par exemple, libérer le travail pour que s’épanouisse l’économie, et protéger les plus fragiles. Autre exemple de la problématique Macron : il nous faut être fiers de la France et, en même temps, relancer la construction européenne.

Emmanuel Macron a livré, un jour, cette confidence : « Paul Ricœur m’a rééduqué sur le plan philosophique. Il m’a poussé à faire de la politique parce que lui-même ne l’avait pas fait ». Dans un long entretien qu’il accorda à l’hebdomadaire Le 1 on voit bien qu’Emmanuel Macron est fortement imprégné des grands philosophes, citant facilement Aristote, Descartes, Kant, Hegel, et, évidemment Paul Ricœur…

Comment Macron va-t-il gouverner ?

Dans cette interview accordée à l’hebdomadaire Le 1, en juillet 2015, en réponse aux questions des journalistes, Emmanuel Macron a parfaitement décrit sa vision du politique. La place d’un dirigeant politique se situe entre la pensée et l’action, a-t-il dit. Il a expliqué que « si l’on veut stabiliser la vie politique, et la sortir de la situation névrotique actuelle, il faut tout en gardant l’équilibre délibératif, accepter un peu plus de verticalité ».

Et il a ajouté :

« Toute la difficulté du politique, aujourd’hui, réside dans ce paradoxe entre la demande permanente de délibération, qui s’inscrit dans le temps long, et l’urgence de la décision. Il faudra donc articuler une très grande transparence horizontale nécessaire à la délibération et recourir à des rapports plus verticaux nécessaires à la décision. Sinon, c’est l’autoritarisme, ou bien l’inaction ».

La démocratie ne se suffit pas à elle-même, constate Emmanuel Macron. Dans le paysage français il y a, dit-il, un absent : « c’est la figure du roi dont je pense, fondamentalement, que le peuple français n’a pas voulu la mort ». Le roi n’est plus là, nous dit Emmanuel Macron.

On a essayé de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce furent les moments napoléonien et gaulliste. Mais, « depuis le départ du général de Gaulle, le siège est resté vide ». Ce que l’on attend, donc, du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Et l’on voit bien que, depuis son élection, Emmanuel Macron s’y emploie activement.

C’est l’Élysée qui aura le pouvoir, nous disent les observateurs de la vie politique. Par souci d’efficacité, les cabinets ministériels vont être limités en effectifs, et les ministres auront ainsi à travailler en prise directe avec les grands directeurs de leurs administrations. Ceux-ci, auparavant, dans le cadre d’une opération de spoils system à l’américaine, auront été soigneusement évalués, et, pour une bonne part d’entre eux, changés.

Les grandes lignes du programme d’Emmanuel Macron

Nous nous bornerons à rappeler, ici, les grandes lignes du programme d’Emmanuel Macron tel qu’il est présenté dans la brochure du mouvement qui porte en page de couverture le slogan d’En Marche ! : « Retrouver notre esprit de conquête pour bâtir une France nouvelle ».

Les six grands thèmes du programme sont les suivants :

— Premier chantier : « l’éducation et la culture »
Mettre la transmission des savoirs fondamentaux au cœur du projet de notre école.

— Deuxième chantier : « la société du travail »
Simplifier le Code du travail et réformer l’assurance chômage.

— Troisième chantier : « la modernisation de notre économie »
Créer une mobilité économique et sociale par le travail et l’entrepreneuriat, une société libérée des carcans et des blocages.

— Quatrième chantier : « renforcer la sécurité de la nation »

— Cinquième chantier : « le renouveau démocratique »
Moraliser la vie publique et renouveler la représentation nationale.

— Sixième chantier : « Europe et étranger »
Relancer une Europe ambitieuse et protectrice, et assurer une nouvelle politique en Afrique.

Pour réussir ce vaste programme, le nouveau Président et son gouvernement auront un nombre considérable de réformes à effectuer. Il faudra que la société accepte de se réformer, ce que n’ont pas réussi à faire, depuis des dizaines d’années, les divers gouvernements successifs.

La cité idéale qu’imaginait Platon était fondée sur la raison, et elle limitait ainsi ses besoins à la satisfaction des « désirs nécessaires de l’Homme ». Cette grille de lecture appartenait, certes, à un autre temps.

Pour que le nouveau président puisse mener à bien toutes les réformes annoncées, il faudra néanmoins que la société française veuille bien être raisonnable, et sinon restreindre sa consommation à ce que le philosophe grec appelait la satisfaction des « désirs nécessaires de l’Homme », admettre du moins que certains sacrifices sont à consentir.

L’histoire nous dira, plus tard, si l’idée de Platon de mettre à la tête de la nation un président philosophe était véritablement la plus judicieuse qui soit. Au niveau des discours tenus au cours de la campagne électorale, la culture philosophique du candidat Macron a fait merveille : elle l’a placé très au-dessus de ses rivaux.

Nourri des écrits des philosophes et de Machiavel, il a beaucoup d’atouts pour réussir. On va entrer, à présent, dans la phase de vérité, celle où il va falloir agir, et l’heure va ainsi venir de vérifier si les thèses de Platon se trouvent validées.

