Fake news : le débat tourne à la farce au détriment de la liberté d’expression

Le Sénat organisait mardi une table ronde sur les mesures à prendre pour lutter contre les « fake news ».

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Fake news : le débat tourne à la farce au détriment de la liberté d’expression

Publié le 5 avril 2018
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Par Éric Verhaeghe.

Donc, Le Monde a osé publier mardi une tribune donnant quelques recommandations pour lutter contre les fake news. Son titre : « Appliquer au Web les bonnes pratiques éditoriales des journaux ». Le même jour, on apprenait que Les Échos avaient renoncé à publier une interview d’Élisabeth Borne trop retravaillée par Matignon.

C’est donc ça les bonnes pratiques éditoriales des journaux qu’il faut appliquer au web : faire relire ses textes par des conseillers de cabinet ministériel avant publication ?

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On adore le débat qui se met en place : tout irait tellement mieux si on rétablissait l’ORTF et le ministère de l’Information. Il n’y aurait plus de fake news, grâce à eux, et s’en serait fini de tous ces empêcheurs de tourner en rond qui ne respectent pas l’autorité de l’État.

Lutte contre les fake news ou censure officialisée ?

De son côté, Public Sénat titre sur les propos d’une membre du comité des experts sur les fake news de la Commission Européenne (si, si, ça existe !) une certaine Divina Frau-Meigs (ça ne s’invente pas!) qui soutient :

Une mauvaise idée pour Divina Frau-Meigs qui prend l’exemple de la  nouvelle législation allemande mise en place au début de cette année. « Les trois premiers dérapages ne concernent pas du tout la viralité des interférences extérieures mais concernent l’intérieur.  Il s’agit d’un hebdomadaire satirique, d’une personne d’extrême droite et même le ministre de la Justice. Donc, on va se retrouver avec des situations de ces types-là et en quelque sorte, on va se ridiculiser (…) et ça peut avoir une apparence de censure » a-t-elle regretté.

Non ? vous croyez vraiment ? On nous mentirait sur l’utilisation de l’appareil législatif à venir ? Il viserait davantage les nouvelles internes que les manipulations russes dans les campagnes électorales ? Sans blague.

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La suite de son argumentation vaut pourtant son pesant de cacahuètes :

Divina Frau-Meigs met en garde contre « l’effet domino » que cette nouvelle législation pourrait engendrer. « La France est le pays des droits de l’Homme, si on met en place une législation de ce type-là, ça va profiter à la Russie, à d’autres pays qui ont décidé d’en finir avec la démocratie. Il faut se doter de mesures positives »

La démonstration mérite d’être étudiée. Alors que Divina explique clairement que la lutte contre les fake news a pour première cible des informations « intérieures » et tourne effectivement à la censure… sa préoccupation est que la Russie n’en profite pas pour violer la liberté de la presse.

Le schéma gravé dans le marbre de notre presse forcément libre

Selon un schéma désormais bien connu, nous sommes donc des démocraties parfaitement libres, et la liberté de la presse y est parfaitement respectée. Une législation qui autorise, par référé, à supprimer des contenus indésirables sous des prétextes compliqués n’est donc pas une menace pour la liberté de la presse… chez nous ! mais chez les autres !

L’argument est évidemment imparable.

Les aveux terribles du sénateur En Marche Gattolin

Dans le même débat du Sénat, on s’amusera du commentaire donné par le sénateur macroniste Gattolin :

Je me suis battu pour que toute la dimension satirique ou parodique ne soit pas en cause. Il faut que ce soit avéré, qu’il y ait une intentionnalité et surtout qu’il y ait une utilisation massive de ces instruments

Initialement, l’intention du gouvernement était donc d’interdire aussi les contenus satiriques ou parodiques ! On en apprend de belles…

Au passage, la notion « d’intentionnalité » devrait être retenue pour sélectionner ceux qui seront interdits et ceux qui ne le seront pas… Il faudra désormais prouver ses bonnes intentions vis-à-vis du gouvernement quand on le critiquera. On en reste bouche bée.

