Liberté de la presse : le combat continue

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Alors que l’Europe est toujours secouée par une série de graves traitements infligés aux journalistes, il est temps de souligner à nouveau l’importance de la liberté de la presse : le combat continue.

Par Justine Colinet.

Chaque année, à l’initiative de Reporters sans frontières (RSF), parait le Classement mondial de la liberté de la presse.

En Europe comme malheureusement partout dans le monde, être journaliste reste une mission risquée.

Alors que l’Europe est toujours secouée par une série de graves traitements infligés aux journalistes, y compris des assassinats, il est temps de souligner à nouveau l’importance de la liberté de la presse : le combat continue.

Selon Reporters sans frontières, la liberté de la presse tient désormais une place importante dans l’agenda de la nouvelle Commission européenne. Et si les instances européennes accordent une importance aussi grande à la liberté de la presse, c’est que le risque d’une dérive est perçu à sa juste mesure.

La liberté de la presse en Europe

Un rapide tour de l’Europe le démontre aisément.

En Hongrie par exemple, 89ème pays au classement, où Viktor Orban s’est offert les pleins pouvoirs, un journaliste peut encourir une peine de 5 ans d’emprisonnement en cas de publication de fausses informations. C’est sans compter le contrôle extrême exercé par le gouvernement sur la plupart des médias. Autant de dispositions qui donnent aux autorités hongroises des moyens de pression sur la presse indépendante.

Autre « exemple » : celui de la Pologne, 62ème pays au classement. L’autocensure y est plus présente que jamais car là aussi, les tribunaux ont le pouvoir de condamner des journalistes accusés de diffamation à des peines pouvant aller jusqu’à un an de prison.

Au Monténégro, en Albanie, en Bulgarie se multiplient à leur encontre les mauvais traitements, les tentatives de suspension professionnelle, voire même leur emprisonnement sous couvert de la lutte contre la désinformation.

La crise économique joue, elle aussi, un rôle important dans le monde des médias. En effet, les difficultés économiques ont accéléré la concentration des médias, ce qui fait peser de nouvelles menaces sur les journalistes, telles que des vagues de licenciements. En Europe occidentale, si la situation se détériore, c’est notamment à cause des nouveaux modes de gestion financière de l’audiovisuel public (coupes budgétaires et ingérence gouvernementale au programme), peu respectueux de la liberté de l’information.

Malgré tout, la lutte contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes progresse en Slovaquie ou à Malte par exemple, où certaines enquêtes avancent en faveur des journalistes.

Quid de la liberté de la presse en France ?

En France, classée 34ème, les journalistes se retrouvent de plus en plus fréquemment confrontés aux violences des forces de l’ordre et des manifestants.

Rappelons-nous les manifestations des Gilets jaunes, où bon nombre de journalistes ont été blessés par des tirs LBD de la police ou encore agressés par des manifestants mécontents. Ces manifestations des Gilets jaunes ont également mis en exergue le fait que le citoyen français avait tendance à être perdu face à l’information, et qu’il avait besoin de plus de fiabilité et de médias abordant des sujets essentiels.

Entre mouvements de colère, agressions en tout genre, remise en question du secret des sources, cyberviolences, surveillance ou encore censures récurrentes, la profession de journaliste reste dangereuse et comporte des risques que l’on a parfois du mal à s’imaginer.

Outre les agressions et mauvais traitements, il règne aussi en France un problème de confiance envers les institutions, et ce problème ne fait que s’aggraver avec la crise liée au coronavirus à laquelle nous faisons face actuellement.

La gestion gouvernementale de la crise est fortement jugée et critiquée par les citoyens français, comme le montre ce tableau issu d’une étude à propos du suivi de la crise et de l’action du gouvernement réalisée par l’Ifop-Fiducial pour CNews et Sud Radio.

Ce phénomène de défiance généralisée envers les institutions en France touche non seulement le gouvernement, mais également les médias et donc les journalistes, comme on peut le constater au travers des différents baromètres de la confiance politique que nous offre une étude de Science-Po.

Comment regagner la confiance envers les médias ?

La France connait de plus en plus de restrictions en matière de liberté de la presse. Un premier pas vers plus de liberté serait donc la suppression des lois liberticides qui entravent la liberté d’expression et le travail des professionnels des médias.

Revenons par exemple sur la loi « anti-fake news », votée fin 2018. Cette loi attribue à un juge un rôle de vérification de contenu risquant de lui donner un rôle politique et qui renforce le contrôle étatique sur l’information.

Comme liberté de la presse et liberté d’expression sont liées, ajoutons donc également, entre autres, le contrôle de la liberté d’expression sur le net. Ces restrictions à la liberté d’expression mènent indéniablement à la censure, à l’autocensure et à toujours moins de liberté d’information.

Outre les lois et diverses restrictions avec lesquelles la presse doit composer, n’oublions pas le système de subventions massives dans lequel les journaux français sont enfermés, et qui entrave lourdement tout exercice réel de la liberté de la presse, car si l’on estime parfois que la publicité peut avoir un impact sur les lignes éditoriales, imaginez celui des aides publiques. L’État doit cesser de subventionner la presse afin de restaurer son indépendance.

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