David Cameron : le choix risqué du référendum

Pourquoi Cameron s’est-il ainsi engagé sur la voie si risquée du « Brexit » ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
David Cameron (Crédits : Number 10, licence CC BY-NC-ND 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

David Cameron : le choix risqué du référendum

Publié le 5 mai 2015
- A +

Si Cameron est reconduit à son poste, un référendum au Royaume-Uni sur la sortie du pays de l’Union Européenne pourrait se tenir. Pourquoi s’est-il ainsi engagé sur la voie si risquée du « Brexit » ?

Par Paul Bakhache

David Cameron (PM delivers speech on immigration at JCB Headquarters - Photo Arron Hoare - Credits Number 10 (CC BY-NC-ND 2.0)
David Cameron (PM delivers speech on immigration at JCB Headquarters – Photo Arron Hoare – Credits Number 10 (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Un référendum au Royaume-Uni sur la sortie du pays de l’Union Européenne pourrait se tenir dès la fin 2015 si David Cameron était reconduit à son poste de Premier ministre à l’issue des élections générales du 15 mai. Il faut s’interroger sur les raisons qui l’ont poussé à s’engager sur la voie si risquée du « Brexit ».

Depuis 1990, les deux partis majoritaires au Royaume Uni, conservateur et travailliste, se sont entendus sur la nécessaire présence du Royaume Uni au sein de l’Union européenne. Le parti conservateur remet cependant aujourd’hui en cause cette participation et la solution d’un référendum sur la sortie de l’Union est maintenant proposée par David Cameron. Si les traités de libre échange ou les normes juridiques européennes ne sont que marginalement remises en cause, l’immigration a peu à peu pris une place centrale dans le débat public.

L’Europe, bouc émissaire pratique… jusqu’à un certain point

Les émeutes de Londres de 2011 ont amorcé un discours plus sécuritaire. Le Premier ministre est passé d’un discours modéré à une dénonciation virulente de la perte des valeurs morales et de l’assistanat. Il tient l’Europe pour responsable de ce qu’il juge être une immigration trop importante et pointe clairement les traités comme un obstacle au contrôle strict qu’il souhaite instaurer. Dès 2013, il a commencé à laisser penser qu’une sortie de l’Union était envisageable et serait décidée à travers un référendum en 2017. En 2014, il a avancé encore la date du référendum à 2015 tout en faisant la promotion de nombreuses mesures pour contrôler les frontières et économiser l’argent public britannique. Ainsi, il propose de bloquer toute aide sociale pour les immigrés les quatre années suivant leur arrivée.

David Cameron - René Le Honzec - Contrepoints434Malgré cela, David Cameron reste convaincu de l’utilité et de l’importance de l’Union Européenne pour le Royaume Uni. Sur le plan intérieur comme extérieur, il n’est d’ailleurs pas seul. Ainsi, en Europe, de nombreux chefs d’État, François Hollande le premier, clament leur volonté de continuer leur partenariat avec le Royaume Uni. Barack Obama, comme le Premier Ministre Japonais Shinzo Abe, ont exprimé publiquement leur souhait de continuer à voir le Royaume Uni au sein de l’Union Européenne.

Si Nigel Farage, leader du UKIP, suggère l’idée de tisser de nouveaux partenariats commerciaux avec les membres du Commonwealth, David Cameron sait que ceux-ci ne seront jamais assez solides et diversifiés pour remplacer les accords de libre-échange européens.

En proposant un référendum et en montrant en parallèle qu’il s’occupe des problèmes que l’Europe semble poser, le Premier ministre veut apparaître lucide sur la situation. « The Prime Minister is showing he is in touch with the British people. And I’m afraid Ed Miliband and Nick Clegg are completely out of touch » selon Peter Bone, parlementaire conservateur.

Avancer le référendum pour éviter une défaite certaine ?

Avec cette proposition, le parti conservateur laisse aux libéraux-démocrates et aux travaillistes le monopole du discours pro-européen sur la scène publique, ce qui pourrait se révéler décisif en cas de victoire du camp européen au référendum.

Cameron, en cherchant à faire taire l’aile eurosceptique de son électorat a pris le risque d’une sortie de l’Union Européenne. Il se pourrait que le calcul soit plus complexe : puisque le peuple britannique semble de plus en plus eurosceptique, autant proposer au plus vite le référendum plutôt que dans quelques années dans un climat encore plus hostile à l’Europe. En un sens, peut-être David Cameroun juge-t-il que le maintien dans l’UE sera encore possible en 2015 mais inenvisageable si la question se pose dans deux ans !

