Retraites : le grand sophisme

Thinking... By: Marco Raaphorst - CC BY 2.0

OPINION : Messieurs Macron, Philippe, Delevoye, s’il vous plaît, écoutez les Français, écoutez tous les directeurs, tous les Présidents de toutes les caisses de retraites que vous avez consultés.

Par Gérard Maudrux.

70 % des Français soutiennent le mouvement du 5 décembre, et 70 % estiment qu’une réforme des retraites est souhaitable. Cela semble perturber nombre de journalistes et surtout d’élus : comment peut-on à la fois souhaiter la fin des régimes spéciaux et soutenir un mouvement favorable à la défense de ces régimes ?

Ils n’ont rien compris au problème, car le résultat de ces sondages ne le pose pas, mais en donne la solution !

Oui à une réforme

Oui, les Français sont inquiets pour leur retraite, ils comprennent qu’il y a des problèmes et que leurs montant vont diminuer. Oui, les Français en ont assez de ces régimes qui additionnent les privilèges : départs plus tôt, pensions plus élevées, cotisations moindres, non soumis aux aléas de la répartition, financement non par les intéressés, mais par tout le monde,… C’est pour cela que ceux qui veulent une réforme sont largement majoritaires, et ils ont raison.

Non à la réforme

Oui, les Français soutiennent le mouvement du 5 décembre, qui est celui de la défense des privilèges et donc des inégalités, car ils ne veulent pas ce qui est proposé. C’est pour cela que ceux qui défendent le mouvement sont majoritaires, et ils ont raison. Une réforme oui, mais pas la destruction de ce qui existe et qui fonctionne. Non à la suppression de la spécificité de chaque profession. Non à l’étatisation de la retraite, la gestion de celle-ci revenant à l’État au détriment de la gestion par les intéressés.

Voilà ce que veulent clairement dire les sondages, ce que veulent dire les Français à leurs dirigeants, qui n’entendent rien dans cette affaire depuis le premier jour.

La réforme ne règle rien

Avec un peu de recul et sans entrer dans les détails techniques, sous couvert de motifs recevables, cette réforme est un sophisme. Le diagnostic est bon, le traitement une monumentale erreur.

Pourquoi toucher aux régimes qui ne demandaient rien à personne, qui n’appelaient pas de réforme, d’autant plus que celle proposée ne règle rien, n’apporte aucune solution au problème de fond : la répartition et son financement. La seule solution proposée, l’allongement de la durée de cotisation, est étriquée, tout le monde l’a utilisée et réutilisée depuis plus de 10 ans.

L’État gestionnaire

Non seulement le problème de fond n’est pas réglé, mais cela va l’aggraver du seul fait de l’étatisation. Tout ce que l’État gère coûte plus cher et fonctionne moins bien. Regardez les services publics qui se dégradent malgré les coûts les plus élevés au monde. La seule amélioration vient de l’informatisation, mais sans diminution des coûts, à l’inverse des entreprises.

Regardez l’Éducation nationale, premier budget de l’État, avec ses résultats de plus en plus mauvais ; bientôt les bacheliers n’auront pas le niveau des brevets d’il y a 50 ans.

Observez les transports, l’efficacité avec laquelle l’État gère ses employés, leurs retraites. Et ils veulent faire maintenant de même avec toutes nos retraites. Demain nos cotisations vont augmenter comme le font les impôts et taxes diverses, pour un service qui diminue.

Voyez comment le secteur social est géré. Plus de un million de cartes vitales de plus que d’habitants, une organisation qui permet 45 milliards de fraudes sociales diverses selon les derniers rapports (à titre de comparaison le budget de la Défense est de 35 milliards, celui de l’Intérieur de 25 milliards et la Justice 7 milliards). Ces 45 milliards combleraient plus que largement les déficits des retraites, mais malheureusement, avec le même gestionnaire, c’est l’inverse qui va se produire.

Pour un régime universel de base

Messieurs Macron, Philippe, Delevoye, s’il vous plaît, écoutez les Français, écoutez tous les directeurs, tous les Présidents de toutes les caisses de retraites que vous avez consultés.

Tous vous disent la même chose. Vous avez réussi l’exploit de faire l’unanimité sur un sujet, performance rare en France, profitez-en au lieu de faire l’inverse et de fâcher tout le monde.

Pour faire quoi ? Faire votre réforme, en l’arrêtant à un plafond de la Sécurité sociale au lieu de trois, créez un grand régime de base universel, et laissez les Français s’organiser par affinités pour les complémentaires. Au lieu de détruire les caisses complémentaires existantes qui ne demandaient rien, créez des caisses pour ceux qui n’en ont pas, les fonctionnaires, la RATP, la SNCF, caisses gérées par les affiliés, dans les mêmes conditions que la majorité des Français.

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