Chine : prélèvements forcés d’organes, un crime ignoré par le monde entier

Surgeon by clement127 (CC BY-NC-ND 2.0) — clement127 , CC-BY

« Le Tribunal conclut avec certitude que le prélèvement forcé d’organes a eu lieu en de multiples endroits de la Chine, et à de multiples occasions pendant une période d’au moins vingt ans et se poursuit encore à ce jour. »

Par Aaron Sarin.
Un article de Quillette

En juin de l’année dernière (2019), le China Tribunal rendait son verdict définitif accompagné d’un rapport de synthèse1. Ce Tribunal est un comité indépendant composé de juristes, d’experts des Droits de l’Homme et d’un chirurgien spécialisé en transplantation, créé pour enquêter sur le prélèvement forcé d’organes en Chine continentale.

Des prélèvements d’organes forcés

Des rumeurs de prélèvements forcés hantent en effet le pays depuis des années, des histoires à dormir debout sur le sort subi par les membres de la religion interdite du Falun Gong mis en garde à vue. Leurs organes, selon ces ouï-dire, seraient prélevés sur leurs corps alors qu’ils sont encore vivants, puis transplantés sur des patients en attente d’une greffe.

Le Tribunal a donc examiné ces propos, élargissant par ailleurs le groupe des victimes de ces pratiques (entre autres) aux musulmans ouïghours, et ses conclusions ont été sans ambiguïté :

sur la base de tous éléments de preuve directs et indirects, le Tribunal conclut avec certitude que le prélèvement forcé d’organes a eu lieu en de multiples endroits de la République Populaire de Chine et à de multiples occasions pendant une période d’au moins vingt ans et se poursuit encore à ce jour.2

De plus,

la RPC et ses dirigeants ont activement incité à la persécution, à l’emprisonnement, au meurtre, à la torture et à l’humiliation des pratiquants de Falun Gong dans le seul but d’en éliminer la pratique et la croyance. 3

Le Tribunal a également conclu « avec certitude » que le Parti Communiste Chinois était responsable des actes de torture infligés aux Ouïghours4. Ces actes ont été jugés comme étant des crimes contre l’humanité 5.

Le groupe religieux Falun Gong a été interdit en Chine il y a vingt ans par le président Jiang Zemin, ce dernier décidant que l’expansion du groupe était une menace potentielle pour son pouvoir, un concurrent visant lui aussi la loyauté du peuple chinois. Il avait donc qualifié le groupe de « secte maléfique ».

Or, l’emprisonnement et la disparition d’un grand nombre de pratiquants à la suite de cette interdiction ont coïncidé avec l’apparition d’un nombre important et inexpliqué d’hôpitaux spécialisés en transplantation, d’une multitude de nouveaux laboratoires et par l’accélération soudaine de la recherche sur les médicaments immunosuppresseurs6.

Pas de pénurie d’organes en Chine

Bien que la Chine n’ait pas vraiment eu de programme officiel de dons d’organes avant 2013, ses chirurgiens spécialisés en transplantation n’ont jamais été confrontés à une quelconque pénurie. On estime ainsi qu’ils ont effectué 69 300 transplantations par an7, bien au-delà du nombre actuel officiel de donneurs volontaires. Ainsi, en 2017, il n’y avait que 5146 donneurs admissibles dans le pays8.

Dans la plupart des régions du monde, la disparité entre le nombre de donneurs et le nombre de patients nécessitant une transplantation entraîne de longues listes d’attente pour ces derniers.

Rien de tout cela en Chine où il est possible d’obtenir une greffe du cœur en quelques jours9 et où certaines personnes apprennent même à l’avance la date exacte de leur transplantation10. En d’autres termes, les autorités chinoises connaissent avec exactitude la date de décès d’une personne donnée et peuvent garantir que cette dernière est porteuse d’un cœur sain. Comme l’indique le verdict définitif du China Tribunal :

cela ne peut se produire que s’il existe une base de données inventoriant l’ensemble des donneurs vivants potentiels pouvant être sacrifiés sur commande11.

