Thomas Piketty ou le nouveau Gracchus Babeuf

Nouveau Babeuf, ce que veut Piketty, c’est l’égalité.

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Thomas Piketty ou le nouveau Gracchus Babeuf

Publié le 26 octobre 2019
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Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

L’auteur du Capital au XXe siècle nous livre un nouvel ouvrage, Capital et Idéologie, comme une somme lénifiante de 1200 pages souvent répétitives. Il décrit par le menu des problématiques qu’il pourrait exposer en quelques phrases. Mais il n’a sans doute pas pris le temps de faire court1, ce qui lui aurait peut-être évité bien des erreurs et des partis pris ! En réalité, son ouvrage n’est pas scientifique, mais tout entier idéologique, pleinement engagé à la gauche de la gauche. Son seul but est de démontrer la faisabilité de mesures extrêmes de taxation et de nivellement.

Il essaie de compter l’importance de la noblesse d’ancien régime en Europe et il disserte à n’en plus finir sur l’évolution des institutions démocratiques depuis deux siècles pour convaincre « à l’issue de ce cheminement historique qu’il est possible de s’appuyer sur les expériences relatées dans ce livre pour tenter de dessiner les contours d’un socialisme participatif et internationaliste » (p.1105).

L’exigence d’égalité

Nouveau Babeuf, ce qu’il veut, c’est l’égalité. Et pour ce faire, il propose de taxer les revenus, les patrimoines et les transmissions « avec des taux atteignant jusqu’à 70 %/90 % au sommet » (p.1123). Il espère ainsi par exemple que son impôt annuel sur la propriété rapporterait 5 % du revenu national, soit plus de 120 milliards d’euros, sur la base du revenu national brut de 2018 égal à 2405 milliards d’euros2, contre 5 milliards pour le feu ISF !

Il veut ainsi donner « à chaque jeune adulte atteignant 25 ans une dotation équivalant à environ 60 % du capital moyen par adulte » (p. 1131)

et un revenu de base minimum égal pour tous, équivalant à 60 % du revenu moyen après impôt. Et il pense que son impôt progressif sur le revenu, avec les cotisations sociales et la taxe sur les émissions carbone « rapporterait autour de 45 % du revenu national et permettrait de financer toutes les autres dépenses publiques pour financer un  revenu de base et surtout l’État social » (p.1129).

Ces deux seuls impôts, sur le patrimoine et le revenu, rapporteraient donc plus de 1200 milliards d’euros, presque autant que la dépense totale de consommation des ménages en 2018 (1219 milliards3). Il n’a pas compris que l’impôt tue l’impôt et que de tels rendement ne seraient possibles, peut-être, qu’une fois. Après, tous seraient morts à défaut d’avoir pu survivre puisque tout leur aurait été pris. Plus que de la démesure, ces propositions relèvent de la déraison.

Propriété sociale du capital ?

Mais elles ne s’arrêtent pas là. Piketty note aussi « qu’il est impossible de réduire les inégalités autant qu’il serait souhaitable sans transformer également le régime politique, institutionnel et électoral » (p.1100).

Il réclame donc une « véritable propriété sociale du capital » accessible en donnant aux salariés « la moitié des droits de vote dans les conseils d’administration ou de direction de toutes les entreprises privées, y compris les plus petites » et en plafonnant les voix des actionnaires les plus importants… « au-delà du fait que la moitié des voix irait en tout état de cause aux représentants des salariés » (p.1120).

Par ailleurs il propose de mettre en place « un principe de propriété temporaire du capital, dans le cadre d’un impôt fortement progressif sur les propriétés importantes permettant le financement d’une dotation universelle en capital et la circulation permanente des biens » (pp. 1118/1119). Il se défend d’être marxiste, mais son système ressemble à celui des soviets, et il remarque d’ailleurs que dans les entreprises publiques il n’est pas nécessaire de mettre les employés dans les conseils puisque l’État est là pour veiller sur eux !