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  • Intéressante analyse . A supposer qu’elle soit pertinente et que Macron ait effectivement envie de mener à bien ses projets, il ne dispose que de 5 ans (à moins qu’il ne change cela aussi ?) et les corps intermédiaires ont l’inertie des édredons … mais bon rêvons un peu

  • A l’image du neveu de Buonaparté, Macron va-t-il nous pondre Emmanuel 1er et adopté un héritier ?

    Quoiqu’il en soit « C’est la profondeur du propos lui-même et pas la notoriété de celui à qui on l’attribue, à tort ou à raison, qui fait la valeur et l’utilité didactique d’une citation. D’autant plus que nul ne peut prétendre avoir commencé à penser sans que ce soit en s’appuyant sur les pensées de millions d’autres avant lui ».

  • Si le monde platonicien des idées pures est celui de la vérité et le monde sensible celui de l’illusion, où en sommes nous vraiment avec notre nouveau président? Illusionniste de génie ou pur esprit détenant la Vérité pour notre pays?
    Notre président philosophe aurait sans nul doute été parfait dans la France des années 70, celle des Chabans et VGE, qui ne se portait pas trop mal encore. La France d’aujourd’hui, ravagée par l’étatisme , la dette et le « fiscalisme », les mafias (dont M. Macron est issu), l’agression sectaire, l’acculturation et l’illettrisme, la jalousie sociale… a besoin d’un choc majeur de destruction créatrice!

  • Pourvu seulement qu’il soit un très mauvais disciple de Platon. « La République » est la première cité « idéale », la mère de toutes les cités utopiques, dont on sait parfaitement qu’elles auraient (ont) créé l’enfer sur terre. Dirigée par un seul « génie » (façon Attali ?) tellement plus intelligent que le marché, la cité de Platon ne laisse aucune liberté à ses … sujets. La « Raison » de la cité platonicienne organise les humains comme on organise des objets, ou des poulies pour en faire une bonne mécanique. Merci à l’auteur de l’article de ce rapprochement entre Macron et le dirigisme le plus totalitaire. Sa première semaine (voir un article précédent) a effectivement donné le la.

    • M. Attali est sans doute aux commandes dans l’ombre en effet, depuis très longtemps déjà, pour notre bonheur le plus parfait bien entendu.

  • Tout cela est sans doute vrai, mais selon d’autres sources il était nul en math et en sciences. Ce qui est, en 2017, rédhibitoire. Preuve en est la désignation de Hulot comme ministre et sa croyance dans la religion du siècle : le grrrrrand rrrrréchauffement klimatic.

    • @pemba
      Le supposé « réchauffement » climatique repose actuellement sur des études scientifique qui, comme d’habitude, ne font pas l’unanimité.
      -Que savez-vous de probant sur le « réchauffement » climatique pour affirmer une position aussi nette sur cette » religion » du siècle »?
      Tout le monde a besoin de savoir écolos ou pas…….

  • D’abord la République n’est pas le dernier ouvrage de Platon sur le sujet. Dans « Les lois », il met pas mal d’eau dans son vin.
    Ensuite le philosophe grec n’a rien à voir avec ce que l’on entend aujourd’hui. A l’époque, le philosophe prêchait par l’exemple. la philosophie était une école de vie. Un stoïcien par exemple vivait le stoïcisme. C’était une règle de vie, pas seulement un discours.
    Quant à Macron, c’est plutôt un disciple de Machiavel que de Platon.

    • Stéphane Boulots
      28 juin 2017 at 16 h 00 min

      Le révisionnisme romantique de l’antiquité est une valeur sure de ce pays, qui n’a pas flétrit depuis les salons du XVII° siècle.

  • Article abominablement macroniste.
    Je retiens : « le roi n’est plus là » dit Macron. Ah ba voilà, il commence par jupiter et après il fait redorer la cathédrale de Reims pour le sacre?

  • Stéphane Boulots
    28 juin 2017 at 16 h 26 min

    Article qui renforce l’idée que la Macronite est complètement hors sol et nourrie des mythes sacrés de la France parfaite et éternelle (berceau des droits de l’homme, pays des Lumières, phare du monde libre, blablabla…)

    Traduction :

    La France parfaite de Macron va réinventer le mouvement « liberal » des démocrates
    US (aka social démocratie basée sur le politiquement correct, le culte du camp du bien et le capitalisme de connivence … Rawls) en prenant comme référence Platon (et Machiavel), ou plutôt la lecture anachronique qui ajoutée aux autres mythes révolutionnaires et romantiques forment un blougiboulga résumé en 3 mots : « liberté, égalité, fraternité » ou en une phrase : « Le libéralisme égalitaire est une philosophie de l’égalité des chances »

    Et voilà, c’est merveilleux, c’est génial, un nouveau messie est arrivé, qui va renouer avec l’esprit révolutionnaire.

    dev

  • Je trouve quelque peu oxymoresque le concept de « philosophe énarque », mais passons; après tout Mr Macron n’a fait l’ENA que parce qu’il a échoué à Normale Sup (un cadre beaucoup plus propice à l’exercice de la philosophie) et il en est d’évidence sorti moins aliéné que la plupart de ses confrères d’infortune.
    Pour moi le personnage est un curieux croisement de Zorro et Napoléon et je ne suis pas sûr qu’il sache lui-même où il va parce qu’il a tout de même un sacré handicap à surmonter: l’inertie du peuple français.

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