Le socialisme, allié objectif de Donald Trump ?

Trump, Pentagon leaders honor 9/11 victims By: Chairman of the Joint Chiefs of Staff - CC BY 2.0

La radicalisation du parti démocrate pourrait reconduire assez facilement le président des États-Unis pour un second mandat.

Par Frédéric Mas.

Donald Trump a lancé avant-hier la campagne pour sa réélection au poste de président des États-Unis en 2020. Devant plus de 20 000 partisans à Orlando en Floride, il a enchaîné les provocations et les promesses tout en rappelant le message qui l’a porté pendant l’élection de 2016, « Make America Great Again. » Malgré son image déplorable à l’étranger, l’hostilité d’une grande partie de l’électorat progressiste, des médias comme d’une partie de l’establishment républicain lui-même, Donald Trump pourrait être réélu en 2020 non grâce à son bilan propre, économiquement ambigu, mais par la maladresse de ses adversaires.

La base du parti républicain est acquise à Donald Trump, qui lui fait crédit d’une réforme fiscale révolutionnaire n’ayant pas d’équivalent depuis l’arrivée de Ronald Reagan au pouvoir. En conséquence, Trump n’a pas de concurrents sérieux pour l’instant à l’intérieur de son propre parti, car personne ne veut prendre le risque de s’aliéner la sympathie des militants.

Surenchère à gauche

C’est dans le camp adverse que le soutien à Donald Trump pourrait paradoxalement être le plus fort : après l’élection de 2016, plusieurs figures radicales venant de la gauche du parti démocrate sont devenues centrales. Alexandria Ocasio-Cortez, considérée comme l’étoile montante du parti démocrate, enchaîne les bourdes et les dérapages. Dernièrement, elle a créé le tollé en comparant les camps de rétention pour migrants à des camps de concentration. « Une présidence qui crée des camps de concentration est fasciste », a-t-elle déclaré face aux élus républicains ulcérés.

Le 12 juin dernier, c’est le sénateur du Vermont et candidat à l’investiture démocrate Bernie Sanders qui a déclaré croire aux vertus du « socialisme démocratique », énumérant une liste de droits sociaux qu’il serait à la charge du gouvernement fédéral de garantir. Bien placé dans les sondages à l’investiture du parti démocrate, Bernie Sanders est toutefois talonné par Elisabeth Warren, qui, pour prendre de la distance avec l’ère Obama, s’attaque avec véhémence au Big Business.

Remise en cause du capitalisme libéral

Il y a, au cœur de la crise d’identité démocrate, une remise en cause du capitalisme libéral, lui-même partie intégrante de l’identité américaine. L’élection de Donald Trump en 2016 a révélé l’extrême division et polarisation culturelle du pays. Et la défiance à l’endroit du libre-échange s’est généralisée à droite comme à gauche. Du côté républicain, le protectionnisme est redevenu plausible face à la concurrence jugée déloyale et une immigration accusée de tirer les salaires vers le bas.

Du côté démocrate, ce sont les inégalités sociales et la sclérose d’un establishment politique jugé insuffisamment ouvert à la diversité qui sont devenues prioritaires. L’ancien consensus qui régnait entre démocrates et républicains sur l’alliance entre démocratie représentative et capitalisme libéral est en train de vaciller avec le fractionnement de la société américaine, et cela malgré les bons chiffres de l’économie américaine comme de sa croissance qui booste celle du monde entier.

Le socialisme au sein du parti démocrate

Le socialisme défendu par les leaders du parti démocrate les plus en vue est suffisamment radical dans ses fondements comme dans ses promesses pour mobiliser les électeurs de Donald Trump et démobiliser les électeurs modérés à gauche comme à droite. Bernie Sanders se présente comme un continuateur du New Deal, attirant à lui les louanges des franges anticapitalistes plus extrémistes du parti, mais aussi les électeurs les plus jeunes.

Ce socialisme est populaire dans une fraction de l’électorat progressiste, mais suscite la détestation d’une frange non négligeable d’un électorat qui l’associe naturellement à une idéologie anti-américaine, contraire à ses fondements moraux et politiques valorisant la liberté individuelle et la culture de l’effort, y compris au sein du monde ouvrier acquis aux postures politiques du président sortant. Face à la grande mobilisation des électeurs démocrates contre tout ce que Donald Trump représente, le socialisme défendu par ses leaders pourrait avoir le même effet, mais pour les électeurs républicains : mobiliser les troupes et faire de la réélection du président une nécessité pour revenir à l’Amérique de toujours.

Devant la radicalisation du parti démocrate et l’absence de concurrents sérieux à droite, Donald Trump pourrait donc être assez facilement réélu. Il pourrait toutefois y avoir deux obstacles majeurs à ce possible boulevard. D’abord la candidature centriste de Joe Biden, qui pourrait séduire l’électorat populaire et ouvrier que ses concurrents à l’investiture ont abandonné pour les classes protégées et les minorités. Ensuite Donald Trump lui-même, histrion imprévisible qui alterne les gaffes idiotes et les coups de génie. À ce stade, rien n’est encore gagné.