La recette de Thomas Piketty : voler les riches pour résoudre la crise

Thomas Piketty imparteix la 25a. edició de la Lliçó d'Economia (CC BY-NC-ND 2.0)

Une tribune publiée dans Le Monde par 7 universitaires dont Thomas Piketty propose une nouvelle fois d’exploiter les plus riches au nom de la « justice sociale ».

Par Jean-Philippe Feldman.

Le Monde vient de faire paraître le 9 avril la tribune d’un « collectif de sept universitaires », dont l’inévitable économiste Thomas Piketty, intitulée « Il est temps de rebâtir un contrat social et fiscal plus juste ».

L’idée générale est que le financement des mesures contre la crise sanitaire doit avant tout provenir de l’impôt. Le montant en est défini : l’équivalent de 4 % du PIB. Si nous calculons bien, nous arrivons à la bagatelle de 100 milliards d’euros.

Sur qui prélever ce montant ? Sur les corps des fonctionnaires auxquels les sept signataires appartiennent ? Que nenni ! Il s’agirait des « hauts revenus » et des « hauts patrimoines ». Comment ces derniers sont définis, l’article ne permet pas de le savoir. Sont vaguement évoqués « les multinationales » et leurs actionnaires, ainsi qu’un « petit nombre d’individus immensément riches par leur patrimoine et leurs revenus ».

Rétablir la « justice sociale » ?

De quelle manière la « justice sociale et fiscale » serait-elle « rétablie » ? Au terme d’un « débat démocratique sur la redistribution ». En substance, la représentation nationale, par la loi de la majorité, déciderait d’imposer une infime minorité de la population.

Disons-le abruptement : même s’il ne s’agirait pas d’une mesure sans précédent, il s’agirait d’un vol pur et simple. Puisque nos auteurs parlent de « contrat social », on sait depuis John Locke en 1690 qu’un représentant n’a pas plus le droit de violer les droits de l’Homme que n’importe quel citoyen. Si en tant qu’individu vous n’avez pas le droit de voler l’argent de votre voisin, votre parlementaire ne l’a pas davantage. Il est d’ailleurs révélateur que le fait que leur proposition viole les droits de l’Homme n’effleure même pas nos sept fonctionnaires.

Sur tous ces points, la tribune du Monde est dénuée d’originalité : conformément à l’idéologie crypto-marxiste de Thomas Piketty, les méchants exploiteurs doivent rendre gorge.

Ce qui retient bien plus l’attention, c’est l’utilitarisme nauséabond qui exsude du texte. Il est indiqué que « beaucoup plus qu’on ne le pense, nos vies dépendent du personnel médical et des services publics au sens large, des personnels non cadres des activités essentielles ».

Voici ce que nos universitaires osent écrire : « Le confinement a bouleversé les rapports de force [?] et révélé l’utilité sociale[c’est nous qui soulignons] de chacun : notre (sur)vie dépend bien davantage d’une infirmière ou d’une caissière que d’un trader ».

Il est permis de se demander si les auteurs se sont relus avant de faire paraître pareilles billevesées. Il conviendrait donc, à les suivre, de classer les individus suivant leur « utilité sociale » et donc, si l’on comprend bien, de pressurer fiscalement les moins utiles (le privé donc plutôt que le public, les plus riches plutôt que tous les autres, les cadres plutôt que les non-cadres, etc.) !

Nous poserons deux questions saugrenues et méprisantes dans la lignée de ces auteurs : Thomas Piketty est-il plus ou moins « utile socialement » qu’un capitaine d’industrie comme Bernard Arnault ou François Pinault qui font honneur à notre pays ? Ce « collectif de sept universitaires », dont la rhétorique ressemble furieusement à un discours de campagne électorale de Lutte ouvrière, est-il lui-même « utile socialement » ?

Tant que l’on ne reviendra pas à l’idée que l’impôt n’a pour légitimité que de compenser des services rendus par l’État, et non pas de redistribuer les fortunes en flattant les bas instincts des citoyens, à commencer par leur caractère envieux, les spoliations perdureront, et les idées les plus viles et les plus démagogiques continueront de prospérer.

Jean-Philippe Feldman publiera prochainement Exception française. Histoire d’une société bloquée de l’Ancien Régime à Emmanuel Macron (Odile Jacob).

 

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