Mélenchon ou la politique de la nostalgie

Jean-Luc Mélenchon by Prachatai (CC BY-NC-ND 2.0) — Prachatai, CC-BY

Figure emblématique du paysage politique français, Mélenchon n’est pas seulement un leader politique. Il est aussi, et avec un certain panache romanesque, le défenseur d’une population disparue.

Par Claude Robert.

Il y a longtemps que le communisme ne fait plus rêver, il y a même longtemps que l’économie de marché et la libre entreprise sont plébiscitées un peu partout sur la planète.

Sauf en France bien sûr, pays dans lequel la nostalgie marxiste imbibe de nombreuses cervelles1, et pas seulement chez les journalistes et les enseignants.

Tels des saprophytes pestilentiels qui se nourrissent sur cette nostalgie ailleurs combattue, plusieurs leaders politiques tentent chez nous de maintenir la flamme. Jean-Luc Mélenchon fait partie de ceux-là, capable contre vents et marées de se livrer à une propagande d’un autre âge. Il est vrai que l’individu bénéficie d’une tribune médiatique qui ne se dément pas, y compris lorsqu’il défend le régime d’Hugo Chavez et de son héritier Nicolas Maduro !

Rien de surprenant quand on sait la proportion de journalistes qui partagent cette nostalgie, ou qui lui manifestent une bienveillance toute dévouée…

Annus horribilis à La France Insoumise

Cela étant dit, tout n’est pas rose pour le leader de LFI, parti dont le logo symbolise à la fois la violence et la provocation. Le poing fermé, la voix haute, les déclarations tonitruantes, tout cela ne suffit plus lorsque par ailleurs l’actualité sociale est saturée par les Gilets jaunes et les syndicats de fonctionnaires (SNCF, RATP, etc.).

Ainsi que le relate la récente interview de cadres et de militants de LFI (HuffPost 19/12/19), les déboires n’ont pas manqué cette année2 :

Jean-Luc Mélenchon a traversé successivement une déconfiture électorale aux européennes, de multiples dissensions internes au sein de son parti et une condamnation judiciaire pour rébellion et intimidation.

Qu’à cela ne tienne, avec une telle concurrence protestataire, resserrer les rangs et repartir au combat devient un réflexe de survie. Et la soi-disant réforme des retraites n’en fournit-elle pas l’occasion rêvée ?

Les retraites pour se refaire une santé

Pas plus tard que ce mercredi 18 décembre, Mélenchon a donc réuni ses troupes afin de les galvaniser autour de promesses dont lui seul a le secret :

pour financer la revalorisation des pensions, « on va augmenter les cotisations et augmenter les salaires plus que les cotisations, et vous ne sentirez rien passer », a promis le patron des députés LFI, qui prône aussi l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisations. (HuffPost 19/12/19).

Comment en effet ramener l’âge de départ légal à la retraite à 60 ans tout en exigeant 40 ans de cotisations ? Faudra-t-il cotiser dès l’âge de 20 ans ou travailler plus longtemps ? Et comment augmenter plus vite les salaires que les cotisations si l’économie poursuit son déclin et que la part des actifs dans la population ne cesse en conséquence de se réduire ? Faudra-t-il nationaliser les entreprises pour mettre les salaires sous le contrôle de l’État ?

Encore une fois, tenir des propos hors sol, avancer des mesures qui font fi des réalités socio-économiques, tout cela ne rebute en aucune façon notre Mélenchon national. Sa gouaille inimitable, ses indignations sélectives et ses raisonnements paranoïaques-simplistes entretiennent au contraire le mythe.

Véritable image d’Epinal qui traverse les âges, sorte de Kremlin sous cloche qu’il suffit de secouer pour faire revenir la neige, le leader de LFI constitue l’une des figures emblématique de la culture française. Elle en exprime tellement bien l’irréalisme économique, l’asservissement idéologique, en un mot, l’incompréhension du monde concurrentiel contemporain…

Le discours figé de Mélenchon sur la lutte des classes

Au-delà de l’aspect folklorique, et presque pathétique pour ne pas dire sympathique de sa personne, Mélenchon constitue une espèce de condensé du pathos marxiste hexagonal et des illusions qu’il entraine chez de nombreux citoyens. Si l’on en croit ce pathos, en effet :

  • rien n’aurait évolué depuis les débuts douloureux du capitalisme et du combat syndical ;
  • les blocs de pouvoir s’affrontent aujourd’hui comme ils le faisaient jadis ;
  • la classe dirigeante exploite toujours de façon éhontée les travailleurs en leur dérobant la valeur du travail sans rien apporter en retour ;
  • cette classe dirigeante (le grand capital) se gave sans limite et doit être systématiquement combattue.

Hélas, en niant toute dimension diachronique de l’histoire, et en essayant de faire perdurer ces croyances périmées, Mélenchon ne peut finalement séduire que les populations qui partagent celles-ci.

Surtout, en défendant les intérêts de la classe ouvrière d’une époque révolue, il n’est plus que le porte-parole d’une population à présent disparue. Là sans doute réside le charme paradoxalement romanesque et désuet de ce combat forcément caduc, dans la défense des intérêts d’une classe fantôme, celui de se battre contre des moulins à vent et de perdre son temps.

Sur le web

  1. À la question « pour vous la libre entreprise et l’économie de marché sont-elles le meilleur système pour assurer votre avenir » posée par Globescan en 2005 auprès de nombreux pays de par le monde, un seul pays a répondu « non » à plus de 50 %, la France ! Parmi les meilleurs scores des « oui », on trouvait bien évidemment des pays émergents et d’anciens pays communistes…
  2. Sans oublier les critiques visant Mélenchon lui-même suite à la polémique autour du CRIF.
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