Coronavirus : le changement, pour tous et chacun, c’est maintenant !

Novel Coronavirus SARS-CoV-2 By: NIAID - CC BY 2.0

Nous sommes tous responsables ; ne devenons pas, pour certains, coupables.

Par François Lainée.

Il court il court le virus… Dans tout le pays, librement, si nous l’y autorisons. C’est le stade 3, déclaré ce dimanche d’élections tout de même maintenues.

Et maintenant ? Le temps presse de façon folle.

Sans un changement dramatique de nos comportements, pour réduire le taux de croissance des patients, actuellement de 25 % par jour, les services de réanimation pourraient être saturés d’ici trois semaines. Et au-delà, les sacrifices contraints de patients non traités devront se multiplier.

Seul espoir : réduire ce taux de croissance.

Pour cela, confinement général urgent incontournable (ne parlons pas du non sujet des seconds tours d’élection), et une discipline individuelle de fer. Nous sommes tous responsables ; ne devenons pas, pour certains, coupables.

Ces derniers jours ont pu sembler bien confus à la majorité d’entre nous en ce qui concerne ce fameux coronavirus.

Aujourd’hui encore, un nombre de cas certes croissant, mais qui peut au fond sembler petit. Des images de situations dramatiques ou encourageantes venant d’Italie ou de Chine. Les décisions, et surtout la communication parfois cafouilleuses des autorités ; quand le ministre en charge des écoles dit le matin le contraire de ce que dit le président le soir, quand le Premier ministre ajoute deux jours après la déclaration du président une mesure frappante de fermeture générale mais de maintien des élections, le public a de quoi être perdu.

Et demain ? Aujourd’hui même peut-être. Le confinement général, à l’italienne ou à la chinoise, est inévitable. Et il vaut mieux qu’il vienne très vite, car le virus se moque de nos petites contraintes, des enjeux d’élection, et même de l’impact économique ; il galope à l’exponentiel, une loi dont les conséquences ne sont pas intuitives pour le citoyen, et pas non plus apparemment pour certains de nos décideurs.

La semaine dernière, le ministre de la Santé a fait un exercice de pédagogie en traçant la courbe dans le temps de croissance, puis saturation, et enfin déclin, du nombre de cas lors d’une épidémie. Cette courbe est une explication très claire pour expliquer la direction générale des intentions publiques : ralentir la progression du virus, en partie inévitable, pour ne pas saturer nos moyens de soins.

Ce qui manque dans cette explication, ce sont quelques chiffres pour donner les ordres de grandeur. À quelle vitesse se propage le virus ? Quelles sont nos ressources ? De combien de temps disposons-nous pour ralentir la progression ?

Des modèles pour comprendre les enjeux

Quelques modèles simples (mais pas simplistes) permettent de comprendre l’enjeu :

  • tant que la population est peu contaminée (en pourcentage de la population) un virus se propage de façon exponentielle, c’est-à-dire que le nombre de nouveaux cas, jour après jour, est une fraction du nombre de cas totaux constatés la veille. Aujourd’hui, la croissance quotidienne constatée, dans les cas détectés, est d’environ 25 % par rapport à la veille. Avec un taux pareil, il faut bien se rendre compte que 1000 patients détectés aujourd’hui vont amener 4800 dans une semaine, 22 700 dans deux semaines, 650 000 dans un mois. C’est là le moteur terrifiant de l’épidémie, une fois le stade 3 atteint.
  • une des ressources limitées les plus importantes pour faire face aux besoins est la capacité en lits de réanimation. Il y en a 5700 en France, soit un pour 11 400 habitants. Avec des efforts pour libérer d’autres lits, et les équiper en matériel et personnel compétent, il est certainement possible d’augmenter un peu cette capacité. Mais sans doute pas le doubler. C’est la limite au-delà de laquelle il faudra laisser des malades graves sans soins adaptés, aggravant sans doute la rapidité de propagation de la maladie, quelques soient les mesures de confinement qui seront alors imposées pour ces patients.
  • parmi les malades, seul un nombre limité se transforme en cas grave. Les chiffres gouvernementaux nous répètent que 80 % des cas seront légers et, sur les 20 % autres, une partie aura besoin de soins de réanimation. En l’absence de données plus précises, on peut simuler ce qui se passe si cette fraction nécessitant des soins de réanimation est de 5 %, ou 10%.
  • hélas, les séjours en réanimation pour remettre sur pied les personnes qui guériront ne sont pas courts. Il faut compter typiquement trois ou quatre semaines.
  • enfin, intervient la mortalité. Issue évidemment redoutée de tous mais qui, dans la perspective de l’occupation des lits de réanimation, augmente un peu la capacité disponible, en réduisant le temps moyen d’occupation. Triste petit bénéfice d’une situation que nous souhaitons tous éviter.

Une fois ces données clés prises en compte, il est possible de simuler l’évolution dans le temps du nombre de patients atteints, du nombre de personnes à hospitaliser, du nombre décès et du nombre de lits occupés. En comparant ce dernier nombre à la capacité supposée, on peut voir si et quand le besoin de lits dépasse l’offre, et estimer un horizon de saturation.

Le tableau ci-dessous donne les résultats de cette modélisation, en fournissant l’horizon de saturation (à partir du dimanche 15 mars), en fonction du taux de croissance quotidien des cas (25 %, 15 %, 5 %, 3 %), du pourcentage de cas graves  ayant besoin de réanimation (15 %, 10 %, 5%), et de la capacité d’extension du parc de lits de réanimation (0 %, 50 %, 100 %).

