Restreindre l’offre de transports : la fausse bonne idée

Métro (Paris) by - Simon - on Flickr (CC BY-NC-ND 2.0) — - Simon -, CC-BY

Le socialisme et l’écologie politique sont des virus bien plus résistants que le coronavirus.

Par Hadrien Gournay.

Comme le mentionne cet article du journal Le Figaro, Valérie Pécresse souhaite rationner les transports en commun après le 11 mai. Et dans quelle mesure ! Elle souhaite ni plus ni moins diviser par cinq la fréquentation qui avait cours en temps normal.

Cette proposition est en première analyse une restriction radicale à la liberté de circuler devant laquelle n’importe quel amoureux de la liberté doit s’interroger. Je pourrais toutefois manifester une certaine compréhesion pour ce type de mesure.

N’ai-je pas tenté de définir ce qu’avaient de spécifiques les situations d’intérêt général ? Encore faudrait-il que la restriction de la fréquentation des transports en commun en période d’épidémie présente les caractères d’une mesure d’intérêt général.

Épidémie et intérêt général

Les transports en commun jouent visiblement un rôle de premier plan dans la propagation de l’épidémie. Bus, métro et RER associent confinement dans un lieu clos et brassage d’un très grand nombre de personnes.  

Mais pour confirmer ce caractère, il faudrait en outre être en mesure de montrer que l’intérêt personnel de tous ne soutient pas l’intérêt commun. Or, personne ne souhaite tomber malade. Pourquoi ne pas laisser les individus faire eux-mêmes l’arbitrage entre ce risque et le gain apporté par leur travail ou leurs autres activités ? À titre personnel j’avais d’ailleurs renoncé au métro une semaine avant la date du confinement.

Les défenseurs de la proposition formulée par madame Pécresse pourraient faire valoir deux types d’arguments.

D’abord, il existera toujours une proportion d’humains particulièrement stupides et en l’occurrence leur stupidité affectera d’autres personnes qu’eux-mêmes.

Ensuite s’il n’y a pas distorsion complète entre intérêt individuel et intérêt commun dans les épidémies, il n’y a pas non plus identité. La probabilité de tomber malade et l’espérance mathématique liée à cette probabilité et au risque de contagion ultérieur pour d’autres sont deux choses distinctes.

Toutes ces réflexions seraient de nature à me laisser assez indécis sur une telle proposition ne pouvant ni la soutenir ni m’y opposer avec vigueur.

Cependant, cette organisation de la pénurie rappelle certaines habitudes des économies socialistes. Ne dit-on pas que le socialisme est synonyme de pénurie ?

Pénurie et socialisme

À y regarder de plus près, le socialisme aboutit à des résultats semblables par des moyens opposés.

Dans l’hypothèse la plus simple, la pénurie résulte d’une réduction de l’offre d’un bien ou d’un service donné lorsque les producteurs privés, harassés par la pression fiscale ou bridés par des prix administrés, sont dissuadés de le fournir. Une intervention peut également rendre un bien déterminé plus accessible qu’il ne le serait dans les conditions du marché. C’est le cas lorsque sa gratuité est financée par l’impôt. La pénurie résulte alors du fait que l’augmentation de la demande pour les biens gratuits excède l’accroissement de l’offre. Ces deux formes de pénuries sont aussi immanquablement associées aux politiques socialistes qu’elles sont involontaires.

À ces deux formes de pénuries involontaires, associées aux politiques socialistes, s’ajoute souvent une troisième, plus sournoise car parfaitement voulue mais non assumée publiquement. Lorsque dans la deuxième forme de pénurie la demande d’un bien augmente, l’État est censé suivre l’augmentation de cette demande. Ce processus sans fin se révèle très vite intenable. L’État trouve alors dans l’organisation de la pénurie un moyen qu’il pense élégant pour rétablir un équilibre.

C’est ainsi que pour lutter contre la hausse des dépenses de santé consécutive à la gratuité des soins, à partir de Mitterrand les gouvernements ont cherché faire baisser l’offre médicale et réduire l’accès aux soins afin de restreindre la demande et « donc » le budget de la Sécurité sociale. Ils imposèrent par exemple un numerus clausus.

Pourtant, le problème ayant pour origine une intervention ne serait-il pas plus simple de la remettre en cause ? Et puisqu’il résultait d’une gratuité artificielle pourquoi ne pas faire payer au moins partiellement le patient ? Ou mieux encore laisser sa place à l’initiative privée ?

Mais ce qui est déjà difficile pour un gouvernement normal devient carrément impossible à un gouvernement socialiste. Ce serait remettre en cause sa raison d’être  et renoncer à son pouvoir ! Plutôt leur faire des croche-pieds à l’entrée des urgences que faire contribuer les patients ! Et quelle meilleure manière d’exercer ce pouvoir que d’inciter, père nourricier d’un côté, à offrir des sucreries en abondance à l’enfant et père fouettard de l’autre à tordre la main du garnement plongée dans la boite à bonbons ?

Or, ne sommes-nous pas exactement dans le même cas ?

Solutions toute simples pour les transports

La demande excessive pour les transports en commun résulte bien de politiques publiques. Les principaux axes de ces interventions aux résultats similaires ont deux faces. L’une est la dissuasion des moyens de transports individuels à commencer par la voiture. L’autre est la subvention de l’utilisation des transports en commun, notamment à Paris.

Ne serait-il pas temps de revenir au moins provisoirement sur ces deux aspects de l’interventionnisme en matière de transports ? Pourquoi ne pas mettre fin au harcèlement des automobilistes ? Cela inclurait la suppression de la TIPP et de la TVA sur l’essence et une fluidification du trafic en zone urbaine. Le rétablissement des voies sur berge à Paris pourrait faire partie du dispositif. De même, une augmentation substantielle de la part de l’usager dans les transports en commun serait salutaire. La sélection par le prix permet de trier ceux dont les besoins sont les plus urgents. Elle favorise également les hauts revenus mais cette conséquence n’est pas plus injuste que la différence des revenus elle-même.

En période de crise sanitaire de telles propositions n’ont rien de radical. Après tout, quoi qu’on pense du bien-fondé de la subvention aux transports et de la pénalisation des automobilistes en temps normal, elles pourraient ne plus être bénéfiques en période d’épidémie.

Mais bien sûr, le coronavirus ne parviendra pas à les remettre en cause. Le socialisme et l’écologie politique sont des virus bien plus résistants.

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