Le Tribunal a par ailleurs appris que les musulmans ouïghours et les adeptes de Falun Gong subissaient des analyses sanguines régulières en détention. Selon le témoignage de l’ancienne prisonnière Gulbahar Jelilova, des prélèvements sanguins étaient menés une fois tous les dix jours, accompagnés d’échographies régulières12.

Or le sang ne peut avoir été prélevé à des fins de transfusion, les quantités concernées étant trop faibles, ou dans un but de contrôle des infections, seuls les prisonniers de Falun Gong et les Ouïghours (plutôt que la population carcérale dans son entièreté) étant concernés par ces tests.

Il y a cependant une autre raison pour laquelle les autorités chinoises pourraient avoir besoin de prélever du sang de cette manière : un test sanguin est en effet essentiel dans le cadre d’une greffe, permettant de mesurer le risque de rejet des nouveaux organes dû à l’interaction entre les anticorps du receveur et les antigènes des organes du donneur. Quant aux échographies, elles sont certainement réalisées dans le but de connaître l’aspect structurel et la condition des organes internes, procédure habituelle dans le cadre d’une greffe13.

Le Parti Communiste Chinois ne se fatigue d’ailleurs guère à cacher l’identité des victimes de ces pratiques sacrificielles. Le Tribunal a ainsi pu entendre des enregistrements téléphoniques menés par des enquêteurs de l’Organisation Mondiale d’Investigation sur la Persécution du Falun Gong (World Organisation to Investigate the Persecution of Falun Gong ou WOIPFG) auprès de différents hôpitaux chinois.

Ces appels téléphoniques, réalisés en mandarin, étaient toutes des demandes de greffes. Or, lorsque les appelants se renseignaient sur la provenance de ces organes, le personnel des hôpitaux était généralement satisfait de révéler que ceux-ci provenaient de prisonniers du Falun Gong (la vie saine et la pratique régulière du qi gong étant censées garantir la bonne santé générale des adeptes de ce mouvement spirituel)14.

En effet, dans leur arrogance, les autorités chinoises ne s’attendent à aucune condamnation sérieuse de la part de quiconque. De fait, elles sont même en train d’étendre à d’autres groupes leur projet de prélèvements forcés d’organes. Ainsi, en décembre 2018, Ethan Gutmann, enquêteur sur les Droits de l’Homme, a fourni des preuves au Tribunal montrant que

au cours des 18 derniers mois, littéralement chaque homme, femme et enfant ouïghour (soit environ 15 millions de personnes) a été soumis à des tests sanguins et d’ADN, visant à vérifier une compatibilité des tissus.

Torture et viols des prisonniers

Tous les pratiquants de Falun Gong ayant comparu comme témoins devant le China Tribunal ont également pu décrire les tortures subies en détention. Bien qu’aucun de ces témoignages n’ait pu être confirmé par des sources indépendantes (pour d’évidentes raisons), le niveau de détail de ces différents récits ainsi que les similitudes entre chacun d’entre eux se révèlent frappants.

Ainsi, ces témoignages nous apprennent que les prisonniers étaient déshabillés, battus et tenus éveillés jusqu’à 20 jours d’affilée. Par ailleurs, l’utilisation de matraques électriques était quotidienne15. Le rapport de synthèse du Tribunal comprend d’ailleurs une description saisissante du calvaire subi par Jintao Liu, pratiquant de Falun Gong :

Ils lui ont fourré des excréments dans la bouche. Ils lui ont enfoncé un manche de brosse de toilette dans l’anus. Ils ont poussé le manche si fort qu’il ne pouvait plus déféquer… Ils le réveillaient la nuit en l’aspergeant d’eau froide, ou en perçant sa peau avec des aiguilles.16

Les femmes, elles, recevaient des pilules stoppant leurs cycles menstruels et provoquant des problèmes de désorientation. Beaucoup d’entre elles souffraient de dépression17.  Le viol était par ailleurs la norme : la prisonnière Yin Liping a ainsi déclaré au Tribunal qu’elle avait été enfermée le 19 avril 2001 dans une pièce du camp de travail de Masanjia avec plus de quarante inconnus, et qu’elle avait été violée par chacun d’entre eux18.