Cette tactique a un air de déjà-vu vu de notre côté de la Manche : en 1997, Jacques Chirac avait dissous l’Assemblée nationale en espérant l’emporter plutôt que d’attendre le printemps 1998 et laisser s’accroitre les chances de défaite aux législatives. Il a fait le pari de sacrifier une année de son mandat pour en gagner cinq de plus avec une majorité à sa main. On sait quel fut le résultat : la cohabitation la plus longue de la Vème République avec un gouvernement socialiste. Toute chose égale par ailleurs, cet épisode n’augure rien de bon pour David Cameron…

—-
Sur le web

Voir les commentaires (21)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (21)
  • le référendum est pour moi surtout un moyen de pression dans les négociations avec l’ue. pour obliger l’ue de la réformer, il faut lui montrer qu’on risque très sérieusement de sortir de celle ci. c’est un jeu dangereux mais Cameron était coincé, il n’avait pas bcp d’autres choix

  • Que l’UK sorte de l’Europe et ils vont faire moins les malins quand ils ne seront plus laq première place boursière. Ils ont plus à perdre qu’à y gagner.

    • C’est ça ouais…

      • DOUBLE OUAIS L’Angleterre a toujours été la première place boursière européenne pas a cause ou grâce a l’Europe mais sa législation sa souplesse ou tout ce qui n’est pas interdit est permis alors qu’en France n’est c’est l’opposé en outre elle est déjà et depuis le début avec un pied dehors ayant conservé sa propre monnaie
        mais a part les subventions pour l’agriculture dont je n’ai pas les chiffres.

        • C’est clair.

          L’UE à beaucoup plus à perdre avec le départ de l’Angleterre que l’inverse, à mon avis.

          • Non, ça me semble bien trop naïf!

            Le Royaume-Uni reste la tête de pont des U.S.A. dans l’Europe (où N. Farage a le rôle de clown au Parlement européen où il insulte J.C. Juncker qui n’a rien fait d’autre que du taxe ruling, ce qui a lieu de façon strictement légale dans 22 pays européens, le même Nigel Farage qui n’a strictement rien à reprocher à la City de Londres: on se fiche de qui? (D’ailleurs, le Ruling – rescrit est la traduction française, pratiquée par Bercy aussi, bien entendu! -)

            Mais il n’est pas question, évidemment, que la Grande Bretagne quitte son rôle, en tout cas, tant que le « TAFTA » n’est pas signé! Et au mieux des intérêts des U.S.A., bien entendu! La Grande Bretagne n’a jamais vu l’Europe que comme une zone de libre échange et surtout sans aucun plus politique surtout!

            Donc on est dans la phase de « comédie », où le Royaume-Uni est prié de faire pression sur l’Union Européenne pour en obtenir la signature, mais il n’y parviendra certainement pas seul, alors qu’il a toujours eu un pied dedans et un pied dehors. Tout ça ne va pas faciliter ni le travail du « clown » ni celui de D.Cameron qui devra évidemment prôner de rester dans l’Union! Le cynisme politique britannique, vis à vis de ceux qui ne sont pas de la « famille », na rien à envier au cynisme français!

            • Et hop c’est reparti, de la bonne vieille conspiration anti-américaine ! Qu’est-ce que c’est gonflant tous ces gens pas nets qui traînent sur le web…

            • Pour un pays bien géré, qui a fait les efforts au niveau de ses dépenses, qui s’est donne les moyens d’exister sur la scene économique mondiale, qui prend des risques, et subit des transformations et des chocs assez violents en consequence, la question demeure.
              Pourquoi diable lier son destin, de près ou de loin, a un machin technocratique illisible ultra conservateur, et, somme toute, assez formidablement inutile?
              Ce referendum aura lieu, le resultat est couru d’avance.
              Comme il le serait dans bon nombre de pays.
              Qui doivent sans aucun doute être les têtes de pont secondaires des USA. Ou des petits hommes verts. On ne sait pas encore.
              Vous avez raison, c’est ca, le sujet. Fine analyse. Bravo.
              Merci pour ce moment.

              • Ah vous les libéraux, ça vous plait pas TAFTA, ça renvoie à tout ce qu’il y a de plus violent et anti-démocratique dans votre doctrine. 🙂
                La GB est l’un des principaux alliés des USA, les USA n’ont pas intérêt à voir une Europe forte qui pourrait à terme lui faire de l’ombre.

                Mais bon, ça doit être un complot, les USA sont les gentils.

              • Ah vous les libéraux, ça vous plait pas TAFTA, ça renvoie à tout ce qu’il y a de plus violent et anti-démocratique dans votre doctrine. 🙂
                La GB est l’un des principaux alliés des USA, les USA n’ont pas intérêt à voir une Europe forte qui pourrait à terme lui faire de l’ombre.

                Mais bon, ça doit être un complot, les USA sont les gentils.

  • David Cameron a capitalisé sur la méfiance des Anglais envers l’Europe avant tout pour négocier sa réélection. Sa promesse était de proposer un référendum mais seulement s’il était réélu. S’il avait pensé que le départ de l’UE soit une bonne chose il aurait été stupide d’attendre pour poser la question.

    En bon politicien, Mr Cameron a donc juste cherché à manipuler les anti-UE au sein du Royaume-Uni pour contribuer à son accession au pouvoir alors qu’il est, personnellement, pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE. C’est assez lamentable en fait.

    Du reste, si le choix du référendum est « risqué », c’est le plus légitime de tous, à condition d’en accepter le résultat. Rappelons-nous la France et la pantalonnade sur la Constitution Européenne.

