Coronavirus : la quarantaine est-elle toujours efficace en cas d’épidémie ?

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La quarantaine n’est pas la panacée, une information claire et de la prévention peuvent être moins coûteuses pour endiguer l’épidémie.

Par Théophile Gacogne.

On entend tout et surtout n’importe quoi sur le nouveau coronavirus depuis sa découverte fin décembre. Des milliers de cas ont été confirmés en Chine dont certains mortels. Le pays a décidé de mettre en place des mesures drastiques pour tenter de limiter ou au moins de ralentir l’ampleur de l’épidémie. La mesure la plus marquante est la mise en quarantaine de villes entières de plusieurs millions d’habitants, notamment Wuhan, d’où semble provenir la source du virus. Mais dans quelle mesure ce type d’action est efficace pour combattre une épidémie ?

Attention !

Les coronavirus sont en réalité une famille de virus. Le virus dont tout le monde parle en ce moment ne devrait pas être appelé le coronavirus, mais le 2019-nCoV. Il existe de nombreux virus dans cette famille qui sont bien connus de l’Homme et contre lesquels nous savons nous protéger et nous défendre. La différence avec le nouveau 2019-nCoV est qu’il n’existe pas encore de vaccin qui lui corresponde puisqu’il était inconnu jusqu’alors.

La logique de la quarantaine

La logique sous tendue par une mesure de quarantaine est simple : le virus a vu le jour et se transmet entre les habitants d’une ville A. Interdisons à toute personne d’y entrer ou d’en sortir de manière à garder le contrôle sur l’épidémie.

Aussi drastique que cela puisse être, cela semble en effet respecter une logique pragmatique simple. Mais dans les faits, les choses sont différentes. En bloquant les aéroports, les gares et les autoroutes entre Wuhan et le reste du monde, il n’est pas certain que la Chine améliore la situation. C’est en se basant sur des logiques économiques que l’on découvre les limites de ce type d’action.

Pourquoi la quarantaine peut aggraver la situation ?

Le fait d’isoler les personnes atteintes par le virus est une bonne chose, permet d’éviter qu’elles ne transmettent le virus aux personnes saines.

Le problème proviendrait en réalité du manque d’informations et de la lenteur des processus de diagnostic de la maladie. En mettant une ville entière en quarantaine, on confine les individus sains avec les malades. Dans une situation classique sans quarantaine, ceux qui sont sains et conscients de leur bon état de santé vont faire en sorte de sortir des zones à risque pour ne pas être contaminés. Ils mettent donc en place une quarantaine implicite et limitent les risques de transmission, pendant que les personnes malades sont traitées.

En revanche, ceux qui ne sont pas certains de leur état de santé vont eux aussi vouloir s’enfuir des zones à risque. Concernant le 2019-nCoV, un individu peut être malade et asymptomatique. C’est lui le sujet à risque car en voulant fuir la zone rouge alors qu’il est infecté, il contribue à l’épidémie.

Il s’agit même d’un double risque : d’une part parce qu’il peut transmettre le virus dans des zones jusqu’alors saines, et d’autre part parce qu’il ne reçoit pas le traitement nécessaire.

Le manque d’informations et la lenteur des diagnostics sont donc deux problèmes très importants.

Mais alors, la quarantaine est donc le seul moyen pour éviter que ces personnes asymptomatiques sortent des zones rouges et contaminent le reste du monde ?

Le problème vient de la perception de ceux qui subissent la quarantaine. En effet, cette dernière appliquée strictement va inciter bien plus d’individus à vouloir s’échapper de la zone bloquée, celle-ci devenant officiellement dangereuse pour tout le monde. Cela signifie que bien plus de personnes à risque vont se ruer vers la sortie, ce qui n’aurait pas été le cas si des mesures plus douces et davantage orientées vers la prévention avaient été mises en place. Un plus grande nombre de personnes asymptomatiques qui se battent pour fuir le plus rapidement possible va donc se solder par davantage de personnes contaminées qui vont exporter le virus à leur insu.

Quelles autres solutions ?

Des efforts sur l’information et sur la prévention seraient donc bien plus efficaces et moins coûteux pour un pays qu’une quarantaine stricte.

Informer clairement les individus dans les zones à risque, leur donner les clés qui leur permettront de connaître leur état en cas d’infection va laisser la possibilité aux personnes qui savent qu’elles sont saines de s’écarter de ces zones, tout en permettant aux incertains de garder leur calme et s’assurer de leur état avant de prendre une décision de départ.

Il est important de garder en tête également que la sévérité des épidémies diminue considérablement avec les années et n’a jamais été aussi basse aujourd’hui, et ce malgré le fait que nous vivions dans un monde plus connecté que jamais où voyager est d’une simplicité totale.

C’est notamment dû au fait que les chercheurs du monde entier ont la possibilité d’allier leurs efforts pour le bien de tous, et que les structures médicales sont elles aussi plus évoluées que jamais. Alors restez couverts en cas de voyage dans des zones risquée, mais tâchez de ne pas céder à la panique que les médias tentent de faire grandir de jour en jour.

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