Coronavirus : les coûts économique et humain sont bien réels

Les coûts économiques d’une épidémie mondiale comme le coronavirus vont bien au-delà des dommages directs encourus dans les secteurs touchés des pays les plus affectés par la maladie.

Par Guy-André Pelouze1 et Philippe Lacoude.

Alors que plus de 80 000 personnes sont désormais touchées par le coronavirus 2019-nCoV dans le monde, l’OMS a finalement décrété, avec retard, « l’urgence internationale face à l’épidémie ».

Il s’agit d’une infection virale sporadique (mot dérivé du grec sporadikos, signifiant ici et là) c’est-à-dire de survenue aléatoire à la différence, par exemple, de la grippe qualifiée de saisonnière.

Si le coût économique ne fait que commencer à être évalué, le coût humain est bien réel puisque le nombre de morts ayant eu un diagnostic confirmé de 2019-nCoV est déjà supérieur à 300.

Apparition du virus

Les coronavirus sont des virus à acide ribonucléique (ARN), c’est-à-dire que leur matériel génétique est l’acide nucléique le plus ancien, ce qui renvoie à des formes de vie datant de plusieurs milliards d’années.

C’est un acide nucléique à un seul brin, plus fragile, dont la réplication s’accompagne d’un certain nombre de mutations et dont la structure et la composition chimique diffèrent de l’acide désoxyribonucléique (ADN) de nos cellules humaines.

Comme tous les êtres vivants, les coronavirus font de petites erreurs – des mutations – lorsqu’ils copient le code génétique pendant la reproduction. Mais les coronavirus n’ont pas la capacité de réparer ces erreurs, car il s’agit d’un virus à ARN ; l’ARN, contrairement à l’ADN, n’a pas de mécanisme d’autocorrection. Par conséquent, les coronavirus ne sont pas génétiquement stables.

L’émergence du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) a montré que les coronavirus peuvent émerger tranquillement de réservoirs d’animaux et provoquer des maladies potentiellement mortelles chez l’Homme, comme cela était précédemment reconnu pour les animaux.

Le scénario de l’apparition de ce nouveau virus ressemble aux scénarios précédents des épidémies virales sporadiques depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le VIH (et le SIDA) des années 1980 sont en rapport avec un virus des grands singes, la pandémie de grippe aviaire 2004-2007 est venue des oiseaux, et les porcs nous ont transmis la pandémie de grippe porcine en 2009.

Plus récemment, on a découvert que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) provenait des chauves-souris, via des civettes, tandis que les chauves-souris nous ont également donné Ebola.

Le coronavirus de Wuhan est proche de celui transmis par les chauves-souris. La probabilité que ce virus ait un réservoir sauvage et ait été importé au centre d’une ville de 11 millions d’habitants par la concentration des animaux dans un marché est élevée. Le saut de l’animal à l’Homme se faisant probablement par voie aérienne avant la consommation alimentaire des animaux en question.

Il suffit pour cela que des mutants du virus acquièrent la capacité de se multiplier en utilisant une porte d’entrée dans les cellules de l’arbre respiratoire. Cette porte d’entrée est un récepteur de la membrane cellulaire auquel le virus se lie grâce à une protéine de sa surface.

Nous avons encore peu de données certaines sur le cycle écologique de cette épidémie en dehors de la localisation et du lien avec le marché aux animaux de Wuhan.

Pour le SRAS, il a aussi été difficile de comprendre le cycle écologique et le saut d’espèces vers les humains. Yi Guan et al. concluent ainsi leur revue générale du sujet :

Nos résultats suggèrent que les marchés fournissent un lieu pour les virus animaux (du type coronavirus SRAS) pour se multiplier et être transmis à de nouveaux hôtes, y compris les humains, et ceci est d’une importance cruciale du point de vue de la santé publique. Cependant, il n’est pas clair si un ou plusieurs de ces animaux sont le réservoir naturel dans le monde sauvage. Il est concevable que les civettes, les chiens viverrins et les blaireaux furets aient tous été infectés par une autre source animale, encore inconnue, qui est en fait le vrai réservoir naturel. Cependant, en raison des pratiques culinaires du sud de la Chine, ces animaux de marché peuvent être des hôtes intermédiaires qui augmentent la possibilité de transmission de l’infection à l’homme. La surveillance approfondie des animaux aidera à mieux comprendre le réservoir animal dans la nature et les événements de transmission inter-espèces qui ont conduit à l’origine de l’épidémie de SRAS.