Il entonne la vielle idée du solidarisme de Léon Bourgeois selon laquelle ce que nous possédons, nous le devons aux générations passées et nous devons le rendre aux générations futures : « L’idée selon laquelle il existerait une propriété strictement privée et des formes de droit naturel et inviolables de certaines personnes sur certains biens ne résiste guère à l’analyse. L’accumulation des biens est toujours le fruit d’un processus social, qui dépend notamment des infrastructures publiques (en particulier du système légal, fiscal et éducatif), de la division du travail social et des connaissances accumulées depuis des siècles » (p.1139).

Il oublie seulement que les hommes payent des impôts à chaque génération pour financer ces investissements publics et cet état de droit qui en effet protège la propriété.

Un État qui contrôle tout

Il veut un État qui contrôle tout, qui connaisse toutes les propriétés – s’il en reste ! – au travers d’un immense cadastre financier public et mondial. Il imagine aussi que la consommation carbone de chacun puisse être surveillée et taxée, à taux progressif bien sûr, au jour le jour au travers du suivi « des informations contenues dans les cartes de paiement individuelles ». Il aime Big Brother et il l’attend avec gourmandise.

L’effondrement du communisme, et son désastre qu’il reconnaît, ne lui ont pas suffi. Il est incorrigible et a l’ambition de repenser autrement l’égalitarisme. Il conclut : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de la lutte des classes » écrivaient Friedrich Engels et Karl Marx en 1848 dans le Manifeste du parti communiste. L’affirmation reste pertinente, mais je suis tenté à l’issue de cette enquête de la reformuler de la façon suivante : « l’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de la lutte des idéologies et de la quête de la justice ».

Après la publication par Piketty de son Capital du XXe siècle, nous avions écrit, avec une vingtaine de chercheurs dans le monde, un Anti-Piketty, publié en 2015 chez Libréchange pour dénoncer les erreurs et les dangers de cet idéologue. L’opinion bien-pensante avait estimé que nous exagérions, mais nous étions peut-être en dessous de la vérité. Les masques tombent avec ce dernier ouvrage qui nous donne raison et qui d’ailleurs reprend nos critiques pour s’en défendre et les contester vainement. Il faut malheureusement rester vigilant et continuer de combattre ce pseudo-stalinisme intellectuel et sournois.

Sur le web

  1. Pascal, Les Provinciales, lettre 16 : « … mes Lettres n’avaient pas accoutumé de se suivre de si près, ni d’être si étendues. Le peu de temps que j’ai eu a été cause de l’un et de l’autre. Je n’ai fait celle−ci plus longue que parce que je n’ai pas eu le loisir de la faire plus courte. »
  2. Les comptes de la nation 2018, Insee Première, No 1754, 29/05/2019.
  3. ibidem.
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  • Piketty commet une erreur colossale dans ses calculs: il n’a absolument pas chiffré le coût du mur grillagé qui devrait entourer toute la France à ses frontières pour éviter la fuite massive de ceux qu’ils entend spolier et sur lesquels repose toute son architecture fiscale. Et ça fait une sacrée différence..

  • Le problème est que ce type de delirium tremens est contagieux.

  • « Plus que de la démesure, ces propositions relèvent de la déraison. » Je vous trouve gentil, c’est plutôt de de démence qu’il faudrait parler. Piketty est un type dangereux parce que, malgré sa folie (grâce à elle ?) il est très influent.