Un Tribunal d’experts

Étonnamment, malgré l’ampleur des crimes décrits et la présence de membres de renommée internationale composant le China Tribunal, le verdict définitif n’a reçu qu’une couverture médiatique réduite.

Le Tribunal était en effet présidé par Sir Geoffrey Nice, avocat pendant quarante-huit ans et juge pendant trente-quatre ans. C’est lui qui a dirigé les poursuites contre le président serbe Slobodan Milošević au Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie des Nations Unies. Le China Tribunal comprenait également des avocats des Droits de l’Homme originaires des États-Unis, d’Iran et de Malaisie, ainsi qu’un spécialiste de la transplantation thoracique ayant pratiqué pendant plusieurs décennies.

Si les conclusions du Tribunal sont dramatiques, sa démarche se révéla aussi mesurée et sobre que l’on pourrait s’y attendre de la part d’un groupe d’experts d’une telle réputation. Les membres du Tribunal étaient en effet « conscients du risque que l’enthousiasme de groupe altère le jugement des témoins pratiquants du Falun Gong »19.

Ils évitèrent tout préjugé à l’encontre du Parti Communiste Chinois en prenant grand soin d’examiner chaque catégorie de preuve de manière isolée, les éléments de preuve pertinents étant par ailleurs traités comme s’ils se rapportaient à un État imaginaire ayant un excellent dossier en matière de Droits de l’Homme20.

Enfin, des invitations à assister aux procédures, à apporter des commentaires ou à fournir des preuves ont été envoyées à l’ambassadeur de Chine à Londres, à divers médecins chinois spécialistes des greffes et même à des médecins occidentaux favorables au régime chinois (sans qu’aucune de ces personnes n’accepte l’offre du Tribunal)21.

Tout cela semble donc correspondre au professionnalisme que nous sommes en droit d’attendre de la part d’un tel tribunal. Dès lors, pourquoi le China Tribunal et ses conclusions ont-ils été autant ignorés ?

Les conclusions du Tribunal peu médiatisées

Une des raisons possibles pourrait être que la communauté internationale s’est déjà fait son avis sur la question. Ainsi, la Société de Transplantation et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont toutes deux déclaré que les critiques formulées à l’encontre du système chinois de transplantation humaine étaient injustifiées22.

Par ailleurs, et comme le reconnaît le verdict du Tribunal, de nombreux gouvernements et organisations internationales ont également exprimé des doutes quant à ces allégations23. Si des exceptions existent (les États d’Israël, d’Espagne, d’Italie et de Taiwan ont ainsi interdit à leurs citoyens de se rendre en Chine pour y subir des greffes), il est beaucoup plus fréquent de faire preuve de scepticisme face à aux rapports et témoignages susmentionnés.

Ce scepticisme peut résulter, en partie, du fait que le mouvement Falun Gong est inconnu du monde occidental.

Falun Gong ? Qu’est-ce donc ? Une sorte de religion ? En insistant régulièrement sur le fait que ce mouvement n’est pas une organisation religieuse ou politique (voire qu’il n’est pas une organisation tout court), les pratiquants de Falun Gong ont laissé ouverte la question de sa véritable nature. Il est donc facile d’avaler la propagande du Parti Communiste Chinois qualifiant ce mouvement de secte.

Ethan Gutmann24 note une méfiance similaire de la part de l’Occident lors de la première campagne de répression lancée par le Parti Communiste contre Falun Gong en 1999 :

Le Congrès américain évita d’utiliser des témoignages de pratiquants de Falun Gong lors de ses audiences, tandis que l’administration se concentrait sur les violations des Droits de l’Homme et sur le traitement des dissidents chinois traditionnels et des Églises domestiques chinoises. Hollywood s’en est tenu, de son côté, au Dalaï Lama.