Date d’apparition

Le virus 2019-nCoV est très récent : en utilisant les 34 génomes connus de 2019-nCoV, les chercheurs ont été capables de calculer les distances génétiques entre ces génomes, d’en générer l’arbre généalogique et, par analyse phylogénétique bayésienne coalescente, de déterminer l’ancêtre commun le plus récent (tMRCA) de 2019-nCoV.

En utilisant les caractéristiques liées à l’horloge moléculaire telles que le taux de substitution des nucléotides, on peut déduire qu’il y a 90 % de probabilité que 2019-nCoV soit apparu il y a environ 0,253 à 0,594 an, soit 3 à 6 mois environ, avant l’épidémie.

C’est vers la mi-décembre 2019 que les médecins de certains hôpitaux de Wuhan décèlent plusieurs cas d’infection respiratoire sérieuse avec pneumonie d’origine inconnue (ici).

Le 31 décembre 2019, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est informée d’une épidémie de « pneumonie de cause inconnue » détectée dans la ville de Wuhan, province du Hubei, Chine – la septième plus grande ville de Chine avec 11 millions d’habitants.

Épidémiologie

L’épidémiologie de 2019-nCoV est complexe du fait du faible nombre de données disponibles. En particulier, le nombre de cas (personnes infectées) est particulièrement incertain : au 12 janvier, alors que les autorités chinoises font alors état de 45 cas avérés, des chercheurs de l’Imperial College (Londres) estiment qu’un total de 1723 personnes dans la ville de Wuhan – avec un intervalle de confiance (IC) à 95% de 427 à 4471 – présentent alors des symptômes proches des cas de 2019-nCoV avérés.

Utilisant des méthodes similaires, dans une étude publiée le 31 janvier dans le Lancet, des chercheurs de l’Université de Hong Kong ont estimé que 75 815 individus (IC 95 % de 37 304 à 130 330) étaient infectés à Wuhan à la date du 25 janvier 2020.

Selon eux, le temps de doublement de l’épidémie était de 6,4 jours (avec un IC à 95 % de 5,8 à 7,1 jours).

Propagation

La transmission de l’animal à l’Homme, un saut d’espèce, est le premier moyen pour le virus de se multiplier chez un nouvel hôte. La densité de la population humaine fait ensuite que la transmission d’humain à humain amplifie et détermine la gravité de l’épidémie.

Pour des raisons liées à la rapidité de multiplication du virus, au moyen qu’il a de passer d’un humain à l’autre, par voie aérienne ou par contact ou d’autres voies, un humain affecté va pouvoir transmettre ce virus à un certain nombre d’autres humains.

Les groupes de recherche ont estimé le taux de reproduction de base, R0 (prononcé « ar-naute » en anglais), du virus entre 1,4 et 5,0 (voir ici, ici, ). La plupart des estimations sont inférieures à 3,8 : Julien Riou et Christian L. Althaus ont trouvé que le nombre de reproduction de base, R0, était d’environ 2,2 – avec un intervalle de confiance à 90% de 1,4 à 3,8 –, indiquant « le potentiel de transmission interhumaine durable » et ont « noté que les caractéristiques de transmission étaient d’une ampleur similaire à SRAS ».

Cela signifie que, lorsqu’il n’est pas contrôlé, le virus entraîne généralement 1,4 à 3,8 nouveaux cas par infection établie. Ce taux de reproduction de base peut varier au cours de l’épidémie.