  • J’avais écrit le 2015-10-15

    Ce qu’il faut bien comprendre en socialie, ce que vous avez gagné ne vous appartient pas, il faut le rendre à la société qui vous a permis de réussir et ceci au plus tard à la mort. Quand vous lisez l’absurde ouvrage « Le capital au XXIe siècle  » de T. Piketty aux pages 835 et s, vous vous apercevez qu’il est question d’impôt sur le capital très précisément immobilier, financier et professionnel (page 839) à un « taux minuscule » (page 841) mais à la page 838, il est donné « par exemple à imaginer, un taux à 0% au dessous de 1 million €, 1% entre 1 et 5 m€, 2% au delà. Puis 3 lignes en dessous : un taux plus fortement progressif de 5% ou 10 % au delà de 1 milliard €. Et même un taux sur les patrimoines modestes de 0,1 % au-dessous de 200 000 € etc. »
    Pour un économiste, il n’a même pas calculé le temps nécessaire à faire disparaître une fortune quelle qu’elle soit. A dessein ?

    Page 599 du « mérite et héritage dans le long terme »
    Seulement que M Piketty a oublié de dire que lorsqu’on taxe il faut disposer de monnaie pour payer la taxe. Dès lors, il est nécessaire de trouver une contrepartie appelée l’acquéreur qui devra trouver la liquidité. Où va-t-on trouver les acheteurs qui vont nous libérer de nos propriétés et actifs (partiellement chaque année) ? Et avec quels actifs ces acquéreurs vont-ils pouvoir honorer la transaction puisqu’ils seront eux-mêmes taxés aux mêmes taux. J’écrivais absurde au début de mon propos.
    Mais qui a lu le Capital au XXIe siècle ? Plus besoin de lire la suite. L’expérience régionale du communisme ayant échoué en présence du capitalisme privé, la solution définitive serait d’imposer (quel joli mot) un communisme planétaire pour éviter la concurrence de la liberté d’entreprise. Le moyen serait peut-être l’écologisme-climato-réchauffiste qui subjugue les photographes Hulot, Artus-Bertrand et les collaspologues Cochet, Servigne, Barraud etc.
    L’avenir va vite nous renseigner puisque d’ici 2030 ce sera la fin de notre monde.

    • piketty part d’une idée d’égalité des chances à la naissance..

      en effet un gosse de riche a plus de chance dans la vie qu’un gosse de pauvre…
      oui je pense que ça choque pas mal de monde… MAIS…
      on sait aussi que les remèdes peuvent être pire que le mal..
      un petit peu de social démocratie et de redistribution est quasi indolore et n’érode que petitement l’augmentation de richesse globale.

      le problème est que justement l’es inégalités de richesses sont par ailleurs souhaitables…pour créer de la richesse ..

      ce qui me frappe moi chez piketty c’est les propositions chiffrées..

      • Ce qui pourrait choquer, c’est qu’un gosse de pauvres n’ait pas autant de chances au départ qu’un gosse de riches. Formuler la chose différemment ne peut conduire qu’à réduire les chances du gosse de riches sans le moins du monde augmenter celles du gosse de pauvres ! Personne ne m’a expliqué comment Piketty résoudrait la chose, et je ne trouve pas ça tout seul (bien que je reconnaisse que lire la totalité des écrits du mec me dépasse).

        • Avant 1968 et les réformes qui ont détruit notre Enseignement, les pauvres avaient autant de chance de réussir car l’école avec ses hussards de la République enseignaient aux enfants ce que leurs parents ne pouvaient transmettre par ignorance. La culture générale indispensable qui sépare les riches des pauvres! A cette époque 30% des élèves des grandes écoles venaient de familles modestes. Bourdieu est arrivé et grâce à lui ils sont moins de 10% de nos jours. Le plus dingue est que Bourdieu était justement un cas typique qui contredisait ses reproches, puisqu’il était le fils d’un modeste facteur de province, donc un exemple de la méritocratie républicaine et de l’efficience de l’Education Nationale à son époque!

        • oui c’est ça choque mais vouloir résoudre ça par la force brute est injuste et à terme contre productif.

    • Sûrement pas Piketty, puisque Marx précise bien que pour arriver au socialisme il faut passer par le capitalisme, le système le plus efficace pour éradiquer la pauvreté! C’est seulement après qu’une société peut devenir socialiste. Eux veulent griller l’étape, d’où l’échec prévisible systématique de toute économie socialiste!

