3 livres pour les amoureux des mots

De l’importance du choix des mots et de la justesse de l’expression : voici trois livres à offrir ou à s’offrir pour passer d’agréables moments.

Par Johan Rivalland.

Bien s’exprimer est important. Pas seulement pour tirer plaisir et satisfaction des subtilités de la langue, mais surtout pour éviter les malentendus liés à l’imprécision ou aux erreurs dans le choix des mots.

Ou encore pour savoir recourir aux nuances, afin d’exprimer avec le plus de justesse possible les idées que l’on entend développer. Et ainsi mieux se faire comprendre. Mais aussi mieux comprendre les autres, puisque le langage sert chaque jour au cours des échanges que nous avons les uns avec les autres.

D’où l’intérêt, outre le plaisir de lecture qu’ils offrent, des ouvrages consacrés à la langue. Je vous en présente ici trois, que j’ai eu l’occasion de lire ces dernières années.

« Le mot juste » de Pierre Jaskarzek

Pour débuter, et non « pour débuter cette présentation » (apparemment incorrect, de même qu’il serait critiquable, j’en avais été surpris, de dire « initier », qui est un anglicisme), il est inutile d’espérer accomplir des progrès « notables » à la lecture de ce recueil, même s’il est « notoire » que l’on confond souvent certains termes avec d’autres ; mais il n’en demeure pas moins que cette lecture s’avère intéressante et riche parfois de quelques surprises.

Il reste ensuite, bien sûr, à mémoriser ce que l’on a appris. Ce qui n’est pas toujours évident.

Ainsi, après avoir eu la fâcheuse tendance à confondre pendant longtemps « amener » (mener avec soi quelqu’un, une personne, un animal) et « apporter » (porter avec soi quelque chose), j’espère désormais utiliser chacun de ces deux verbes à bon escient. Il est vrai que j’en reste bourrelé de remords (et non « bourré de remords », qui est une autre faute que l’on commet communément ; de même que j’aurais plutôt parlé d’un événement « biannuel », au lieu de « bisannuel », qui seul est correct).

Il n’est pas évident non plus de préférer le terme « attrayant » à « attractif », anglicisme devenu répandu dans le domaine commercial, Pierre Jaskarzec discutant ici de la distinction entre les deux, ainsi qu’entre « coordinateur » et « coordonnateur », même si ce dernier a apparemment la préférence des puristes, ce qui ne me laisse pas insensible, bien que cependant je n’apprécie guère, à l’inverse, les francisations telles « courriel », pourtant recommandé par les amoureux de la francophonie.

Ne parlons même pas de cet horrible « mercatique », en lieu et place de « marketing », que de nombreux professeurs se sentent obligés d’employer par peur de la réprimande.

J’aurais aimé évoquer d’autres exemples, à l’image de la « dentition », que l’on a fini par assimiler, par usage, à la « denture », mais le problème qui se pose maintenant clairement est le suivant : devrai-je consentir une « coupe claire » ou une « coupe sombre » si cette présentation est trop longue ? Je ne « suis pas sans savoir » que dans le cas contraire vous risqueriez de vous détourner de la présente lecture.

On peut, en tout état de cause, retenir que beaucoup d’usages sont issus d’influences de l’anglais, dont certains mots font penser à des mots français qui semblent s’en approcher (voir, par exemple, « un magasin entièrement dédié à la basket », utilisé en lieu et place de « consacré », « dédié » ayant un autre sens).

Notons, enfin, la présence d’un petit lexique très intéressant en fin d’ouvrage, permettant de bien distinguer, se remémorer ou vérifier le sens de certaines notions, telles que « néologisme », « locution », « pléonasme », « solécisme », etc.

Très intéressant, certainement, au-delà de tout un chacun, pour des lycéens qui s’apprêtent à passer le baccalauréat de français ou pour des étudiants qui veulent éviter les fautes de langage usuelles.

Au total, un petit recueil de bonne facture, bien au-delà de sa maigre taille et de son modeste prix. Vous ne vous en trouverez pas « mystifié » (voir page 50 ou dans tout bon dictionnaire).

  • Pierre Jaskarzec, Le mot juste, Librio,  juillet 2006, 93 pages.

 

« Les fautes de français ? Plus jamais ! » de Julien Lepers

Julien Lepers commence cet ouvrage par un mea culpa, reconnaissant avoir commis moult fautes de français tout au long de sa carrière télévisuelle, au sujet desquelles il a reçu de nombreux courriers (dont certains émaillent, de manière souvent humoristique et dans tout leur caractère brut, cet ouvrage).