La durée moyenne d’incubation du 2019-nCoV serait de 4,8 jours. La période moyenne entre l’apparition des symptômes et l’isolement des cas de 2019-nCoV et SRAS est respectivement de 2,9 et 4,2 jours.

Néanmoins au départ les conditions étaient très favorables au virus puisqu’il n’était pas connu, que la ville de Wuhan est très peuplée, très dense et qu’il est peu probable que des contrôles vétérinaires aient pu diminuer la charge initiale de virus notamment dans le marché aux animaux.

Pertes humaines

Parce que les intervalles de confiance du taux de reproduction de base R0 et du nombre de personnes infectées sont assez larges, il est difficile d’estimer la future trajectoire de la maladie. Où va-t-on ?

Nous avons officiellement plus de 15 000 cas mais, comme nous l’avons vu ci-dessus, les cas réels dépassent les cas officiels d’un facteur d’au moins 4. Ceci donne un taux de décès très inférieur au coronavirus SRAS, probablement 1 à 3 % des cas réels.

Toutefois s’agissant de la mortalité de l’épidémie, c’est très simple, si le nombre de cas réels est bien supérieur aux estimations de 4 fois les cas confirmés nous pouvons la surestimer. Si le nombre de cas réels est dans cette estimation de 4 fois les cas confirmés, et que de nombreux patients sont en réanimation (où la mortalité est élevée mais retardée d’au moins 15 jours) alors nous pourrions atteindre les 3 %.

Même si l’épidémie est maîtrisée d’ici à une dizaine de jours, il est possible que le nombre absolu de décès surpasse celui du SRAS avec son incidence de 8422 cas et son taux de létalité de 11 %, en 2003.

Pour mettre les choses en perspective, rappelons que le Center for Disease Control (CDC) estime que, l’an dernier, environ 40 000 Américains sont morts de la grippe. Il y a deux ans, le taux de mortalité était le pire en dix ans avec 61 000 décès sur 45 millions de personnes infectées, pour un taux de décès moyen record de 0,135 %. Pendant la saison de la grippe 2018-2019, aux États-Unis, environ 75 % de tous les morts étaient âgés de 65 ans et plus. Environ 17 % avaient entre 50 et 64 ans. Le reste, 8 %, concernait les personnes de moins de 50 ans.

Une des caractéristiques importantes de l’épidémie de 2019-nCoV est la disponibilité avec un délai très court des données des patients au fur et à mesure qu’ils sont traités. Le New England Journal of Medicine a publié le 29 janvier les premiers 425 cas traités à Wuhan.

Les auteurs ont établi un historique de l’épidémie et de sa compréhension par la communauté médicale mondiale. Sur cette figure, on est frappé par la rapidité avec laquelle les chercheurs ont caractérisé les paramètres les plus importants : culture du virus, séquençage de son ARN et typologie clinique des patients atteints.

Malgré cette performance de la communauté scientifique chinoise et mondiale, il est important de souligner que ce genre d’événement sporadique recèle une grande incertitude et que des affirmations ou des recommandations peuvent être contredites assez rapidement. C’est pourquoi l’évaluation des mesures visant à diminuer la morbidité et la mortalité de l’épidémie est difficile.

Toutefois en l’absence de traitement qui pourrait bloquer la réplication du virus il est capital de diminuer les contaminations de personne à personne c’est-à-dire les mesures de protection du vecteur le plus certain : les microgouttelettes de l’air expiré par le nez ou la bouche et le portage manuel.

Un masque approprié et un lavage des mains sont les premières lignes de défense. Ceci n’est pas une mesure réservée aux Chinois. Ailleurs, en France par exemple, les soignants amenés à examiner un patient revenant de Chine ou ayant eu des contacts avec des personnes ayant séjourné en Chine doivent l’appliquer. Que le patient soit fébrile, présente des signes respiratoires ou bien soit asymptomatique.