  • qu’il commence par distribuer tout ce qu’il a gagné avec ses pseudo-livres, ensuite on verra !

    • Rien que cela démontre l’ignoble hypocrisie de ce type qui profite du système qu’il veut démolir puisqu’il a gagné des millions de droits d’auteur avec ses bouquins. Il les a distribué aux pauvres? Que nenni ! C’est typique des socialos, faites ce que je dis pas ce que je fais. Je ne supporte pas ces tartuffes!

  • Au plan du courage, de l’endurance et de la ténacité, il faut avoir pris le temps nécessaire pour faire une lecture attentive de la version franchouillarde de « Kapital… »
    Thomas Piketty est, de fait, le zélateur du Stalinisme; il est celui qui a imaginé la promotion à l’envers de ce qui s’est produit dans les pays de l’ex URSS…
    Le Pikettysme est une doctrine politico-économique qui se veut être une justification, à coloration scientifique, des bienfaits supposés du partage du bien d’autrui…
    Certains y verront aussi le culte de la pensée unique; le culte de « l’être suprême » comme celui qui, un emps, avait été imaginé par les coupeurs de têtes de notre passé révolutionnaire!

  • Un autre oubli de Piketou, c’est le fait que les entrepreneurs ne sont pas obligés de l’être. Il n’y a pas de loi physique qui oblige certains individus à créer une activité qui donne du travail à d’autres individus.
    Son abominable système aurait pour effet de tarir définitivement le nombre de ceux qui aujourd’hui sont encore assez fous pour entreprendre en France. On se retrouverait alors avec des légions d’employables et aucun employeur.

  • Réponse d’un profane à Thomas Piketty.

    Les inégalités sociales n’ont pas d’autre histoire que celle de la relation économie-démographie. Et si nous ignorons cela, nous nous interdisons :
    — de les maîtriser
    — d’éradiquer la pauvreté profonde
    — ne nous réconcilier avec notre environnement.

    Richesse et pauvreté en tout, existent l’une par l’autre et sont relatives, comme elles l’ont toujours été. Par ailleurs, où que ce soit et sous tous les régimes politiques, un pauvre ne peut enfanter que des pauvres, comme un riche ne peut donner naissance qu’à des riches ; quels que soient les aléas heureux ou malheureux de l’existence de chacun par la suite.

    Les hasards de sa naissance insèrent chacun dans la pyramide sociale selon ses antécédents génétiques, sociaux et culturels, situation que la lutte des classes n’a jamais ni nulle part changé d’un iota, avec ou sans suppression de l’héritage. Une telle mesure ne conduirait d’ailleurs qu’à accroître la richesse collective autrement que par les voies habituelles que sont la confiscation pure et simple ou l’impôt, sans modifier le caractère incontournablement pyramidal de la richesse comme de la société, lequel refuse toute forme d’égalité.

    N’est-il pas par contre remarquable que nul expert en sciences humaines ait jamais dénoncé le fait que si l’enrichissement individuel comme collectif n’ont aucune limites autres que celles de l’ambition de ceux qui le convoitent et les ressources dont ils sont tirés, LA PAUVRETÉ A LA SIENNE, QUI EST LE NIVEAU ZÉRO DE LA RICHESSE ?

    C’est cette irrémédiable condition qu’il faut vaincre ; non par des combats primitifs qui en l’ignorant ne font que l’aggraver depuis toujours, mais en “isolant” la pauvreté profonde de ce niveau zéro de la richesse. L’instauration d’un revenu universel minimum et inconditionnel, annulant l’effet d’inégalités sociales qui ne peuvent et n’ont fait qu’augmenter depuis la nuit des temps en suivant systématiquement l’évolution constante du binôme démographie-économie (avec toutes conséquences sur la croissance et partant sur l’environnement) pourrait par contre être LA solution ; la lutte des classes ne faisant que ramener l’être humain au statut de l’insecte qui se heurte obstinément à la vitre dont il est prisonnier sans la voir, pour finir par ne plus concevoir que le renversement illusoire de la pyramide sociale pour mettre fin à des inégalités sociales fondamentalement attachées à la condition humaine.