    • Oui voila, c’est comme les promesses de François Hollande en 2012. Ca n’a qu’une réalité purement politicienne et ça ne sera jamais suivi de faits.

  • J’apprécie ce que David Cameron a fait, c’est un grand dirigeant, le meilleur depuis Thatcher et Reagan.
    Mais son idée de référendum me fait peur, je ne veux pas que le R-U quitte l’Europe, on a besoin d’eux pour empêcher l’UE de devenir un enfer bureaucratique à la française…

    Par contre l’UKIP perd du terrain dans les sondages donc il semble réussir son coup.

  • Il faut bénir la G.B car elle perpétue une exigence de philosophie politique, économique et démocratique incompatibles avec les gandins de Bruxelles.

  • Le référendum aurait une portée beaucoup plus large pour le Royaume Uni: celui de son unité. Et si les Ecossais disent massivement oui au maintien dans l’UE? Et les Anglais Non? Ce sera la preuve qu’il n’y a plus de communauté de destin entre ces deux nations britanniques. Les Ecossais réclameront un nouveau référendum pour se séparer du Royaume Uni et rester dans l’UE.

  • on peut parier que même sorti du machin européen, la plupart des collaborations se feront car les intérêts mutuels sont trop important.

    après le risque de contagion est peut être un bon moyen de repartir sur de nouvelles bases en europe, moins technocratiques (ça fait du bien de rêver …)

  • Il y a une autre hypothèse : Cameron n’organisera pas de référendum !

    C’est affaire est une gigantesque arnaque.

    Rappelons qu’en janvier 2014 la chambre des lords a torpillé un texte qui devait rendre obligatoire la tenue du référendum en 2017.

    https://euobserver.com/news/122962

    La même chose s’est produite à l’automne 2014.

    Tout l’establishement britannique ne veut pas de ce référendum, car il serait perdu.

    C’est aussi simple que cela.

    Cameron par pure tactique politicienne nous parle maintenant (à quelques jours de les élections générales) d’organiser le référendum… en 2015.

    Comment le croire ? Les conservateurs, et le labour sont au fond tous des bruxellois. Seul l’UKIP est un parti réellement europhobe, réellement nationaliste (comme le FN en France).

    Cameron est un simple avatar de Tony Blair : business avant tout.

    Il n’y aura pas de Brexit. Comme il n’y aura pas de Grexit. Comme le référendum en France a été odieusement contourné et violé par Sarkozy, avec la complicité des socialistes.

    Dates différentes, pays différents, méthodes différentes : mais mêmes actions mafieuses pour contourner, contrôler la volonté populaire.

  • Certains hauts fonctionnaires au statut de diplomates(sic!) doivent faire des cauchemars ; 3 autres pays suivraient immédiatement la sortie de l’UE du RU. Mais rassurez-vous, pas la France. Hors de question de donner raison à MLP.

  • Ce qui est mal expliqué aux Francais c’est que les Anglais ne sont generalement pas contre l’Europe mais contre Bruxelles.

  • Toute la doxa européenne: surtout ne pas demander son avis aux citoyens et quitter l’Europe coûte forcément cher !!! Peut-on rappeler toutes les « avancées » qui allaient apporter la prospérité (marché unique, euro, …) et tous les traités reconnus comme mauvais mais qui allaient être améliorés par la suite !

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La guerre que mène Poutine aura eu plusieurs effets directs et indirects puissants qui ne sont pas tous, loin s'en faut, de bons signes.

Si l'on peut - avec ironie - présenter maintenant Poutine comme le meilleur VRP de l'OTAN pour l'année 2022, tant sont à présent affichées les velléités de la Finlande et de la Suède d'entrer dans l'organisation internationale, on peut aussi s'inquiéter des faiblesses énormes pour ne pas dire catastrophiques qu'il a dévoilées pour le reste du continent européen, à plusieurs niveaux.

Il apparaît... Poursuivre la lecture

Alors que la France et l’Allemagne avaient trouvé mi-janvier un consensus pour inscrire à la fois le gaz et le nucléaire comme énergies dites « de transition » dans la taxonomie verte européenne, Berlin vient de faire marche arrière. L’information est tombée ce mardi sur le média Contexte confirmée ensuite par Marianne : « l'énergie nucléaire n'est pas durable et ne doit donc pas faire partie de la taxonomie » a déclaré le porte-parole du ministère allemand de l'Économie et du Climat dirigé par le Vert Robert Habeck au sein de la coalition SP... Poursuivre la lecture

Par Marc Deffrennes et Samuele Furfari[1. Hauts fonctionnaires retraités de la Commission européenne (Direction générale de l’énergie) Ingénieurs, Responsables respectivement de weCARE et de la SEII].

Une politique énergétique équilibrée doit reposer sur trois piliers :

La sécurité de l’approvisionnement. Une saine économie. La protection de l’environnement.

 

Cet équilibre est au cœur des actions de weCARE et la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels, à savoir : promouvoir un mix énergétique fiable, abor... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles