Cachez ces mots qui nomment la réalité

À force de bannir certains mots des discours officiels, ou de pervertir leur sens, on valide la restriction de la liberté d’expression.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
3 singes sages credits Andre Mancini (licence creative commons)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Cachez ces mots qui nomment la réalité

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 14 janvier 2015
- A +

Par Phoebe Ann Moses.

3 singes sages credits Andre Mancini (licence creative commons)

« Nous sommes aussi responsables de ce qui est arrivé » (Daniel Cohn-Bendit), « les terroristes c’est nous »… Autant d’affirmations qui courent sur les ondes et les réseaux sociaux, et qui donnent en effet matière à s’interroger.

Car si nous sommes responsables, c’est surtout de ne plus savoir ce que signifient les mots.
« Responsables de ce qui est arrivé » cela veut dire quoi ? On est responsables d’avoir fabriqué des terroristes parce qu’on leur fait la guerre au Mali, parce qu’on n’aide pas assez des pays musulmans (théorie culpabilisante de la gauche et de l’extrême gauche) ? Ou bien responsables parce qu’on a refusé de voir qu’en France l’islamisme augmentait (théorie de la droite et de l’extrême droite) ?

De même, le mot « dégoût » employé par Manuel Valls pour parler de la couverture du Point montrant l’exécution du policier à terre, est-il approprié ? Correspond-il au sentiment qu’on peut éprouver devant la couverture ? Est-ce la photo qui est dégoûtante ou la situation ? Est-ce le choix de la rédaction qui est dégoûtant ou celui qui tire dans la tête d’un homme à terre ? N’a-t-on pas le droit de penser que cet homme est mort dans l’exercice de son métier, et que c’est la réalité qui est montrée pour une fois dans un média ?

Avec le « pas d’amalgame », il ne faut pas non plus parler des « musulmans », au cas où on mélangerait gentils et méchants musulmans ; il ne faut pas dire que des juifs ont été assassinés parce qu’ils étaient juifs, ce serait trop prendre parti pour eux et donc être islamophobe.

Non, en réalité, à vouloir gommer le sens des mots, il est attendu que la réalité se gomme toute seule elle aussi. Le fameux thermomètre que l’on casse. De même qu’enlever les notes à l’école laissera penser que le niveau est moins mauvais (forcément, pas de mesure, pas de mauvais résultat), de même que les morceaux de viande du supermarché n’auront plus d’appellation précise mais des étoiles (décernées par qui au fait ?) qui diront vaguement si « c’est bon », on étouffe le savoir, on lisse la réalité, de manière à ce qu’il n’y ait plus moyen d’exprimer un jugement de valeur sur les choses et les situations. Le meilleur moyen de contrôler, finalement, la pensée du peuple.

En haut lieu on mélange tout : à force d’employer des mots forts qui n’ont plus de rapport avec les situations, on les vide de leur sens. Et prochainement on proposera aux Français de restreindre leurs libertés pour les protéger. La guerre c’est la paix ; l’interdiction c’est la liberté : vous surveiller pour savoir ce que vous dites sur internet permettra aussi de surveiller d’éventuels terroristes ; vous n’avez plus qu’à être d’accord.

On préfère ne pas trop nommer le réel parce qu’en politique, si on veut conserver sa place, il ne faut fâcher personne et contenter tout le monde. Les hommes politiques savent que nommer la réalité la rend tout à coup plus vraie.

C’est exactement le même problème dans les écoles : les enseignants, soit ne savent pas trop quoi penser, soit croient carrément que les élèves d’origine maghrébine sont en droit de penser ce qu’ils veulent. Ce flottement permanent entretenu par des positions idéologiques, a pour conséquence qu’on cède devant les exigences d’élèves mineurs au lieu de faire un cours : on tronque l’Histoire mondiale pour ne pas fâcher des susceptibilités, on laisse rigoler devant un drame car soi-même on n’est pas tout à fait au clair avec ses propres positions, voire on cautionne carrément cette opinion.

La seule solution est d’aiguiser l’esprit critique, d’enseigner le sens des mots, d’apprendre à être attentif aux mots employés, de nommer la réalité. Sinon, comme le goulag ou le camp d’extermination, qui portaient le doux nom de camp de rééducation ou de camp de travail, l’« interdiction » ne sera guère qu’un « encadrement » dans l’indifférence la plus totale.

Voir les commentaires (12)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (12)
  • Bravo pour cet article. Il est à craindre que nos « responsables » (encore un mot vidé de son sens!) ne poussent pas la réflexion jusque là. Dommage, car ce serait nécessaire.

  • […] le doux nom de camp de rééducation ou de camp de travail —> camp de rééducation ET camp de travail !