    Faute d’arguments crédibles ; leurs espérances dans la lutte des classes déçues, l’atteinte de cet idéal d’égalité qui reposerait sur la disparition des riches leur apparaît comme l’ultime issue. Fantasme des partisans d’un égalitarisme exigeant la mort des nantis, la base de la pyramide sociale écraserait ainsi la société sous son poids, jusqu’à obtenir un nivellement généralisé, évacuant les riches dans le triomphe des pauvres. Que les uns n’existent que par les autres et que ce triomphe, allant à contre- courant du progrès, risque être celui de la pauvreté davantage que des pauvres, conduisant à la misère pour tous avant de sombrer dans l’inexistence sociale et la barbarie d’une fin de civilisation qui ne s’annonce pas sous les meilleurs augures, n’est qu’un détail qu’il suffirait de régler le moment venu. Quoi qu’il en soit, la pyramide inversée a ceci de remarquable qu’elle n’est plus une pyramide et tient davantage de l’entonnoir que de ce polyèdre universellement reconnu comme représentatif de toute organisation hiérarchisée et faite d’interdépendance entre ses habitants.

    L’inversion de la pyramide sociale n’est rien d’autre que sa déformation, par l’illusion d’une idéologie sommaire prétendant hisser à un sommet qui n’en est plus un, la masse des individus en constituant la base ; négation extrême de ces individus en tant que tels, au profit d’un pouvoir d’abord fondé sur le nombre. C’est aussi oublier un peu facilement que si tous nous profitons – aussi inégalement que ce soit – de millénaires de progrès, ce dernier résulte des impulsions d’une élite, pour le meilleur et pour le pire, ce qui en fait précisément l’élite. Qu’une partie de cette élite puisse usurper sa position de leader ou en abuser ; qu’il arrive à certains de ses représentants d’opérer dans l’imposture et l’incompétence, est un tout autre constat que ne dément pas une élite intellectuelle soumise à la dictature de ses sentiments, telle que la lui inspire un marxisme dépassé.

    La pyramide sociale inversée ne fait qu’exprimer une volonté de soumission de la raison à la force, de l’intelligence à l’instinct, de la civilisation à la barbarie, sachant au demeurant que les révolutionnaires les plus radicaux et les pires anarchistes, sont eux-mêmes structurés pyramidalement, avec leurs chefs, voire leurs riches (instigateurs, fomentateurs et meneurs en constituant l’élite) – le premier d’entre eux siégeant au sommet –, puis leurs cadres et leurs exécutants aux niveaux intermédiaires, même quand il arrive que les uns et les autres participent également à l’action.

    Le renversement de la pyramide est un geste dicté par l’angoisse existentielle et la conception morbide d’un désespoir social tournant le dos à la réalité plutôt que de l’affronter. Hors du temps et de la raison, il préfigure cette désincarnation à laquelle nous aboutissons tous ; ce néant où la politique pas davantage que l’économie, la sociologie ou la démographie, l’ordre que l’anarchie ou que la pire des idéologies, n’ont plus leur place.

    Que les chemins du progrès et de son partage soient, ici et maintenant, semés d’embûches et que les pouvoirs, notamment religieux, politique, intellectuel, médiatiques… en soient comptables, rien ne paraît plus vrai ni plus légitime, mais n’est-il pas d’attitude plus sensée que celle qui consiste à vouloir mettre fin, à n’importe quel prix, à une évolution conduisant, en dépit de ses lenteurs et de ses ratées, au mieux être souhaité par le plus grand nombre ?

    La pyramide sociale ayant au moins le mérite d’être une représentation réaliste et suffisamment compréhensible, y compris par ceux qui la contestent, l’impossibilité absolue de la détruire peut les conduire à envisager son utopique retournement. Mais à quoi d’autre celui-ci pourrait-il conduire, qu’à en édifier une autre ? Les exemples de l’aboutissement d’une telle utopie sont aussi nombreux que les tentatives avortées d’instauration du pouvoir absolu de la base (dictature du prolétariat) : depuis les innombrables jacqueries qu’a connu de tous temps le monde jusqu’à la révolution bolchevique et à l’effondrement du bloc soviétique ; du fiasco de Cuba à l’évolution du communisme en Chine, en passant par bien d’autres pays, sans oublier le point d’orgue en la matière que fut le Cambodge de Pol-Pot et de ses Khmers rouges.

    Il faut se souvenir que 12 ans après cette tentative de renversement de la pyramide sociale que fut sa Révolution qu’elle voulait universelle, la France avait un empereur, puis a connu d’autres monarchies et de nouvelles républiques, dont l’actuelle, qui ne satisfait pas davantage le citoyen que les précédentes ; en attendant la suivante. Démonstration s’il en est que la révolte n’apporte de changement que là où se joue une partie de chaises musicales, un pouvoir remplaçant l’autre. Mouvante mais impérissable, la structure de la société demeure la même et la masse qu’elle organise et qui croît sans cesse en nombre et en richesse, ne fait que changer de maîtres ou s’en donne l’illusion, avec l’aide de sciences et de techniques seules réellement porteuses de nos avancées sociales.

    Une révolution chasse l’autre et aucune n’a jamais rien durablement changé à l’ordre fondamental des choses, pas plus qu’à la nature humaine. D’ailleurs, qui de nos jours peut sérieusement imaginer qu’au lendemain de l’aboutissement de la lutte finale, le grand partage ayant eu lieu, la terre ne serait pas peuplée de ceux qui sauraient faire fructifier leur part et de ceux pour qui elle sera toujours insuffisante ? Sauf bien entendu régime dictatorial – avec lui aussi un sommet dominant sa base – encore plus insupportable à l’homme que les pires inégalités.

    En fait, la pyramide sociale inversée n’est pas davantage une pyramide que la représentation d’une société, ni même d’un projet de société. Elle est tout au plus une utopie, sortie d’esprits s’imaginant qu’il suffit de modifier la représentation d’un état de fait pour modifier ce dernier, à la manière de ceux qui suppriment leurs opposants, brûlent les écrits de ceux qui les contredisent ou mettent simplement en cause leurs certitudes ; ou encore s’imaginent éradiquer ce qu’ils considèrent comme des maux en soustrayant des dictionnaires et des constitutions les mots qui les désignent.

  • « véritable propriété sociale du capital ». J’imagine qu’il propose aussi que « la moitié des pertes iraient en tout état de cause aux représentants des salariés ».
    Dans ce cas je suis d’accord! Je pense que la CGT changerait de ton par contre…

  • Et si pour une fois on prenait en compte le fait suivant, à savoir qu’il ne peut y avoir aucune égalité chez les êtres vivants et l’homme en particulier.
    Prenez un groupe, et donner la même chose à tous, très rapidement il se dégagera des plus riches et des plus pauvres. Très vite il faudra confisquer des biens aux plus riches pour les distribuer au prorata des plus pauvres.
    Vous allez rire, mais je suis pour cette société, sur une plage au soleil à rien foutre, pauvre, fainéant et riche en même temps. Le paradis !
    Pour éviter cela, il faudrait créer une police pour suivre votre activité, mais avec un peu d’astuce, on peut ne rien faire en faisant semblant de travailler (méthodes acquises au service militaire). Donc on tendrait vers deux catégories d’individus, les flics et les esclaves. Ça pourrait être pas mal comme chef flic!

  • Et après, on veut empêcher les publications des livres du style Mein Kampf…

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