Covid-19 : pour lutter et survivre, merci les technologies !

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Les technologies offrent de nouvelles libertés ; elles n’offrent pas des solutions. C’est à nous d’en faire bon usage et d’en tirer le meilleur profit.

Par Philippe Mosching.

Grippe espagnole vs. COVID-19

En 1918, le virus dit de la grippe espagnole a fait des ravages, entre 20 et 100 millions de morts. La fourchette est large et cela montre bien à quel point la gestion de cette crise était aléatoire. Rappelons qu’elle n’a d’espagnol que le nom. En effet, l’Espagne fut juste le premier pays à publier des chiffres.

Bien au-delà de l’Espagne, ce fut une pandémie qui a touché tous les continents. Certains pays ne tenaient tout simplement pas de statistiques. Les estimations sont basées sur l’augmentation observée de la mortalité. Là aussi, une gestion de crise qui n’en avait que le nom.

Cette pandémie s’est étendue sur trois années, depuis le printemps 2018 jusqu’aux derniers cas mi-juillet 2021. On estime que plus de 30 % de la population humaine a été contaminée. Ce qui revient à dire que la pandémie a pris fin davantage faute de combattants et que grâce à des actions volontaristes comme le confinement, l’hygiène et les soins aux malades.

Les deux paramètres principaux qui caractérisent un virus sont son taux de reproduction, qui est le nombre moyen de personnes contaminées par une seule personne, et son taux de mortalité, qui représente le rapport entre le nombre de personnes décédées divisé par le nombre de personnes infectées. Dans le cas du virus de la grippe espagnole, son taux de reproduction est autour de 2 et sa mortalité entre 2 % et 3 %.

Un siècle plus tard l’humanité fait face au COVID-1, dont le taux de reproduction est autour de 2,5 et sa mortalité de 3 %, voire davantage. Bien que tous ces chiffres soient encore des estimations, on peut néanmoins dire que le COVID-19 est plus contagieux et létal. Sans même compter, si on veut comparer ce qui est comparable, que l’utilisation de respirateurs réduit la mortalité, faisant que le taux de mortalité intrinsèque du COVID-19 est encore plus important.

La Chine déclare son premier patient au 1er décembre 2019, prend des mesures de confinement drastiques, verrait une décrue début mars 2020, et compterait 3241 morts mi-mars. La majorité des victimes étaient âgées de plus de 80 ans ou atteintes de pathologies antérieures.

Qu’est-ce qui changé ?

Comparons les statistiques : l’épidémie de COVID-19 – plus contagieux, plus mortel – durera un peu plus de trois mois si les bonnes mesures sont prises et suivies, au lieu de trois ans pour la grippe espagnole. Le nombre de morts dus au COVID-19 pourrait être contenu à quelques dizaines de milliers (disons entre 50 000 et 100 000) pour une population mondiale de plus de 7,5 milliards d’individus ; cela fait un taux de mortalité entre 0,0005 % et 0,001 %.

Alors que la grippe espagnole a décimé 3 à 5 % de la population mondiale ! Et ceci, sachant qu’il n’existe pas de traitement contre le COVID-19 et pas de vaccin. Les seules mesures sont le suivi de la maladie, le confinement, les mesures d’hygiène et l’utilisation de respirateurs. C’est-à-dire des principes qui existaient déjà en 1918.

Le faux argument avancé de la mondialisation et des voyages ayant propagé le virus est contredit par la pandémie mondiale observée lors de la grippe espagnole.

Ce progrès PHÉNOMENAL repose sur nos connaissances en épidémiologie, en virologie, en prévention et par nos moyens de collecte de données et de communication modernes.

Sans compter que si nos politiciens avaient été mieux sensibilisés, mieux préparés, plus prompts à décider de mesures peu populaires, et la population mieux préparée à accepter les contraintes, l’épidémie aurait fait pschitt comme à Taïwan et Singapour qui malgré leur très forte densité de population comptent respectivement un et zéro décès. Taïwan a tiré les leçons des précédentes épidémies et était prêt. Singapour a été jusqu’à tracer les individus porteurs, leurs contacts, leurs trajets pour cibler les personnes à confiner.

Gérer la crise avec les nouvelles technologies

Les nouvelles formes de communication (réseaux sociaux, blog, actualités en ligne et internationales) jouent également un rôle prépondérant dans la gestion de la crise. Cette mondialisation des communications favorise la transparence  – certes pas encore suffisante – et la réactivité.

Le monde du travail a été pris de court avec des moyens de télétravail encore insuffisamment déployés. Cette situation devra s’améliorer, les technologies sont là. Les médecins proposent des consultations en visio-conférences accélérant ainsi les diagnostics et évitant les contacts. En Suisse une application alimentée à l’intelligence artificielle permet de faire les premiers diagnostics de manière immédiate.

Même les notaires proposent des rendez-vous en visio-conférence. La plupart des grands distributeurs ont une offre dite Drive, évitant de se balader dans les rayons et de toucher tous les produits alimentaires. Les applications bancaires permettent la continuité des transactions qui sont au cœur de l’économie. Je pourrais continuer encore longtemps…

Les conditions de confinement sont rendues plus confortables par l’accès à Internet qui permet à chacun de se former, s’instruire, se divertir et surtout garder le contact avec ses proches. Ma professeur de pilates a tenu son cours en visio-conférence ce matin permettant là aussi de conserver le lien social et de faire de l’exercice. Bien vu, merci à elle.

Et demain

Il est évident que les leçons devront être tirées. Les moyens de détection, de traçabilité, de préparation, de confinement devront être grandement améliorés, pour nous permettre de réduire encore l’impact de la prochaine épidémie.

Il est aussi évident que les objets connectés, la 5G et l’intelligence artificielle permettront une collecte beaucoup plus précise et étendue, une communication instantanée et l’identification de motifs de contamination en temps réel. Cette traçabilité des individus soulèvera la question de la réduction des libertés individuelles et de la confidentialité des données personnelles. Est-ce le prix individuel à payer pour vivre en société ? Un formidable débat va s’ouvrir… là où  certains pays ont déjà tranché.

La recherche bénéficiera aussi des progrès de la modélisation et de l’intelligence artificielle. Des tests plus sûrs, plus nombreux, des traitements plus ciblés, des vaccins plus rapidement sur le marché.

Enfin, l’organisation du travail devra prendre en compte les épisodes d’épidémie afin d’améliorer la résilience des entreprises. Nul doute que des contraintes réglementaires devront s’imposer pour éviter le domino des faillites.

Les technologies offrent de nouvelles libertés ; elles n’offrent pas des solutions. C’est à nous d’en faire bon usage et d’en tirer le meilleur profit. Ce défi est sociétal et politique, les technologies sont déjà là.

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