S’agissant des patients immunodéprimés par l’immunosénescence, une affection chronique ou un traitement immunosuppresseur, il est certain que le 2019-nCoV présente pour eux une virulence et une létalité supérieure.

Tableau 1 : Taux de mortalité comparés des épidémies récentes d’après la littérature.

Virus

Taux de mortalité

Wuhan nouveau Coronavirus (2019-nCoV)

2 %°

SRAS (Source : Institut Pasteur)

10 %

MERS-CoV (Source : OMS)

34 %

Grippe porcine

0,02 %

Grippe saisonnière (Source : NIH)

<0,01 %*

° Des analyses sont en cours pour améliorer cette estimation notamment dans la province de Hubei. Cette situation évolue rapidement et les informations sont mises à jour dès qu’elles sont disponibles.

* Aussi curieux que cela paraisse la mortalité de la grippe saisonnière est très hétérogène dans les études épidémiologiques. Comme pour toutes ces infections, la mortalité bondit chez les patients ayant des comorbidités et/ou une immunosénescence. Les enfants représentent un cas particulier.

Des pertes économiques considérables

Dans la ville de Wuhan et sa province alentour, on fabrique de l’électronique, de l’acier, des nouveaux matériaux, et des produits pharmaceutiques : comme l’explique Michele Cohen Marill dans Wired, la Chine est le plus grand producteur mondial d’ingrédients pharmaceutiques actifs. Personne ne sait vraiment combien de produits pharmaceutiques finaux ont une source unique située en Chine.

Même si certains médicaments sont finalisés aux États-Unis ou en Europe, le ralentissement dû aux quarantaines, s’il devait se prolonger, aura tôt ou tard des répercussions : l’épidémie de coronavirus ajoute de l’incertitude à cet approvisionnement. Aux États-Unis, plus de 90 % des médicaments génériques sont produits en Chine.

L’épidémie affecte également le transport aérien international ainsi que le tourisme qui sera pratiquement à zéro pour les semaines ou les mois qui viennent d’autant qu’il soit à parier que si la crise s’intensifie, les restrictions sur les voyages vers l’Asie se feront de plus en plus pressantes. Les parcs de Hong Kong Disneyland et de Shanghai Disney Resort sont fermés depuis le week-end dernier ; les croisières sont à quai.

La ville de Wuhan est aussi à la Chine ce que la ville de Détroit est aux États-Unis : elle est au cœur de l’industrie automobile. C’est la ville de Dongfeng Motor Corporation, mais c’est aussi une source mondiale de pièces détachées pour l’industrie automobile occidentale. Selon, John Quelch, le doyen de la Herbert Business School de l’Université de Miami, qui était en Chine la semaine dernière, on commence à percevoir des pénuries dans le secteur du commerce de détail et de l’automobile.

Charles K. Clevenger, un dirigeant basé à Detroit, spécialiste des achats et de la chaîne d’approvisionnement, ancien responsable des opérations chinoises du plus grand fournisseur mondial de pièces automobiles, précise à Contrepoints que la « chaîne d’approvisionnement de l’industrie automobile est bien organisée et bien gérée. C’est efficace : il n’y a pas de stocks massifs de pièces détachées ».

Pour lui, la première préoccupation est le « manque de prévisibilité » introduit par l’épidémie de 2019-nCoV. Remarquablement, il note que la menace ne se limite pas aux perturbations pour les constructeurs automobiles en Europe et aux États-Unis, mais aussi « en Chine car la chaîne d’approvisionnement est vraiment mondiale : les pièces circulent dans les deux sens ». L’épidémie de coronavirus, si elle se prolonge, « affectera également les fabricants chinois ».

Parce que l’épidémie coïncide avec les vacances du Nouvel An chinois, il pense que « la plupart des fabricants avaient déjà augmenté leurs livraisons pour couvrir les temps d’arrêt des vacances » et que « parce qu’il faut généralement 4 à 5 semaines pour que les pièces passent des usines de Wuhan aux usines de Détroit », cette dernière ne sera pas affectée si la crise est résolue dans les deux prochaines semaines.

