Des États aux abois

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À court ou moyen terme, par nécessité et par absence d’alternative structurelle, les États européens réduiront drastiquement leurs dépenses.

Par Drieu Godefridi.

En Europe, l’affaissement partiel de l’activité économique — dont la crise financière n’est qu’une conséquence, dans une suite inverse mais nettement plus dévastatrice que la chronologie de 2008 — va entraîner, dès maintenant, un effondrement des recettes fiscales.

On tend à l’oublier, mais l’impôt, par lequel vivent tant de nos contemporains, suppose de la création de valeur. Si aucune valeur n’est créée, l’impôt se réduit à rien.

Par exemple, la TVA est un impôt sur la consommation ; que la consommation se réduise de 50 %, les recettes TVA se réduiront d’autant.

Autre exemple, l’impôt sur les sociétés, qui n’est pas un impôt sur l’activité, mais sur le bénéfice. Dans un futur prévisible, il n’y aura plus guère de bénéfice à imposer, seulement des pertes. Même lorsque les bénéfices poindront timidement, fiscalement les pertes reportées les effaceront, probablement pendant des années.

Trois solutions économiques

Nos États vont voir leurs recettes s’effondrer, alors que la structure de leurs dépenses n’a pas changé d’un iota (quand elle ne s’est pas aggravée). Quelle solution ? En théorie économique comme en technique juridique, il n’en existe que trois : réduire drastiquement les dépenses, emprunter, lancer des programmes de confiscation de la propriété privée. En réalité, comme nous allons le voir, la réduction drastique des dépenses adviendra tôt ou tard.

En effet, sur le continent européen, la plupart des États étaient déjà financièrement exsangues avant la crise, et faible leur « crédit » subsistant sur les marchés financiers internationaux.

Par conséquent, la fuite en avant « externe » qui consisterait à contracter de nouveaux emprunts pour compenser l’effondrement des recettes fiscales est, en Europe, une voie non seulement sans issue, mais inexistante.

En effet, des États qui, souvent depuis des décennies (Italie, Belgique, plus récemment la France), en sont à contracter des emprunts pour rembourser les seuls intérêts de leur dette — jamais le capital — peineront à convaincre les bailleurs de fonds dans le même temps que leurs recettes fiscales s’effondrent.

L’alternative est la fuite en avant « interne », consistant pour un État à se lancer dans des confiscations massives sur le territoire national, usant de différents prétextes (nécessité, crise, solidarité) habillés de catégories juridiques (nationalisation, impôt de crise)1.

La voie de la confiscation

Hors le jugement moral qui peut être posé sur ces procédés, et du cortège de violences arbitraires que leur mise en œuvre implique partout et toujours, il faut souligner que la voie de la confiscation — activement encouragée depuis des années par des économistes néo-marxistes tels que Thomas Piketty2 — n’est pas chimérique ; les exemples tirés de l’Histoire (Révolution française3) comme de l’actualité (Venezuela) en attestent.

Reste que ce procédé s’épuise par son usage : on ne confisque qu’une seule fois. Derrière, il n’y a plus rien à confisquer.

À court ou moyen terme, par nécessité et par absence d’alternative structurelle, les États européens réduiront drastiquement leurs dépenses.

  1. Une variante du même procédé consiste à emprunter davantage sur les marchés, en offrant du “collatéral” tiré d’un expropriation qui ne dit pas son nom : par exemple les projets français de détacher la propriété du terrain et du bien immeuble, qui est une expropriation pure et simple.
  2. Piketty, idéologue naïf de l’égalitarisme — À propos de Capital et idéologie
  3. F. Aftalion, L’économie de la révolution française, 2007.
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