Jacqueline de Romilly : « Dans le jardin des mots » (2007)

Publié Par Johan Rivalland, le dans Lecture

Par Johan Rivalland.

Jacqueline de Romilly est un très grand auteur (dans la préface de ce recueil, André Giovanni indique d’ailleurs avoir placé celui-ci à côté des Essais de Montaigne, dans sa bibliothèque), un auteur qui est un grand défenseur de notre langue et méritait bien, à ce titre, sa place à l’Académie française.

Dans sa préface, le directeur de la revue Santé magazine cite ainsi Jacqueline de Romilly qui, dans un précédent ouvrage écrivait la chose suivante :

« Savoir réfléchir par soi-même et s’exprimer exactement, savoir éviter les duperies de la propagande et les malentendus avec autrui, savoir raisonner et prévoir, n’est-ce pas la suprême liberté ? »

Idée qui ne me laisse pas insensible..

Jacqueline de Romilly, la passion de la langue française

Ainsi, à travers ce rassemblement de ses chroniques parues dans Santé Magazine, regroupées d’ailleurs ici sous un fort joli titre, Jacqueline de Romilly nous fait partager son amour et sa passion pour la langue française.

Recherchant non seulement l’origine, l’étymologie et le sens exact des mots, elle s’intéresse également à leur évolution dans le temps, reflet de notre histoire et de notre pensée, tout en débusquant et écartant ceux qui ne sont qu’ « inventions inutiles et pédantes, qui ne sont en réalité que des fautes portées par une mode souvent précaire ».

Se référant ainsi à toutes ces expressions détournées qui constituent ce que l’on appelle souvent aujourd’hui le politiquement correct, Jacqueline de Romilly écrit, page 14 :

« Le pédantisme est, en général, le paravent de l’ignorance ou de l’imprécision dans la pensée »

Le problème de l’ignorance, encore un sujet qui ne me laisse pas insensible

Jacqueline de Romilly, l’amour du sens des mots

Avec beaucoup d’esprit, d’humour et de sens de la nuance, la célèbre académicienne nous amène, chronique après chronique, à réfléchir au sens des mots et éviter les contresens, tout en réfléchissant aux dérives de la forme (erreurs ou absences de liaisons, oubli de négations, abréviations du langage courant, verbiages exclamatifs, etc.), avec une fraîcheur toujours renouvelée, qui nous tient en haleine, dans une grande leçon de réflexion et d’introspection sur nous-mêmes, notre langage et ce qu’il peut révéler.

Toujours avec simplicité, mais un grand sens de l’observation. Une simplicité qui n’en est que plus efficace, comme le montre l’auteur (« N’en rajoutez pas ! », page 42), tout en ne négligeant jamais l’élégance de la langue.

Un ouvrage vraiment savoureux, ou somptueux (les deux sont également vrais). Et dont je conseille ardemment la lecture à ceux qui veulent entrer dans ce jardin ouvert à tous et partager les bons fruits qui s’y trouvent.

Une lecture utile à une époque où on nous parle de plus en plus mal et où la « destruction du langage » (nous y reviendrons)  joue un rôle non négligeable dans l’interprétation que l’on peut avoir du monde.