    Les Soviétiques s’étaient, en effet, engagé dans la voie de la « Rééducation-Refonte » de ses citoyens – opposants réels ou supposés… – en les enfermant dans les camps de concentration alors nommés « Camps de Redressement par le Travail » (ITL).

  • Le sens des mots est important, mais encore faut-il qu’il soit juste. Si je dis que les roux sont responsables de la misère (je prend aucun risque la normalement, il n’y a pas encore de front des roux réunis), et que je clame mon droit de le dire, et qu’il ne faut pas cacher la réalité, c’est cool j’utilise mon droit a utiliser le sens des mots…. mais c’est faux car non fondé et non sourcer.
    Qu’on dise ce que l’on veut, pourvu qu’on apporte un minimum de contenu, sans lancer des phrases vides de sens et sans aucun fond, comme c’est fait en France par les partis politiques par exemple et par certains commentaires sur internet ou ailleurs et ici meme par certains lecteurs.

    Dans l’affaire Charlie Hebdo par exemple, les enfants qui ne veulent pas se soumettre à la minute de silence sont coupables immédiatement d’apologie de terrorisme… et donc on leur retire le droit d’avoir une opinion, de penser « qu’ils l’ont bien chercher », ou meme de dire « c’est pas une minute de silence qui les fera revenir »,… bref on nie leur possibilité d’avoir un avis, une opinion. Je n’ai, en tant qu’adulte, ni marquer sur une pancarte « je suis charlie », je n’ai pas été manifester, je n’ai respecter aucune minute de silence,… et j’ai pleins de raison, je suis donc un apprenti terroriste ? Le sens des mots s’appliquent a tous, sans distinction.

    Mais non, il faut moraliser cette société, j’ai pu voir 2 enfants qui avaient eu des cauchemars la nuit, suite à l’explication des maitres (une en maternelle et une en primaire) » qu’un terroriste assasin avait achevé des gentils journalistes contre la liberté d’expression »… si un maitre avait fait pleurer mes enfants je pense qu’il aurait fini avec une tarte dans la tronche… la moralisation d’enfants de 5 ans, voila a quoi on en est arrivé… laissez mes enfants tranquille, et laissez moi penser et transmettre a mes enfants les valeurs que je veux, sans me qualifier.

    Mais voila le sens des mots sans fond ou la moralisation socialiste c’est la meme chose, un truc a creation de conflit. Si vous argumentez, vous apporter du fond alors l’évidence sera la, mais non le peuple mouton se fou royalement du fond, pourvu que la forme fasse « bling »…

    • Dans l’affaire Charlie Hebdo par exemple, les enfants qui ne veulent pas se soumettre à la minute de silence sont coupables immédiatement d’apologie de terrorisme…

      Entièrement d’accord avec vous.
      Et pourtant, pour ma part, j’ai participé à cette minute de silence.
      Obligé les gens à se conformer à une attitude n’est pas respecter leur liberté d’en avoir une autre, et parfois tout aussi digne. J’ai entendu des réactions violentes contre des joueurs de football professionnels qui n’avaient pas arboré un t-shirt « Je suis Charlie » lors de la phase d’échauffement de leur équipe avant un match. Consternant. On a l’impression que pour dénoncer l’intolérance, pour défendre la liberté d’expression, il FAUT devenir totalitaire : penser, s’habiller, acheter comme tout le monde.

  • Je trouve certains mots de cet articles choquants j’ai été heurté dans ma singularité personnelle moi même.

    D’ailleurs qu’attendre de quelqu’un qui refuse l’obligation légale je dirais même plus obligatoire (Sauf ceux qui en sont exempté dont la liste paraîtra au journal officiel quand le décret d’application aura été signé de la personne en charge qui doigt être nommée une fois que la commission chargée d’attribuer lesdites charges aura été formée); obligation légale de mettre « e » à la fin de professeur (Phoebe c’est pas féminin? Oui je sais le cas du mot féminin, avec celui de « masculin » est en examen par la commission suce nommée).

    Cela étant je suis pour la liberté d’expression comme tout le monde.

    Comme tout le monde?

    Oui enfin la liberté d’expression, sauf les mots expressions, idées, commentaires, allusion, choquantes (Je mets au féminin comme ça on ne pourra pas dire que j’ai fait primer l’accord avec le genre masculin, ce qui est en voie d’interdiction également).