Les hypothèses pour les autres données clés sont une durée de séjour en réanimation de 21 jours, un délai de 10 jours entre le début de la maladie et l’entrée en réanimation pour ceux qui en ont besoin, un délai de 10 jours entre l’entrée à l’hôpital et le décès pour ceux qui, hélas, meurent.

Taux de croissance quotidien des cas

% de cas graves (à réanimer)

Lits réanimation ajoutés (% du parc de base)

Nombre de lits de réanimation

Nombre de jours avant saturation (date 0 = 14 mars)

25 %

15 %

0 %

5700

20

25 %

15 %

50 %

8550

21

25 %

15 %

100 %

11 400

23

25 %

10 %

0 %

5700

21

25 %

10 %

50 %

8550

23

25 %

10 %

100 %

11 400

24

25 %

5 %

0 %

5700

24

25 %

5 %

50 %

8550

26

25 %

5 %

100 %

11 400

27

15 %

15 %

0 %

5700

25

15 %

15 %

50 %

8550

28

15 %

15 %

100 %

11 400

30

15 %

10 %

0 %

5700

28

15 %

10 %

50 %

8550

31

15 %

10 %

100 %

11 400

33

15 %

5 %

0 %

5700

33

15 %

5 %

50 %

8550

36

15 %

5 %

100 %

11 400

38

5 %

15 %

0 %

5700

64

5 %

15 %

50 %

8550

73

5 %

15 %

100 %

11 400

79

5 %

10 %

0 %

5700

69

5 %

10 %

50 %

8550

77

5 %

10 %

100 %

11 400

83

5 %

5 %

0 %

5700

79

5 %

5 %

50 %

8550

87

5 %

5 %

100 %

11 400

93

3 %

15 %

0 %

5700

113

3 %

15 %

50 %

8550

127

3 %

15 %

100 %

11 400

136

3 %

10 %

0 %

5700

118

3 %

10 %

50 %

8550

132

3 %

10 %

100 %

11 400

142

3 %

5 %

0 %

5700

131

3 %

5 %

50 %

8550

144

3 %

5 %

100 %

11 400

154

Cette table apporte plusieurs enseignements majeurs :

Tout d’abord l’importance première, et majeure, du taux de croissance quotidien du nombre de cas :

À 25 %, l’horizon de débordement est de 3 à 4 semaines ;  15%, de 4 à 6 semaines ; à 5 %, 2 à 3 mois ; et à 3 %, 4 à 5 mois. Sur ces deux dernières valeurs (5 % et 3 %), l’horizon de plusieurs mois ouvre sans doute des possibilités de faire mieux que ce résultat modèle.

En effet d’ici là, le printemps sera pleinement installé, donnant peut-être intrinsèquement du fil à retordre au virus.

Nous aurons sans doute pris des habitudes de vie (celles qui sont indispensables pour passer des valeurs de croissance actuelles à ces valeurs de 5 ou 3 %), et il devrait être possible de réduire encore ces taux, si besoin par un durcissement supportable des nouvelles habitudes de vie.

Le système de soins aura eu le temps de gagner en robustesse, par exemple par une plus grande disponibilité de masques ou autres protections ; en effet, un développement fort de la maladie chez les soignants peut dramatiquement peser sur ces horizons, en réduisant la capacité effectivement disponible.

Les efforts d’augmentation de la capacité d’accueil en réanimation ont un effet marginal si la croissance exponentielle se poursuit.

Un doublement des capacités permet de gagner trois jours avec un taux de croissance quotidien de 25 % ; 5 jours à 15% ; 12 jours à 5 %.

— Il en est de même pour le taux de patients atteints gravement, sur lequel par ailleurs on ne peut à ce stade pas facilement agir, sauf à hyper protéger les patients les plus à risque.

Retarder le débordement du système de santé

Il faut bien sûr mobiliser tous les leviers évoqués ci-dessus pour éviter ou retarder au plus ce moment de débordement mais, on le voit, c’est la vitesse de propagation qui est le facteur à surveiller le plus, et à maîtriser en priorité. Le défi est énorme, et le temps très court, pour infléchir les tendances actuelles à un niveau gérable.

  • face à ces projections, quelques mesures semblent clairement s’imposer, le confinement général doit être décidé et mis en œuvre sans tarder. Tout jour de retard réduit d’autant l’horizon de débordement.
  • nous devons prendre conscience, chacun individuellement, que nous sommes des contributeurs majeurs à l’évolution de ce taux de croissance. Les mesures de précaution répétées inlassablement par les médias ne nous atteignent pas tous aussi efficacement qu’il le faudrait. Peut-être ces projections qui, malgré la nécessité de procéder par scénario, éclairent le futur, pourront créer le choix dont nous avons besoin, pour nous-mêmes.
  • enfin, au-delà des mesures d’accompagnement économiques et de vie courante mises en place par le gouvernement et les autorités locales, la solidarité citoyenne a toute sa place. Par exemple pour déposer à leur porte des vivres ou des repas à nos anciens hyper confinés vu leur fragilité, en pré-organisant des visites de médecins généralistes à dates bloquées dans des lieux publics adaptés pour répondre aux besoins des patients potentiels de façon la plus efficace possible.

Il court il court le virus… L’État va le contrarier.
Il court il court le virus… À nous de l’en empêcher.

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