L’Occident semble en effet se demander s’il est possible de faire confiance aux pratiquants de Falun Gong pour quoi que ce soit, du fait de leurs croyances douteuses sur la nature de la réalité. Mais selon Gutmann, cette attitude reviendrait à considérer toute monnaie comme étant sans valeur car, parallèlement aux vrais billets, en circulent de faux.

Il convient également de noter que les musulmans ouïghours ont été mentionnés dans le verdict final du China Tribunal. Si le Falun Gong peut être une entité mystérieuse pour beaucoup, l’Islam est quelque chose de beaucoup plus familier pour les gouvernements occidentaux.

Sir Geoffrey Nice et ses collègues ont été clairs quant au sort des Ouïghours : il s’agit de victimes d’un crime contre l’humanité. Pourquoi ce dernier détail n’a-t-il dès lors pas été repris par la presse ? Est-ce dû à l’avalanche d’informations ayant déferlé sur le monde en 2019 à propos des camps de concentration du Xinjiang ?

Les doutes de la communauté internationale ne peuvent cependant résulter uniquement d’une aversion pour Falun Gong. Le gouvernement britannique a ainsi déclaré à plusieurs reprises que les preuves avancées étaient insuffisantes pour démontrer l’existence d’un prélèvement contraint d’organes en Chine. Ces déclarations pourraient donner à penser que le gouvernement a déjà procédé à un examen minutieux des documents disponibles.

La Baronne Goldie et le député Mark Field ont, en effet, tous deux fait référence à certaines « analyses » et « études » devant le Parlement britannique. Toutefois, les demandes du China Tribunal envoyées au ministère des Affaires Étrangères anglais afin d’obtenir plus de détails sur ces analyses et évaluations ont toujours été accueillies avec silence.

Il devient, dès lors, difficile de croire que de telles analyses aient été menées, ce qui devrait nous amener à nous interroger sur les motivations de l’État britannique cherchant ainsi à éviter d’enquêter sur des rapports traitant de violations flagrantes des Droits de l’Homme25. Quant à l’OMS, le Tribunal observe que celle-ci « opère dans un environnement d’acteurs multilatéraux et pourrait bien être sensible aux réalités politiques »26.

Bien sûr, nous pourrions accorder à ces États et organisations internationales le bénéfice du doute, en ne leur attribuant rien de plus qu’un scepticisme malavisé. Ce ne serait pourtant pas une excuse suffisante, l’horreur dévoilée par le Tribunal étant une estimation prudente (si tant est que cela soit possible) de l’ampleur de la présente tragédie.

Les conclusions sur le prélèvement d’organes ne concernaient que le Falun Gong, le Tribunal n’ayant pas tiré de conclusions similaires pour les Ouïghours, les chrétiens locaux, les bouddhistes tibétains, ou les membres de l’Église du Dieu Tout-Puissant27.

Des témoignages glaçants

Mais les témoignages abondent si nous prenons la peine de les chercher. Un policier en fuite expliqua ainsi à Ethan Gutmann que lorsque les prisonniers ouïghours étaient emmenés pour être exécutés, ils partaient accompagnés de médecins dans des « fourgons spéciaux pour le prélèvement d’organes ». Les corps étaient ensuite coulés dans du ciment puis enterrés en secret28.

Gutmann a pu s’entretenir avec des médecins ayant effectué des analyses de sang sur des Ouïghours telles que décrites dans le rapport de synthèse du China Tribunal. Ils ont ainsi pu lui fournir des détails supplémentaires.

Tout d’abord, expliquent ces médecins, ils apprenaient que des responsables du Parti communiste s’étaient présentés dans un hôpital pour divers problèmes d’organes. Le personnel commençait alors à prélever le sang de prisonniers ouïghours dans le but de trouver des personnes aux groupes sanguins compatibles avec les receveurs puis, une fois cela fait, s’assuraient qu’il y avait bien compatibilité des tissus entre donneurs potentiels et receveurs. Les prisonniers retenus étaient ensuite exécutés d’une balle dans le côté droit de la poitrine afin que leur mort ne soit pas instantanée. Les analyses de groupes sanguins étaient réalisées sur le lieu de l’exécution, et peu de temps après, « les responsables qui devaient recevoir leurs organes, sortaient de leur lit, et quittaient l’hôpital »29.

