Brexit : l’Europe a-t-elle peur des libéraux ?

Brexit : un choc monétaire pire que 2008 ? By: frankieleon - CC BY 2.0

Certains, à Paris ou à Bruxelles, seraient très contents de voir le Royaume Uni hors de l’Europe. Et ils s’impatientent aujourd’hui que les Britanniques ne soient pas encore partis.

Par Michel Faure.

Theresa May avait raison : « Brexit is Brexit ». Et j’ajouterais « hélas » ! Car le  Brexit, qu’il soit avec ou sans deal, hard ou soft, ferme la porte de la véritable avancée libérale de l’Union européenne : le libre commerce via le marché unique, avec tous les pays réunis sous les même règles d’ouverture. Cette liberté fondamentale d’échanger sans entrave a grandement participé à la croissance et à la prospérité générale au sein de l’Union.

Le Brexit met également un terme à la liberté de vivre, de travailler, d’étudier, d’aimer, dans n’importe quel pays de l’Union sans aucune restriction réglementaire ou bureaucratique. C’était hier possible, même au Royaume Uni ou dans les pays qui ont le tort de ne pas être dans l’espace Schengen. Ce sera peut-être encore possible à l’avenir avec les Britanniques, mais plus compliqué.

Voir un pays comme le Royaume Uni quitter l’Union est pour moi un pur chagrin. Les Britanniques ont souvent embrassé le libéralisme, avec Margaret Thatcher, bien sûr, mais aussi avec Tony Blair ou David Cameron.

J’ai longtemps pensé que l’adhésion de la Grande Bretagne à l’idée européenne serait un aiguillon permanent pour les réformes à Bruxelles et dans d’autres pays membres. L’UE a depuis longtemps besoin de moins de bureaucratie et de régulation, de plus de transparence, d’un meilleur équilibre des institutions qui d’ailleurs, petit à petit, se met en place, entre Parlement, Conseil et Commission. En lançant son référendum, Cameron a succombé à l’illusion que ses 27 partenaires le soutiendraient en faveur de réformes censées convaincre les eurosceptiques du Royaume du bien-fondé d’être en Europe.

Mais sur le continent, largement dominé par l’étatisme, aucun dirigeant n’est venu au secours de Cameron, et surtout pas la France qui a toujours vu la Grande Bretagne comme le cheval de Troie du libéralisme.

Certains, à Paris ou à Bruxelles, seraient très contents de voir le Royaume Uni hors de l’Europe. Et ils s’impatientent aujourd’hui que les Britanniques ne soient pas encore partis. « Ils nous font attendre », s’indignait récemment une députée  européenne des Républicains. L’Élysée ne voit pas l’intérêt d’une nouvelle extension du délai du Brexit que demandait samedi 19 octobre les parlementaires britanniques.

Peut-être que tous ces impatients restent aveugles à la gravité du moment. Peut-être ne voient-ils pas combien la majorité des députés britanniques est admirable, combien ils sont constants, déterminés, résistent et luttent contre un gouvernement qui veut, pour sauver son parti désuni, leur imposer une procédure de sortie rapide et problématique. Peut-être n’ont-ils pas compris que ce parlement se bat contre un coup de force populiste. Peut-être, aussi, n’aiment-ils pas les Britanniques parce que ces derniers sont ce qu’ils ne sont pas :  individualistes, tolérants, civiques, parfois excentriques  et souvent libéraux.

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