Passé ce délai, « il y aurait la possibilité d’utiliser le transport aérien. Cependant, les volumes sont limités et il y aura une certaine concurrence entre les clients lorsque les transporteurs aériens reprendront leurs activités ».

Si la crise devait s’étendre sur des mois plutôt que sur des semaines, les constructeurs seraient confrontés à de graves problèmes, car « un pourcentage élevé de pièces sont d’origine unique sur un véhicule donné. Quelques pièces cruciales peuvent manquer et un modèle de véhicule particulier ne sera plus assemblé ». Le remplacement d’une pièce d’origine chinoise peut prendre des mois plutôt que des semaines.

Charles K. Clevenger souligne que « pour les composants de sécurité – tels que les coussins gonflables de sécurité et les freins – le nécessaire processus de validation augmente ces délais ».

Cela dit, « la plupart des problèmes devraient rester limités aux fabricants. Les clients ne manqueront pas de voitures à acheter car il y en a suffisamment sur les parcs des concessionnaires et suffisamment de véhicules neufs qui leur seront livrés » dans un avenir proche.

Cependant, il ne suffit pas de calculer le nombre de voyages touristiques annulés, le déclin du commerce de détail et des facteurs similaires pour avoir une image complète de l’impact du 2019-nCoV : les liens entre les secteurs et entre les économies dans le commerce international et les flux internationaux de capitaux sont négativement affectés.

Les coûts économiques d’une épidémie mondiale comme le 2019-nCoV vont bien au-delà des dommages directs encourus dans les secteurs touchés des pays les plus affectés par la maladie.

En 2004, une étude globale avait montré que la perte de PIB de Hong-Kong s’était élevée à -2,63% de son PIB et -1,05% pour le reste de la Chine. De son côté, le Japon aurait perdu environ -0,2% de son PIB en 2003.

Nous n’en sommes qu’au premier mois de crise. En 2003, le SRAS avait paralysé une partie de l’Asie pendant près d’un an. Si le taux de mortalité du 2019-nCoV semble plus faible que celui de SRAS – pour autant que nous puissions faire des statistiques fiables sur des échantillons restreints –, il n’en reste pas moins que le nombre de personnes affectés est largement supérieur.

Moins meurtrier, plus contagieux, il est difficile de voir comment cette crise pourrait avoir un impact économique plus faible que celle du SRAS. En fait, selon Bloomberg, le coût de l’épidémie pourrait bien être de trois à quatre fois celui de SRAS. Si c’était vrai et compte-tenu des estimations complètes pour cette maladie, nous parlons d’un coût réel de 3 à 4 % du PIB chinois.

Pas suffisant pour mettre le pays en récession, mais définitivement un coût considérable : comme le PIB de la Chine est d’à peu près 14 300 milliards de dollars, nous parlerions de 3 à 4 % de cette somme, soit potentiellement 370 à 495 milliards d’euros. Pour mémoire, le PIB grec est à peu près la moitié de cette somme…

L’impact sera supérieur pour une raison simple : la Chine de 2003 n’a rien à voir avec celle de 2020 ! En 2003, le PIB de la Chine était de 1660 milliards de dollars contre plus de 14 300 milliards de dollars en 2019 ! Même à 1,05 % – comme pour SRAS – le coût pour l’économie chinoise se chiffrerait à au moins 120 milliards d’euros !

Goldman Sachs table déjà sur un manque à gagner de -0,4 % au premier trimestre aux États-Unis, soit environ 21 milliards de dollars qui manqueront à l’appel au 31 mars 2020.

Certaines entreprises françaises qui font beaucoup d’affaires en Asie, – par exemple LVMH, dont le cours de l’action est en chute libre depuis le 17 janvier malgré l’ – vont directement souffrir du ralentissement chinois. Mais il faut bien comprendre que la France, dans une situation de croissance très molle, va généralement être affectée négativement.