Si aucune donnée permettant de mesurer l’ampleur de la « récolte » ouïghoure n’est actuellement disponible, il devrait pourtant être clair que le China Tribunal n’a présenté qu’une petite partie des tragiques événements en cours.

En fait, il ne sera peut-être jamais possible de déterminer avec précision le nombre de prélèvements forcés menés par la République Populaire de Chine. Le Falun Gong comptait 70 millions d’adeptes (l’équivalent d’une petite nation) lorsque la répression débuta30, et ces millions de personnes étaient dispersées dans tout le pays. Certains cherchèrent asile à l’étranger, d’autres entrèrent dans la clandestinité, d’autres, encore, renoncèrent à leurs anciennes croyances, d’autres, enfin, agonisèrent avant de mourir sur le sol de leurs cellules ou dans les nombreuses salles de torture spécialement conçues par le Parti. Et sur certains leurs organes ont été prélevés.

Selon Gutmann, ce nombre de prélèvements forcés s’élève à 65 000 sur l’ensemble des premières années de la répression (de 2000 à 2008). Les registres d’arrestation (ou de toutes autres sortes) s’avèrent cependant incomplets31. Dès le début, les adeptes de Falun Gong ont été déportés en masse vers des blocs opératoires.

Durant toute l’année 2006, le journal Epoch Times dirigé par le Falun Gong consigna une série de témoignages provenant d’un hôpital du district de Sujiatun, relevés lors des premières années de répression.

Par exemple, une employée du service de comptabilité s’inquiétait pour son mari, un des chirurgiens de l’hôpital : ce dernier travaillait à des heures étranges, gagnait un salaire plus élevé que la normale et montrait des signes de dépression nerveuse. Après près d’un an, son mari lui révéla enfin la vérité : il lui expliqua qu’il y avait d’autres patients cachés dans les souterrains de l’hôpital.

Les médecins étaient convoqués à chaque fois que de nouveaux patients spéciaux arrivaient, devaient leur appliquer un anesthésique avant de leur retirer les reins, le tissu cutané, la cornée ainsi que d’autres organes. Certains patients étaient encore en vie après ces opérations, d’autres étaient déjà morts, mais tous étaient rapidement envoyés à l’incinérateur, après quoi le personnel de l’hôpital empochait les bagues et les montres des disparus. Son mari lui expliqua que les patients étaient des pratiquants de Falun Gong, et la paperasse administrative était inexistante dans ces cas-là32.

Les témoignages relevés par le journal Epoch Times concernant cet hôpital furent cependant rejetés par beaucoup. En effet, des fonctionnaires américains du bureau consulaire régional allèrent voir par eux-mêmes ce qu’il en était mais ne purent trouver « aucune preuve que le site [était] utilisé pour une autre fonction que celle d’un hôpital public normal ».

Comme le souligne cependant Gutmann, « trois semaines s’étaient écoulées entre la publication du premier témoignage dans l’Epoch Times et la visite consulaire, une éternité selon les normes de construction chinoises »33.

Par ailleurs, devant le nombre et l’ampleur des témoignages, il n’est pas possible, en toute honnêteté, de rejeter ces derniers aussi abruptement. Le China Tribunal l’a démontré en faisant une expérience de pensée simple34 :

Supposons qu’il y ait des rumeurs, au Royaume-Uni ou aux États-Unis, que des musulmans soient torturés à mort dans une prison de Leeds ou de Philadelphie […] [et] que ces allégations, bien qu’elles aient été faites par une organisation parfaitement respectable et qu’elles aient attiré l’attention de comités gouvernementaux de divers pays, soient entièrement fausses.
Le Royaume-Uni ou les États-Unis se contenteraient-ils d’une simple dénégation, au motif que leur parole devrait suffire, et que ce serait donner bien trop d’importance à ces rumeurs que de faire plus ? Ou bien se pourrait-il que ces pays agissent de manière plus concrète, notamment […] en demandant réparation à celui ayant fait cette allégation, certes crédible mais totalement fausse, et […] en ouvrant portes et dossiers de la prison concernée à une équipe d’observateurs neutres appropriés ?

