Coût des grèves : cette non-réforme qui va nous coûter cher (2)

Comment est née la règle des 3% ?By: Images Money - CC BY 2.0

800 millions ? 2 milliards ? La somme donne une idée de l’impact économique d’une action politique qui bloque maintenant le pays depuis de trop longues semaines. Mais qui va payer ?

Par Olivier Maurice.

La première partie de l’article a été publié ici.

Le calcul du poids global de cette grève sur l’économie est somme toute très simple : les services restent. Même si ils ne roulent pas, les trains, les métros ne vont pas disparaître pendant la grève. Donc le coût collectif demeure : le passif d’une entreprise publique est un coût collectif, un coût à la charge de la collectivité, tout comme l’actif est un service public, un service offert à la collectivité.

Le mythe du service collectif gratuit

Le coût collectif est certes légèrement impacté, car les coûts d’entretien des services publics non utilisés diminuent légèrement en cas de non utilisation, mais les coûts directs (qui diminuent avec la diminution d’activité) ne représentent qu’une infime partie des coûts totaux, ceux-ci sont en très grande partie constitués des coûts d’exploitation (le but d’une entreprise publique n’est pas commercial, elle n’est donc pas censée acheter et revendre en faisant de la marge au passage) et les coûts d’exploitation restent à la charge de la collectivité : l’entretien de la « machine » RATP ou SNCF reste, que les revenus soient là ou pas.

Ce petit tableau permettra à ceux qui sont peu familiers avec ces notions comptables de comprendre les termes utilisés dans le paragraphe précédent. On distingue dans le compte de résultats d’une entreprise, les revenus, les coûts directs liés à l’exploitation commerciale (l’achat de marchandises destinées à être revendues) et les coûts indirects ou coûts d’exploitation qui ne sont pas liés à l’achat-revente.

C’est d’ailleurs l’argument massue des farouches partisans de l’économie publique : les entreprises publiques ne sont pas supposées « faire de la marge » sur le dos des usagers… C’est le mythe du service gratuit, un service qui ne coûterait rien ou tout du moins jamais plus que son coût d’exploitation.

La pénurie érigée en système

On voit ici toute la beauté économique de ce système de monopole étatique dont l’équilibre est somme toute assez simple : comme les contribuables sont à la fois les clients et les actionnaires de l’entreprise et comme leur contribution est forcée et obligatoire, les comptes de l’entreprise ne peuvent s’équilibrer qu’en piochant dans leurs poches, ou en piochant dans les poches de leurs enfants via les dettes qui devront être remboursées plus tard, vu que ce ne peut pas être la marge, la valeur ajoutée produite, la richesse produite : celle-ci étant par définition absente.

Les entreprises publiques ne créant pas de richesse, elles ne permettent pas de générer des prix margés, c’est-à-dire supérieurs au prix de revient mais qui constituent un « juste prix » car l’échange se fait en contrepartie d’autres biens dont les prix sont eux aussi margés.

C’est cette généralisation des prix margés à l’ensemble de l’économie qui permet de créér de la richesse, puis de la croissance. La marge collectée par des ventes devant d’une façon ou d’une autre être dépensée et réinjectée dans l’économie, par des achats de consommation ou d’investissement ou dans l’épargne.

Mais en France, année après année, ce mécanisme a été détourné, interdit, réglementé, monopolisé.

Par choix idéologiques sous l’influence des divers fanatiques de la vision marxiste de l’économie, mais surtout par choix démagogiques et clientélistes, parce que la captation de la plus-value par l’État permet de renforcer le mythe du service gratuit distribué par le pusillanime pouvoir politique ; et sans doute également par l’arrogance de pouvoir publics et administratifs se sentant chargés de la mission divine d’organiser et de codifier la vie des gens.

L’État français est devenu un champion dans la mise en place des mécanismes permettant de diminuer la répartition de la richesse et d’appauvrir la population : soit en créant des monopoles de services publics ne générant aucune plus-value, soit en captant la plus-value par les taxes indirectes, soit enfin en la capturant par les divers impôts sur les revenus et les bénéfices.

Pire qu’une non-réforme

Mais cette économie de pénurie est extrêmement fragile, le moindre défaut se répercute immédiatement aux acteurs d’un même secteur ayant des liens économiques les uns avec les autres (comme le lien existant entre hôtels-restaurants et trains) car il n’y a rien, aucune marge, aucune réserve, pour amortir les crises, car il n’y a aucune richesse distribuée dans la population, aucun amortisseur en cas de défaut.

Notez que l’on pourrait faire exactement le même argumentaire en évoquant la réforme des retraites : la loi en préparation par le gouvernement n’a en effet aucun autre but que de renforcer la collectivisation dans un système de retraite universel, en le généralisant et en le centralisant et en réduisant au maximum les « surcoûts » c’est-à-dire en faisant la chasse à la plus-value.

Elle va plonger encore davantage le pays dans cette économie de pénurie et donc augmenter la pression sur les contribuables et les risques de crises comme celles que nous subissions actuellement et régulièrement avec la SNCF et la RATP. Réfléchissez deux secondes à l’immense pouvoir de pression dont disposeront à l’issue de la réforme les syndicats, fonctionnaires et autres lobbies qui prendront le contrôle du fonctionnement de la caisse de retraite universelle… Réfléchissez à la fragilité d’un système financier qui ne dispose d’aucune réserve, d’aucune épargne, d’aucune marge de manœuvre…

La mise en place de cette non-réforme va coûter cher à l’économie française dans l’immédiat. Mais elle coûtera encore plus cher dans le futur, parce qu’elle ne propose rien d’autre que de fragiliser encore plus l’économie du pays et de réduire une fois pour toute à zéro la création et la diffusion de richesse dans un secteur entier de l’économie (les retraites représentent entre 12 % et 15 % du PIB).

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