Idée reçue : « nous devons encadrer les prix »

L’encadrement des prix n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais car il ne fait qu’appauvrir les sociétés qui le choisissent.

Par Eddie Willers.

Dans la recette parfaite du petit programme socialiste vous trouverez de façon quasi systématique l’encadrement de certains prix. En fonction de l’ambition collectiviste de ce parti, un nombre plus ou moins grand de prix seront encadrés.

L’objectif comme d’habitude est toujours louable : les gens ne peuvent pas se loger, encadrons les prix comme ça tout le monde pourra se loger. Cependant, comme d’habitude, le résultat est diamétralement opposé à celui espéré.

Pourquoi est-ce que les tentatives d’encadrement des prix échouent ? Parce que les prix sont nécessaires pour permettre aux êtres humains d’échanger entre eux. Retirez les prix, vous n’aurez plus d’échanges.

Des abricots et des clémentines

Alban produit des abricots dans son verger. Il adore leur texture moelleuse et leur goût sucré. Problème : Alban ne peut en manger qu’en été. Le reste de l’année il ne peut donc satisfaire le besoin essentiel à sa survie qui est de s’alimenter.

Il va alors voir Charlie qui, lui, cultive des clémentines. Les clémentines sont récoltées de façon contra-cyclique par rapport aux abricots. Elles permettraient donc à Alban de se sustenter et donc d’améliorer ses conditions de vie.

Cependant, Charlie s’est donné du mal pour cultiver ses clémentines. Il n’est donc pas prêt à les donner à Alban. Il faut alors que ce dernier trouve un moyen de convaincre Charlie de lui donner des clémentines. Ce moyen, c’est de donner à Charlie quelque chose qui le satisfasse lui aussi. S’il est satisfait par ce qu’Alban peut lui apporter, alors il lui donnera ses clémentines.

Fixer les termes de l’échange

Alban demande donc à Charlie ce qui le rendrait heureux parmi ce qu’il possède. Charlie aime lui aussi les abricots et cela lui permettrait de se nourrir l’été. Il est donc prêt à donner des clémentines en échange d’abricots. Il veut 10 abricots contre une clémentine.

Charlie n’est pas satisfait car cela représente une part trop importante de sa production. Il n’est pas prêt à faire un sacrifice aussi élevé pour obtenir des clémentines. Il est cependant prêt à donner 3 abricots contre une clémentine.

Charlie est satisfait car il reçoit 3 abricots qu’il apprécie et auxquels il n’avait pas accès auparavant ; Alban, lui, reçoit une clémentine ce qui lui convient très bien également. Nos deux parties sont donc heureuses de cet échange.

Déterminer le prix

Or, qu’est-ce qui a permis de conclure in fine cet échange (je n’ajouterai pas mutuellement bénéficiaire car dans un marché libre, un échange l’est naturellement) ? La détermination d’un prix : 1 clémentine vaut 3 abricots. Ce prix a intégré de très nombreux paramètres : l’effort de production, le désir plus ou moins important de consommer l’un ou l’autre des deux produits, la quantité disponible des produits etc.

Tous ces paramètres pris en compte se sont reflétés dans le prix de la transaction. Dans notre cas, le prix s’exprime dans un rapport entre des abricots et des clémentines, ce qui peut paraître un peu déroutant.

En effet, nous avons l’habitude de voir des prix en euro, en dollar, en yen etc. Pourtant il ne faut pas perdre de vue que la monnaie n’est qu’un bien, qui du fait de ses propriétés, sert d’intermédiaire d’échange entre deux biens ou services. Dire 1 clémentine = 3 abricots revient à dire 1 clémentine = 3 euros et 1 abricot = 1 euro.

Le rôle de la coercition

Concentrons nous maintenant sur le cas où certains prix sont encadrés, à la hausse ou la baisse par une autorité coercitive. L’État vient dire : le prix des clémentines est trop élevé ce qui fait que peu de monde peut se permettre d’en manger. Les clémentines sont riches en vitamine C ce qui a un impact non-négligeable sur la productivité du pays. Il est donc d’intérêt général d’encadrer ces prix qui permettront d’améliorer la croissance.

Maintenant un abricot et une clémentine valent un euro chacun. Charlie qui avant produisait ses clémentines en espérant pouvoir récupérer à chaque clémentine trois abricots n’a plus que l’espoir d’en récupérer une seule. Il a donc moins intérêt à se donner du mal pour produire ses clémentines, son incitation étant beaucoup plus faible. La production de clémentines va alors décroissante.

L’État détruit les bénéfices des échanges

Les clémentines sont fixées à un prix faible mais il n’y en a tout simplement plus. En intervenant pour réguler un prix, l’État détruit l’aspect mutuellement bénéfique de l’échange. Une contrepartie se voit lésée, ici Charlie, car Alban était auparavant prêt à payer 3 abricots. De plus l’encadrement des prix modifie les incitations de chacune des parties prenantes et détruit par voie de conséquence l’équilibre naturel qui s’était formé.

Moins de production de clémentines à un prix de vente plus faible : les gens se retrouvent donc à faire la queue dans des rayons vides. Au Venezuela, les prix de la farine sont encadrés, problème, il n’y a tout simplement plus de farine à vendre car les producteurs ne peuvent se satisfaire d’un prix aussi faible pour survivre.

Certains totalitarismes voulaient aller plus loin en supprimant même la notion de prix. Or, nous l’avons vu les prix sont la clé qui permet de réaliser des échanges. Et ces échanges, par définition, rendent plus heureux les deux contractants (sinon ils ne feraient pas d’échange). Encadrer les prix revient donc à empêcher des gens d’améliorer leurs conditions de vie. En conclusion, l’encadrement des prix n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais car il ne fait qu’appauvrir les sociétés qui le choisissent.

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