Les différentes preuves indiquent qu’il s’agit, jusqu’à présent, du crime du siècle, un crime comparable aux pires du siècle dernier. Selon l’appréciation sans complaisance du Tribunal35 :

Victime pour victime et mort pour mort, le gazage des Juifs par les nazis, le massacre des Khmers rouges au Cambodge ou des Tutsis au Rwanda ne sont peut-être pas pires.

Et l’un des principaux responsables de ce crime est très certainement le dirigeant de la Chine au moment du début de la répression du Falun Gong, le psychopathe Jiang Zemin.

« Les battre à mort n’est rien », aurait dit Jiang. « S’ils sont handicapés en étant battus, cela compte comme une blessure qu’ils se seraient infligés eux-mêmes. S’ils meurent, cela compte comme un suicide » !36

Sont tout aussi coupables ses lieutenants les plus enthousiastes, à savoir Bo Xilai, Wang Lijun et Zhou Yongkang.

La culpabilité est également partagée par de nombreux individus ordinaires : chirurgiens, fonctionnaires, gardiens de prison ou policiers, et ils le savent. Selon le témoignage d’un policier à Ethan Gutmann, un directeur médical chinois travaillant sur un lieu d’exécution avec cet agent de police lui aurait déclaré37:

Nous irons tous en enfer.

Et si le jugement est ajourné pour le moment, de nombreuses et courageuses personnes ont permis que ces crimes soient correctement documentés. L’Histoire se chargera donc de les condamner, les enfants du monde entier finissant un jour par lire dans leurs manuels scolaires des textes traitant de l’Holocauste du Falun Gong au début du XXIe siècle, et tout le monde connaissant les noms de ses principaux responsables.

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Traduction pour Contrepoints par Raphaël C. de Bloody Harvest—How Everyone Ignored the Crime of the Century

  1. Independent Tribunal into Forced Organ Harvesting from Prisoners of Conscience in China – Final Judgement and Summary Report, 17 June 2019.
  2. Ibid., p19.
  3. Ibid., p35.
  4. Ibid., p25.
  5. Ibid., p53.
  6. Ibid., pp. 14-5.
  7. Ibid., pp. 30-1.
  8. Ibid., p45.
  9. Ibid., p32.
  10. Ibid., p18.
  11. Ibid., pp. 32-3.
  12. Ibid., pp. 24-5.
  13. Ibid., pp. 19-1.
  14. Ibid., p27.
  15. Ibid., pp. 26-7.
  16. Ibid., p22.
  17. Ibid., pp. 24-5.
  18. Ibid., p26.
  19. Ibid., p7.
  20. Ibid., p9.
  21. Ibid., p6.
  22. Ibid., p37.
  23. Ibid., p1.
  24. Ethan Gutmann – The Slaughter: Mass Killings, Organ Harvesting, and China’s Secret Solution to its Dissident Problem (Prometheus Books, New York, 2014), pp. 103-4.
  25. Final Judgement and Summary Report, op. cit., p38.
  26.   Ibid., p37.
  27. Ibid., p47.
  28. Gutmann, op. cit., p23.
  29. Ibid., p26.
  30. Ibid., p70.
  31. Ibid., p279.
  32. Ibid., p222
  33. Ibid., pp. 222-3.
  34. Final Judgement and Summary Report, op. cit., p41.
  35. Final Judgement and Summary Report, op. cit., p1.
  36. Ibid., p13.
  37.   Gutmann, op. cit., p17.
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