Mais il admet aussi, de manière fort louable, vouloir réagir à cet état de fait en cherchant à s’améliorer. Pas facile, cependant, de se conformer à ce qui doit être.

Ainsi des « lettres à taire », qui font l’objet d’un court chapitre. Je ne me verrais pas, en effet, prononcer « un donteur » pour un dompteur, un « chétel » pour un cheptel, un « cheni » pour un chenil, ou encore une « encognure » pour une encoignure, de peur que l’on pense que je ne sais pas parler correctement ou serais « précieux », même si je sais désormais que c’est ainsi que nous devrions les prononcer.

Pas plus que je n’oserais parler du mois « d’où » (août), en consultant mon « almana » (almanach). Et que dire de la « gajure » (gageure) ou de la « jôle » (géôle) ?

À l’inverse,nous devrions dire « nous ar-gu-ons » pour « arguons » ou prononcer « cou-o-ta » pour « quota », ou encore « kin-coua-génaire » pour un quinquagénaire.

De quoi en perdre son latin !

Au moins une source de consolation dans cette histoire : tandis qu’il faut prononcer « aigu-i-ser » pour « aiguiser », on prononce bien « ju-ain » pour « juin ». Israël se prononce « Issraël », et non « Izraël ». J’en suis « abazourdi » (« abasourdi », que je continue stupidement à mal prononcer, de peur qu’on croit que j’ai un cheveu sur la langue).

Quant à sweatshirt, il se prononce comme suit : « swêt-shirt ». Roosevelt se dit « Rosevelt ». Smash et squash se prononcent sans aucun « t » (tant pis si ça fâche, mais j’ai peur de paraître plus vieux que je le suis si je les prononce correctement). Tagliatelle se dit « taliatelle » et, le plus triste (de mon point de vue), fuchsia (dont j’aime tant le mot, aussi bien que la couleur) doit hélas se prononcer « fuxia » (plein de regrets, j’essaie, depuis, mais en précisant bien la chose).

Ce ne sont là, naturellement que quelques exemples évocateurs de la nature de l’ouvrage.

Mais je ne saurais le passer en revue dans son intégralité. C’est d’ailleurs impossible (qui, paraît-il, ne serait pas français), même si je l’ai lu avec intérêt dans son intégralité. Ce qui est agréable, est que l’on peut lire quelques pages de temps en temps, à tout moment, pour s’accorder quelques moments de détente (celle-ci étant bien assurée, qui plus est, par l’humour et la spontanéité si spécifiques à Julien Lepers).

Un livre qui, à la fois, ne se veut pas trop au sérieux, tout en abordant le contenu de manière sérieuse.

 

« Les mots face à l’histoire » de Sonia Darthou

Ce petit recueil passionnant et instructif est composé de quatre parties :

– Les mots du politique (eugénisme, démocratie, prolétaire, une mesure draconienne, Europe, dictateur, un ordre impérieux, etc.), partie qui m’a probablement le plus intéressé.

– Autour des sens (érotisme, nostalgie, stoïque, triomphe, Pygmalion, laconique, égérie, etc.). Passionnant.

– Les mots de l’altérité (méduser, hypocrite, mystère, les enfers, hermaphrodite, barbare, arachnéen, etc.). Instructif.

– Explorer nos expressions (succomber au chant des sirènes, être le sosie de quelqu’un, ouvrir la boîte de Pandore, se perdre dans un dédale, organiser un symposium, toucher le pactole, etc.). Stimulant.

Chacun des 50 mots ou expressions nous renvoie à un passage de la mythologie ou à une origine historique antique.

Traité de fort belle manière par une spécialiste d’histoire ancienne, Sonia Darthou, et très abordable à tous, chaque mot est développé en à peine deux petites pages, ce qui rend la lecture agréable et non ennuyeuse, le tout dans un style à la fois simple et plein d’intelligence.

À chaque fois, le mot ou l’expression connu part du sens actuel pour être replacé dans le contexte de ses origines, mais aussi dans les évolutions de sens qu’il a pu éventuellement connaître à travers l’Histoire.

C’est à la fois captivant, vivant, plein de fraîcheur et très instructif pour connaître l’origine de certains mots de notre langage et mieux en percevoir toute la profondeur.
J’y ai également retrouvé de nombreuses références lues dans le très intéressant Apprendre à vivre : Tome 2, La sagesse des mythes, de Luc Ferry, qui avait constitué pour moi une première approche de la mythologie gréco-romaine.

Un recueil à savourer lentement, à tout âge, à tout niveau. Fabuleux.

 

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