La suite des débats devrait donner l’occasion de quelques autres bonnes révélations sur les menaces désormais caractérisées qui pèsent sur la liberté de la presse en France. Tout cela, au nom de la lutte contre la censure ou la propagande en Russie, bien entendu.

Sur le web

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  • Dans tous les domaines on voie que la France instaure des contraintes de plus en plus sérieuses, des fichages de plus en plus importants, des contrôles de plus en plus arrogants alors la liberté de la parole doit elle aussi être mise à mal pour ne plus entendre gémir la population Française et surtout pour avoir une égalité des paroles, actes et moyens de ce misérable peuple qui ne doit sa vie que pour servir l’Etat, le ROI, les Seigneurs et les larbins de la première courronne.

  • Le problème est que plus ils inventent des trucs et des machins complexes et moins ils peuvent trippoter la réalité. J’essayais de comprendre une loi fiscale hier. C’est du charabia. Le fake devient le vrai. Il est de loin moins anxiogène que la réalité. Si on s’y penche vraiment sur cette fRance, je peux vous dire que c’est l’enfer pur jus.

  • Au lieu de chasser la fake news .,à quoi bon chercher ce qui est banal , chassons la rareté l’info vraie de vraie….le premier avril est devenu un jour comme les autres , du poisson sans goût et sans saveur élèvé en batterie dans toutes les rédactions.

  • « liberté,égalité,fraternité » ce slogan c’est une vaste blague depuis belle lurette mais on atteint des sommets en ce moment.

  • Le Web, c’est politique et donc le législateur doit le réglementer. D’où une loi sur les fake news. C’est la version officielle.

    Ce qui est visé, c’est la liberté. Ils ne savent pas quoi inventer pour nous en priver. L’arsenal des codes et des règlements n’est pas suffisant ; en fait il est devenu insignifiant tellement il est écrasé par le poids de sa propre charge. Une loi de plus ou de moins, au point d’absurde accumulation où nous en sommes, c’est epsilon : tout juste un déchet de plus sur la décharge qu’est devenu cet amoncellement de textes que nos chers pouvoirs publics et para-publics s’emploient à produire pour nous ensevelir et accessoirement s’en nourrir.

  • Le Monde qui donne des leçons sur les Fake news… Ca pourrait être drole si ca ne disait l’état de nos médias et élites sur ce sujet.

    Pour Le Monde, je les lis rarement, mais les ai encore surpris récemment à faire , sur le site en ligne, un gros titre racoleur sur un fait divers, titre en contradiction avec les faits réels décrits dans l’article… Je le leur ai signalé, et il eut été facile de corriger cela sur le site en ligne. Mais non, rien… Ce sont des malhonnêtes.

  • l’internet est l’avenir du citoyen pas des politiques qui pour eux remet à leur juste valeur leurs fait …et geste …et ça il n’aime pas maïs alors pas du tout…la prochaine étape ce ne sera plus là manifestation traditionnelle. ..mais l’occupation devant le domicile de tout nos élus députés et sénateurs. …ils commenceront à réfléchir !!!

  • Désinformation, mensonges et propagande sont les maîtres mots des guignols qui nous gouvernent. « Jupiter », ne supportant ni critique ni contradiction, s’entoure de larbins à sa botte (média subventionnés) qui ont pour charge notre « lavage de cerveau ». Ce matraquage systématique, enrobé du trio anesthésiant et magique « liberté-égalité-fraternité » sonne aussi creux qu’une casserole tant ces termes sont galvaudés et vidés de leur sens. Cela fait bien et ça plaît au bisounoursland.
    Cet enfumage outrancier et asphyxiant, serait-il en voie d’être légaliser ? Adieu Démocratie ! Le pouvoir dictatoriale s’amorce et, ce n’est qu’un début.

  • L’affaire de l’espion russe et de sa fille empoisonnés en Angleterre, ce n’est pas un « fake news » utilisé par Theresa May pour détourner l’attention du public sur les problèmes du Brexit ? Nos gouvernants sont les premiers à les utiliser pour cacher leurs petites affaires…

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