Ceci est d’autant plus vrai qu’elle a à sa tête une équipe qui serait complètement inemployable à des postes de responsabilité dans le privé.

Solutions

Toutes les solutions sanitaires de court terme ont un effet négatif sur l’économie :

  • Certains professionnels de la santé proposent des « mesures draconiennes » de restriction du transport aérien. Que ce soit justifié ou pas, une telle mise en pratique ne fera que plomber les résultats financiers du transport aérien : depuis le record de Wall Street le 17 janvier, Air France, Delta Airlines, American Airlines et United Airlines ont perdu -15 %, -5%, -10 % et -17 % de leurs valeurs boursières, respectivement.
  • Les quarantaines (comme à Wuhan ou aux États-Unis), si elles sauvent effectivement des vies, ont des effets récessionnistes. Il est difficile d’imaginer faire de même en Europe. On voit mal la police française poursuivre les citoyens récalcitrants avec des drones ! Comment pourrait-on confiner Paris ? Il est à souhaiter que l’explosion du nombre de cas de ces derniers jours soit confinée à la Chine.

À moyen et à long terme, la situation est meilleure : les mesures sanitaires sont davantage alignées avec les besoins économiques :

  • Le développement annoncé d’un test rapide de détection du virus et des anticorps anti-2019-nCoV dans le sang devrait accélérer la détection et freiner la contamination interhumaine.
  • Les médicaments antiviraux, y compris certains encore non testés, pourraient-ils être placés en procédure exceptionnelle d’évaluation rapide ? Il semble que pour les patients atteints à score de risque élevé ce soit à discuter en urgence et la Food and Drug Administration (FDA) vient de faire un pas dans cette direction.
  • Toujours pour les patients graves, la production d’anticorps contre le 2019-nCoV est en cours (voir ici, ici et ).
  • L’intelligence artificielle, en particulier l’analyse et le traitement du langage naturel, présente également un intérêt certain : une nouvelle startup au Canada, BlueDot, a été l’une des premières à repérer l’épidémie du virus de Wuhan en Chine et à lancer une alerte.

Si nous allons probablement vivre des moments difficiles, l’exemple du SRAS nous montre que le 2019-nCoV ne sonne pas le glas de la croissance économique en Chine : les marchés reflètent l’action humaine et ont des mécanismes de résilience. Après tout, la Chine a connu un rebond économique en 2004 suivi d’une multiplication de la taille de son économie d’un facteur 9 depuis lors !

Positif, Goldman Sachs s’attend même à un rebond de l’activité économique aux États-Unis dès le second trimestre de 0,3 à 0,4 %, ce qui limitera les dégâts en année pleine.

Cette épidémie nous enseigne deux leçons principales :

  1. Chacun devrait considérer que chaque événement sporadique dans le domaine des maladies transmissibles présente un niveau élevé d’incertitude. Faire face à cette incertitude de manière rationnelle consiste à utiliser une analyse approfondie des données et à faire des prévisions avec l’IA la plus avancée. Dans ce cadre, nous pouvons réduire l’incertitude mais pas la supprimer. C’est une mauvaise politique d’envoyer des messages rassurants avec la bonne intention d’éviter la panique. Les politiciens et les scientifiques devraient simplement dire la vérité et s’en tenir aux faits.
  2. La propagation des épidémies n’est pas un vieux souvenir de périodes tristes de l’histoire humaine. Par exemple, nous sommes encore incapables de contrôler la grippe en tant qu’épidémie saisonnière dans nos pays développés. Les virus et en particulier les virus à ARN sont une forme de vie très ancienne et primitive mais malgré ces caractéristiques, leur virulence actuelle démontre leur capacité à se multiplier en s’adaptant aux hôtes les plus divers. En ce sens, le nouveau coronavirus de Wuhan est une revanche du monde ARN de la vie.

  1. Guy-André Pelouze est chirurgien.
Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.