Ouïghours en Chine : le socialisme réel, c’est la persécution des minorités

Soldier at Tian'anmen Square By: Richard Fisher - CC BY 2.0

Les dramatiques révélations sur le sort des Ouïghours permet d’illustrer la naïveté des élites occidentales face à la réalité du socialisme.

Par PA Berryer.

La confirmation des persécutions subies par les Ouïghours n’a malheureusement pas été une surprise. Les communistes chinois emprisonnent les membres de cette minorité turcophone musulmane des confins de la Chine dans des camps de concentration, détruisent leurs lieux de cultes et leurs cimetières, les forcent à consommer du porc et de l’alcool et à renier leur foi.

Si le sort des Ouïghours est particulièrement tragique et attire particulièrement l’attention, le sort des autres minorités est également très précaire et rien n’indique qu’une persécution comparable ne les frappera pas dans le futur. La haine du communisme pour les religions est une composante majeure de son ADN.

En Occident principalement, ces révélations ont entraîné de nombreuses condamnations, tant de la part des gouvernements que de l’intelligentsia de ces pays.

Pourtant réside là une profonde incohérence car cette élite, des intellectuels aux artistes, des professeurs d’université aux millenials, est dans sa grande majorité une fervente défenseure des idéaux socialistes dont le communisme n’est qu’un synonyme.

Ceux qui s’indignent du sort des Ouïghours défendent également l’idéologie à l’origine de ces persécutions ! Alors les cartes ont été bien brouillées, il n’est plus question du Grand soir et de la révolution permettant d’assurer le triomphe du socialisme sur le capitalisme. Plus personne ne défend ouvertement l’application du programme défini par Marx et Engels dans le Manifeste du Parti Communiste ; et d’ailleurs combien de ces millenials l’ont lu ?

Désormais l’accent est mis sur le dépassement du capitalisme, l’effondrement, l’écologie et la défense de la planète, le progrès et le socialisme du XXIe siècle. Il est d’ailleurs symptomatique que deux des principaux candidats démocrates à la présidentielle de 2020 se réfèrent ouvertement à cette idéologie.

La haine du capitalisme

Derrière de beaux slogans, cette dernière cache la haine du capitalisme et de la démocratie libérale, sans doute imparfaits, de nombreuses critiques pouvant leur être adressées.

Mais il est une réalité sans cesse niée par ces petits Lénine à iPhone : ils ont permis la plus grande et plus durable période de prospérité que l’humanité ait connue.

Depuis le XVIIIe siècle, le niveau de vie de la quasi totalité des êtres humains a connu une amélioration inimaginable. Et l’origine de cette prospérité est dénigrée et combattue par ceux-là même qui en vivent le mieux. Les intellectuels et les étudiants contemporains vivent une époque de richesse et de confort sans pareil qui permet de financer de longues études et des postes d’enseignement dont ils bénéficient. Ils sont les premiers à profiter d’un système qui a bénéficié à l’ensemble de l’humanité et ils s’acharnent à vouloir le détruire, le dernier exemple en date ayant été les opérations anti Black Friday menées par ces petits privilégiés.

Il y a de quoi être perplexe sur la raison de ce nihilisme sous filtre Instagram. Comment le socialisme peut-il encore susciter tant d’attraits, de ferveur, alors que le XXe siècle est parsemé d’échecs sanglants sans cesse répétés dans des tentatives de traduction de la promesse socialiste ?

Une nouvelle religion

Une des raisons qui peut être avancée est que, sous ses oripeaux scientifiques, le socialisme n’est pas une théorie pouvant être réfutée dans une démarche rationnelle ; elle est une religion.

L’adhésion au socialisme n’est pas le résultat d’une démarche reposant sur la raison mais une adhésion à une foi. Le drame est qu’il s’agit là d’une religion faussée, ne reposant sur rien. Attention, il n’est pas affirmé que toute religion ne soit qu’une vaste illusion, au contraire, elle repose sur une affirmation positive, par exemple l’amour de Dieu pour les chrétiens, la soumission à Dieu pour les musulmans. La foi socialiste, elle, repose sur le néant et l’échec.

Les théories sur lesquelles elle se fonde se sont toutes révélées fausses comme le matérialisme historique affirmé par Marx, et chaque tentative d’établir un nouveau diocèse n’a conduit qu’à l’échec et à des horreurs sans nom. Horreurs qui perdurent encore, des camps de concentration chinois aux chambres à gaz nord-coréennes.

Si la magie, ou plutôt la mystification, continue d’opérer c’est parce que cette vieille idée a reçu tout au long de son existence, et encore aujourd’hui, un soutien indéfectible de la part d’esprits brillants dévoyant leurs sagesses pour une bien mauvaise cause. Ils ont réussi à dépasser l’échec apparent de la révolution en proposant d’autres pistes.

Un exemple connu est celui de la théorie de Gramsci proposant de détruire le système de l’intérieur en l’infiltrant (solution rêvée par nos révolutionnaires gâtés d’aujourd’hui). Ils ont également cherché à cacher les failles de leur système, le grand rien au cœur du socialisme, sous des montagnes de rhétorique et d’arguments tellement obscurs que la raison ne peut plus les atteindre, comme s’ils s’étaient cachés au fond d’un trou noir où les lois de la physique ne s’appliquent plus. Surtout, ils manient à merveille l’arme de la censure et de l’exclusion.

Pour comprendre leurs théories, il faut d’abord en être convaincu, ou plutôt converti. Quiconque cherche à les questionner de façon trop contradictoire est quelqu’un qui ne veut pas comprendre, qui leur est hostile. Si vous êtes opposé au socialisme alors vous êtes forcément un fasciste, et on ne dialogue pas avec un fasciste. Soit vous faite partie des élus, soit vous êtes au mieux un imbécile, voire un ennemi.

Un sentiment de supériorité morale

L’autre raison qui assure le succès de cette doctrine, qui encore aujourd’hui empoisonne bien des campus universitaires, aux États-Unis comme en France, c’est qu’elle flatte l’ego. C’est être à la fois du côté des opprimés et titulaire d’un savoir extraordinaire, une vérité absolue, non réfutable.

Une vérité tellement forte qu’elle échappe aux contingences de notre monde, et contre laquelle aucun fait ne peut prévaloir. Tout soi-disant échec du socialisme peut s’expliquer, soit par la théorie socialiste, soit par sa mauvaise application ou son dévoiement, ou encore par l’action de traîtres/ennemis (théorie du complot utilisée par Staline entre autres). Le réel ne peut avoir d’emprise sur l’idéal socialiste.

Ainsi, beaucoup de personnes intelligentes succombent aux sirènes du socialisme. Ce dernier leur offre un idéal, ou plutôt une foi, qui flatte leur orgueil tout en les protégeant du réel qui pourrait les mettre face à leurs contradictions. Au fond, le socialisme est un énième avatar des sectes gnostiques qui pullulaient aux premiers siècles du christianisme, confirmant ainsi Chesterton lorsqu’il affirmait :

« Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. »

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