Le droit au blasphème devrait être garanti par la Constitution

liberté d'expression By: Taymaz Valley - CC BY 2.0

La dérive liberticide inquiétante qui contamine la société française de la base au sommet doit être endiguée coûte que coûte.

Par la rédaction de Contrepoints.

Je découvre avec effarement cette affaire #JeSuisMila, 16 ans, en danger de mort pour avoir critiqué l’#homophobie et la #misogynie dans l’#islam et « toutes les #religions » [TÉMOIGNAGE]. Elle a est dû être déscolarisé et a déménagé en urgence! https://t.co/xaymNQWtFT  —

Francoise Laborde (@frlaborde) January 22, 2020

À quelques semaines de la commémoration des attentats dans les locaux de Charlie Hebdo, c’est une autre affaire touchant à la liberté de critiquer les religions qui défraye la chronique sur le web. Une jeune internaute de 16 ans a reçu des milliers d’insultes et de menaces de mort après avoir posté une vidéo où elle insulte l’Islam. Ce sont en effet des dizaines d’incitation à l’agression qui ont obligé Mila à quitter son école et même à déménager pour se protéger de la multitude en colère.

Si le contenu de la vidéo de la jeune fille ne vole pas bien haut, et se contente d’aligner des grossièretés proférées sous le coup de la colère, la réaction des internautes outragés nous montre une absence de familiarité étonnante avec le principe de la liberté d’expression. Qu’elles portent sur les religions ou d’autres opinions politiques, les opinions peuvent heurter et choquer, mais l’État de droit devrait protéger correctement le libre exercice de la parole dans le débat public, tout comme il protège la liberté de religion dans le cadre de la laïcité.

Silence assourdissant du gouvernement

Plus étonnant est le silence assourdissant des pouvoirs publics et des associations subventionnées face au déchaînement d’insultes homophobes et lesbophobes consécutives à la vidéo. D’habitude assez vocaux quand il s’agit de tempêter contre l’homophobie des Gilets jaunes ou des supporters de foot, les membres du gouvernement et les entrepreneurs identitaires progressistes officiels ne semblent pas pressés de réagir face à cette nouvelle manifestation de populisme numérique. C’est ce silence assourdissant que l’extrême droite est en train de combler en se faisant le défenseur exclusif d’une liberté individuelle qui devrait être un socle commun à toutes les sensibilités politiques démocratiques.

C’est aussi que le gouvernement non plus n’est pas très familier avec le principe de la liberté d’expression. L’adoption discrète mardi d’un amendement à la loi contre la haine, repéré par la Quadrature du Net, pourrait ainsi donner à la police toute latitude pour censurer les plateformes sans l’intervention d’un juge.

En obligeant toutes les plateformes à retirer les contenus jugés en contradiction à la lutte antiterroriste au bout d’une heure, la loi acterait l’institutionnalisation de la censure automatisée fournis par Google et Facebook. Quand on relève le nombre de protestations quotidiennes contre les pratiques des deux géants de la tech dans le domaine, l’inquiétude est encore plus grande.

Plutôt que de rappeler une nouvelle fois que la liberté d’expression devrait être sacrée, sacrons le droit au blasphème pour rappeler une chose essentielle à nos concitoyens comme à nos dirigeants : ce ne sont pas les opinions neutres qui méritent le plus d’être tolérées, mais celles avec lesquelles nous sommes en désaccord, qui peuvent éventuellement nous heurter et nous faire réagir.

Réduire au silence les propos désagréables ne sert à rien et la tolérance civile suggère, plutôt que de tout interdire, de dégonfler les fanatismes et de laisser s’exprimer toutes les voix des citoyens. La dérive liberticide inquiétante qui contamine la société française de la base au sommet doit être endiguée coûte que coûte.

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