En finir avec les déficits publics, il faut laisser les Français choisir librement

500 Euro by Peter Linke (CC0 1.0) — Peter Linke, CC0

Pour en finir avec les déficits publics beaucoup croient qu’il faut d’abord baisser les dépenses puis réduire les impôts. C’est une erreur. Que faut-il donc faire ?

Par Patrick de Casanove1.

Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.

Cette mention est obligatoire sur toute publicité pour le crédit depuis l’adoption de la loi Lagarde du 1er juillet 2010.

Elle devrait être inscrite dans chaque pièce de l’Élysée, du Sénat et de l’Assemblée nationale, ainsi que sur chaque proposition de loi. Chaque politicien devrait l’avoir toujours en tête.

Apparemment ce n’est pas le cas, ou bien ils ne se l’appliquent pas conformément à la formule  » Faites ce que je dis ne regardez pas ce que je fais ». En effet, à peine élus, leur première décision est de fuir dans la dette et le déficit.

Plus de 40 années de budgets déficitaires

Tous les budgets sont déficitaires depuis 1974.

Depuis cette date chaque gouvernement a choisi le déficit et l’emprunt :

– Pour les dépenses d’investissement et de fonctionnement

La prévision du solde budgétaire 2020 est de -93,1 milliards d’euros. Autrement dit le budget est voté avec la justice (8,2), la défense (40,9), la sécurité (13,9) et la recherche et l’enseignement supérieurs (28,5) non financés.

– Pour rembourser les crédits

François Ecalle nous rappelle dans le compte-rendu de sa conférence, que vous pourrez lire sur notre site :

Mais il ne faut pas oublier que, en France, l’État rembourse ses dettes en réempruntant simultanément le même montant. Il emprunte en moyenne sur 8 ans et aucun économiste ne peut garantir que les taux d’intérêt seront aussi faibles dans 8 ans quand il faudra réemprunter pour rembourser les emprunts actuels

Ce qui s’appelle de la cavalerie.

Les taux d’intérêts négatifs, l’inondation monétaire n’incitent pas à la vertu.

La réduction de l’endettement passe par l’excédent budgétaire.

Treize pays européens y sont parvenus en 2018. Rares sont ceux qui pensent que la France peut y arriver. La plupart se cantonne à vouloir limiter le déficit public en dessous des 3 % du PIB, ce qui est un des critères du traité de Maastricht.

Bien que laxiste, cet objectif est devenu pour beaucoup de Français, résignés au déficit, le nec plus ultra de la bonne gestion des deniers publics.

Réduire la charge fiscale en priorité

Pour améliorer les finances publiques beaucoup croient qu’il faut d’abord baisser les dépenses puis réduire les impôts.

C’est une erreur. Que faut-il donc faire ?

Voici ma pensée. Je la formule dans toute sa naïveté, au risque de faire dresser les cheveux sur la tête à tous les financiers et praticiens.
Diminuer les impôts, diminuer les dépenses dans une proportion plus forte encore.
Et, pour revêtir cette pensée financière de sa formule politique, j’ajoute : Liberté au dedans, Paix au dehors.  Frédéric Bastiat, Paix et liberté le budget républicain (1849)

Il faut s’attaquer à la racine des maux de notre pays qui est la spoliation légale. Chronologiquement, la redistribution vient après la prédation. L’État ne peut redistribuer que ce qu’il a confisqué.

Il faut d’abord s’attaquer à la prédation. La baisse première des prélèvements obligatoires ne peut qu’entraîner la baisse simultanée des dépenses publiques.

La source de la spoliation légale étant tarie, bien des secteurs ne seront plus financés par l’État, en totalité ou en partie.

Chaque dépense, aujourd’hui publique, sera rediscutée. La décision à prendre pour réussir à réduire les prélèvements obligatoires et la dépense publique est donc de définir précisément quels sont les rôles des individus et de l’État.

Les politiciens refusant de s’atteler à la tâche, ou n’ayant pas réussi, ce sont les Français qui choisiront directement qui fait quoi.

La fonction publique, la fonction privée ont toutes deux en vue notre avantage. Mais leurs services diffèrent en ceci, que nous subissons forcément les uns et agréons volontairement les autres ; d’où il suit qu’il n’est raisonnable de ne confier à la première que ce que la seconde ne peut absolument pas accomplir. Frédéric Bastiat Profession de foi électorale (1846).

Ils en auront les moyens car la diminution de la prédation implique que chaque Français dispose de l’intégralité de ses revenus.

La grande manipulation consiste à faire croire que si l’État ne le fait pas ce ne sera pas fait.

Le Socialisme, comme la vieille politique d’où il émane, confond le Gouvernement et la Société. C’est pourquoi, chaque fois que nous ne voulons pas qu’une chose soit faite par le Gouvernement, il en conclut que nous ne voulons pas que cette chose soit faite du tout. Nous repoussons l’instruction par l’État ; donc nous ne voulons pas d’instruction. Nous repoussons une religion d’État ; donc nous ne voulons pas de religion. Nous repoussons l’égalisation par l’État ; donc nous ne voulons pas d’égalité, etc. C’est comme s’il nous accusait de ne vouloir pas que les hommes mangent, parce que nous repoussons la culture du blé par l’État. La Loi (1850)

Concurrence et liberté de choix individuel

Si un service est indispensable il faudra qu’il soit rendu. Si ce service n’est plus financé via la spoliation légale, il ne disparaîtra pas à condition qu’il soit réellement utile.

Pour le savoir il faut l’ouvrir à la concurrence de services privés équivalents. Il appartiendra donc aux particuliers de s’approprier les services à rendre à leurs concitoyens.

Les Français seront libres de choisir, d’acheter ou non, un service auprès du prestataire de leur choix. C’est là le véritable pouvoir d’achat.

Cette stratégie de baisse des prélèvements obligatoires libère les incitations productives. Les individus recouvrent la liberté d’user de leur propriété comme ils l’entendent.

C’est la liberté économique qui stimule les innovations, engendre croissance et prospérité, facilitant grandement les transitions et les reconversions.

Les individus sont responsables et s’ils perdent, ils supportent les conséquences de leurs erreurs. Cela élimine les immenses gaspillages liés au mal investissement. Par exemple Too big to fail n’existe pas dans ces conditions.

Dans le mal-investissement on trouve aussi, entre autres, les dépenses purement politiques qui n’ont d’autre utilité que d’acheter des voix, les services payés plus chers qu’ils ne valent pour satisfaire une clientèle électorale, les dépenses qui aboutissent à la destruction de filières d’excellence telles que le nucléaire ou l’automobile.

Ce système ne reposant plus sur le vol légal est profondément juste. Bien sûr, il convient de ne pas tout mélanger. Il ne crée pas le bonheur, qui est une notion personnelle.

Cela dit, dans une société d’abondance il est possible de choisir l’ascèse. Mais dans une société de disette il n’est pas possible de choisir l’abondance. Sauf à accéder à la nomenklatura.

De même, au sein d’un environnement préservé, il est plus facile de vivre dans une société d’abondance et d’innovations, que dans une société de pénurie. Sauf à accéder à la nomenklatura.

 

À bon entendeur, salut !

  1. Patrick de Casanove est Président du Cercle Frédéric Bastiat
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