  • Effectivement les socialistes particulièrement ont une capacité de résilience idéologique si ce n’est égale ou supérieur à celle des terroristes …LOL

  • D’autant plus exact que vu ma situation personnelle évoquée dans mon nouveau pseudo, j’avais l’impression plus que désagréable de faire partie des bannis dont « le doigt montre la lune »… Pardon, désolé ! J’ai dérapé, je recommencerai plus, je me rétracte, je rectifie : « de l’extension de ma main montrant le satellite éclairé la nuit par l’étoile qui brille ».

    Ouf, j’ai failli être censuré pour blasphème.

    • Avec sa double nationalité, la Ministre de la rue de Grenelle « nage » le100 mètres entre le Ministère de l’Éducation Nationale et la cité du Commandeur des Croyants. Qui doit-on croire ? Docteure Jekyll ou Mrs Hyde ? Pour l’instant on est sur la rive Europe.

  • il faut simplement exiger la clarté.

    5 millions de personnes avec une pancarte je suis Charlie..c’est à dire??

    Tiens ce midi gobé au vol à la télévision, un zozo est « accusé d’avoir eu des contacts avec les terroristes » …On est désormais accusé de choses…dont on ignore aussi le sens, accusé de djihadisme, d’islamisme…

    On doit aussi rappeler les pudeurs sue les photos de dsk après son inculpation aux usa…fallait il montrer sa bobine?
    là encore peut importe q n’importe quel quidam peut passer à la télévision..si il est simplement soupçonné ou entendu par la police ..5 millions de personnes pour défendre la liberté d’expression et le lendemain des gens sont arrêtés pour avoir osé une opinion choquante..

    quand des écolo accusent des agriculteurs d’être des assassins ce n’est pas une incitation à la haine..pas des propos diffamatoires ça; quand on vous accuse de tuer la planète!!!

    oh ça m’énerve désolé …un torrent de conneries me revient en mémoire.

  • il faut en finir avec la repentance et la culpabilisation occidentale. cette culpabilisation de l’occident est en partie responsable du terrorisme islamique. « « Nous sommes aussi responsables de ce qui est arrivé » (Daniel Cohn-Bendit) » en effet, la gauche a clairement sa part de responsabilité dans le terrorisme islamique avec sa culpabilisation de l’occident et sa haine anti israélienne sans oublié son laxisme et son antiracisme. la gauche pendant longtemps a eu de la sympathie pour les terroristes palestiniens et d’extrême gauche. il est quand même scandaleux qu’aujourd’hui, on ne peut pas dénoncer l’islam radical sans être considéré comme islamophobe. bcp de gauchistes sont christianophobes et certains sont antisémites (bien sûr, ils se cachent derrirère l’antisionnisme) et cela est tout à fait acceptable mais c’est scandaleux de ne pas aimer l’islam (quand on voit le mépris affiché par certains musulmans envers les non musulmans, il y a des raisons de ne pas aimer l’islam) . il ne faut pas faire des amalgames mais il faut être réalistes. regardez la situation des non musulmans dans les pays à majorité musulmane. partiquement tous les pays musulmans persécutent les minorités religieuses, les homosexuels,…..

  • Mon post d’ hier effacé , censuré ? bizarre et intéressant à bientot quand meme Contrepoints pour l’ instant

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Robby Soave. Un article de Reason

 

L'année dernière, la comédie originale de Dave Chappelle, The Closer, a suscité l'ire de la communauté des activistes transgenres, et Netflix est devenu la cible de protestations. Ted Sarandos, co-PDG du géant du streaming, a d'abord défendu le droit de Chappelle à créer des comédies offensantes, mais il est revenu quelque peu sur ses commentaires dans le but d'apaiser "un groupe d'employés qui ressentaient certainement de la douleur et de la souffrance."

Il était donc diffic... Poursuivre la lecture

Les censeurs du monde entier retiennent leur souffle : Elon Musk a suspendu temporairement l’accord de rachat de Twitter, occasionnant une plongée en bourse de la célèbre entreprise à l’oiseau bleu. Avant de l'acquérir, le milliardaire voudrait évaluer le nombre de faux comptes et de spam sur le réseau, que ses administrateurs estiment à environ 5 %.

Elon Musk a bien précisé qu’il avait toujours l’intention de reprendre Twitter pour en faire une véritable zone de libre expression, au grand dam d’une improbable coalition de progressiste... Poursuivre la lecture

On remarquera que le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, dans ce bref entretien, où il n’est question que d’ajouter 1 h 30 d’enseignement scientifique aux élèves dont ce n’est pas un «  enseignement de spécialité », doit à la fois se référer aux paroles du président de la République et au Conseil supérieur des programmes qui a élaboré un « projet pour un nouveau programme de mathématiques » à la rentrée 2022 :

🎙️ @jmblanquer : "Nous allons mettre plus de mathématiques dans le tronc commun. 3h30... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles