Retraites : le rêve de la CGT conduirait au cauchemar du Venezuela

Philippe Martinez le 14 juin 2016 by Pascal.Vandon(CC BY-ND 2.0)

Tous les leaders syndicaux ou politiques savent que l’avenir est tracé : il faudra maîtriser d’une manière ou d’une autre le financement des retraites. Mais l’opportunité politique est telle qu’ils ne peuvent la laisser passer.

Par Patrick Aulnas.

Il est décidément impossible de revenir à la raison au sujet des retraites.

Que l’on écoute les responsables syndicaux, les leaders de gauche, certains intellectuels signataires d’un soutien au mouvement de grève ou simplement les interviews micro-trottoir, on reste confondu par le niveau de la manipulation politique. Tout ce beau monde semble penser qu’il suffit d’une volonté politique pour faire le bonheur du peuple.

Toute personne raisonnable sait pourtant que la politique est régie par les émotions, cherche à utiliser le rêve d’un futur édénique pour capter l’électorat. Nos politiciens nous mènent par le bout du nez avec des promesses. Exonérons cependant la jeunesse. Elle doit croire. Bien sûr, il vaut mieux croire à autre chose qu’à la politique. Mais la jeunesse a droit à l’erreur, contrairement aux personnes d’âge mûr et aux seniors qui défilent.

 

Prévisions démographiques et économiques contre manipulation politique

Que l’on soit favorable ou non au principe de la retraite par points, il existe des certitudes élémentaires. L’OCDE nous renseigne très simplement à ce sujet.

En France, dans les années 1950, on dénombrait 5 actifs pour un retraité. En 2010, ce ratio est de 3,5. Il sera égal à 2 à partir de 2040.

Tout le monde peut donc comprendre que, sauf à écraser les actifs sous des cotisations en augmentation constante, les retraites par répartition devront diminuer. Il faudrait une croissance économique à la chinoise pour maintenir leur niveau.

Et tout porte à croire que la croissance restera faible dans les décennies à venir : faible compétitivité internationale de la France, idéologie écologiste visant la décroissance, lourde dette publique et charges salariales élevées. Donc, en moyenne, les retraites par répartition ne pourront rester au niveau actuel. C’est une quasi-certitude. La politique n’y peut absolument rien. C’est l’économie et la démographie qui sont à la manœuvre, avec des prévisions robustes.

Cela n’empêche pas les revendications absurdes. La CGT demande le retour à la retraite à 60 ans à un niveau élevé pour tous. La France rêvée de la CGT est le paradis des vieux. Mais chacun sait que les promesses de paradis politique conduisent directement en enfer. Avec la CGT, une évolution à la vénézuélienne est garantie.

 

Un modèle à revoir

Tous les pays de l’OCDE connaissent un vieillissement de leur population. L’originalité française réside dans le poids des retraites, plus élevé que dans la plupart des pays. L’OCDE le souligne :

En France, les dépenses publiques consacrées à la retraite atteignent 13 % du PIB en 2007. Elles seront de 14 % en 2060. C’est au-dessus de la moyenne des pays de l’Union européenne.

La moyenne européenne est de 10 %.

Le poids des dépenses publiques de retraite en France s’explique par le choix du fameux « modèle social français ». La collectivisation est très forte et les choix individuels restreints. L’analyse de l’OCDE est sans ambiguïté :

En moyenne dans les pays de l’OCDE, un peu plus de 60 % des revenus des personnes âgées proviennent de transferts publics. En France, c’est plus de 85 %.

La France est le pays de l’OCDE qui utilise le plus les transferts publics pour assurer un revenu aux personnes âgées. Aux États-Unis, seuls 36 % des retraites proviennent du secteur public, au Canada 41 %, en Grande-Bretagne 49 % et en Allemagne 73 %.

 

La basse politique à la manœuvre

CDQD. La politisation actuelle du problème provient de la gestion étatique du système. Rien d’illogique. Chacun cherche à grappiller un peu plus dans l’immense besace des prélèvements obligatoires, qui d’ailleurs ne suffisent pas, d’où la survie du modèle français par l’endettement.

Tous les leaders syndicaux ou politiques savent que l’avenir est tracé : il faudra maîtriser d’une manière ou d’une autre le financement des retraites. Mais l’opportunité politique est telle qu’ils ne peuvent la laisser passer. Ces gens-là ne défendent pas l’intérêt général, mais se contentent de faire de la politique politicienne.

On répète à satiété dans les médias que si Macron ne réussit pas sa réforme des retraites, il perdra son électorat de droite et ne sera pas réélu en 2022. Voire. Mais nul doute que dans les esprits les plus médiocres de notre univers politique et syndical, cet élément joue un rôle important. Faire échouer Macron, quel rêve pour tous les haineux attirés par le pouvoir !

Il vaudrait mieux rêver de faire réussir la France. Mais là, on ne se bouscule pas.

 

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