Les Français doivent-ils s’inspirer de David Cameron ?

Les leaders des travaillistes et des conservateurs viennent de présenter leur programme, en vue des législatives qui se dérouleront le 7 mai prochain au Royaume-Uni. Qu’en retenir ?

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David Cameron (PM delivers speech on immigration at JCB Headquarters - Photo Arron Hoare - Credits Number 10 (CC BY-NC-ND 2.0)

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Les Français doivent-ils s’inspirer de David Cameron ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 25 avril 2015
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Par Erwan Le Noan.
Un article du site Trop Libre

David Cameron (PM delivers speech on immigration at JCB Headquarters - Photo Arron Hoare - Credits Number 10 (CC BY-NC-ND 2.0)
David Cameron (PM delivers speech on immigration at JCB Headquarters – Photo Arron Hoare – Credits Number 10 (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Ce mardi 14 avril, David Cameron a présenté le programme du Parti conservateur britannique pour les élections législatives du 7 mai prochain.

Son objectif : remettre un peu de rêve dans une campagne qu’il a centrée jusqu’à maintenant sur les questions économiques, qui font sa force en termes de crédibilité et sa faiblesse en termes d’enthousiasme populaire. Il succède, de peu, au leader du Parti travailliste, Ed Miliband, qui avait présenté son propre tissu de promesses deux jours auparavant. L’ambition du leader de gauche : remettre un peu de crédibilité économique dans une campagne qui dure, pour lui, depuis des années mais dans laquelle ses indignations idéologiques peinent à convaincre.

L’intérêt de la campagne britannique (qui mobilise peu Outre-Manche) est qu’elle confronte des programmes assez distincts. Rompant avec la tradition blairiste d’un positionnement plutôt centriste, le Labour de Miliband a adopté des positions tranchées, qui feraient pâlir d’envie certains socialistes français (et en réalité une partie de leurs collègues de droite tout aussi adeptes de l’étatisme dépensier). De son côté, le Premier ministre sortant a incarné une ligne pragmatique, clairement marquée à droite. En mai prochain, ce sera donc projet contre-projet… d’autant plus que la différence ne se fera pas sur les hommes, ou seulement par défaut : aucun des candidats n’est très populaire.

La vraie rupture entre les deux partis se situe d’abord sur les questions économiques. Même s’il a tenté de se rattraper lors de la présentation de son programme, Ed Miliband reste d’une crédibilité toute relative : il prône la dépense publique sans compter et la hausse de la fiscalité sur les personnes (notamment les étrangers) comme sur les entreprises, tout en multipliant les attaques contre les «riches» (ce qui n’est pas sans rappeler un autre leader socialiste européen qui, à force de les conspuer, les a poussé à prendre l’Eurostar pour Londres !). Pour rassurer des électeurs qui le suivent avec inquiétude, le leader travailliste a promis qu’il tiendrait une gestion rigoureuse des comptes publics. Las ! Son discours ne rattrapera probablement pas des années d’idéologie, surtout que ses engagements sont d’un flou artistique total. Le Wall Street Journal, indigné par le programme travailliste, s’est même demandé si Ed Miliband voulait ressusciter le Labour des années 1970.

De son côté, le parti Conservateur a longtemps misé dans cette campagne sur son sérieux budgétaire, qui a fait sa force, avec notamment sa réforme du système scolaire. Depuis peu, il s’est engagé dans des promesses de dépense sociale (notamment en faveur du NHS, le système de santé britannique) et a promis d’être le parti de «ceux qui travaillent». Cette tentative de mettre un peu de «cœur» dans une campagne dominée par les chiffres et les statistiques n’a pourtant suscitée que de la confusion : la ligne conservatrice n’est pas claire, la société qu’elle promet reste encore floue. S’il a le soutien des milieux économiques, David Cameron n’enthousiasme pas grand monde. Il ne suffit pas d’avoir des comptes bien tenus pour projeter une Nation dans l’avenir.

Une seconde rupture forte entre les deux partis qui sont en tête des sondages (et se tiennent dans un mouchoir de poche) relève des sujets européens. David Cameron a surfé sur la vague d’euroscepticisme britannique, portée par UKIP, en promettant un referendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne : le «Brexit» est devenu un enjeu politique crédible, particulièrement inquiétant pour l’économie britannique. À l’inverse, les Travaillistes sont restés attachés au projet européen, Tony Blair revenant même dans l’arène politique pour défendre la participation britannique à l’Union.

Au-delà des polémiques propres à une période électorale, ces deux tensions de la campagne britannique posent, en réalité, deux questions structurelles à la politique contemporaine.

La première demande si la politique permet encore de rêver à un avenir meilleur, quand les sociétés qu’elle coordonne sortent à peine d’une crise intense, ou s’enlisent dans le découragement depuis 30 ans comme c’est le cas en France. Pour sortir de ce marasme, les sujets économiques sont prioritaires et ils exigent des réformes. Ceux qui prétendent le contraire, comme François Hollande (dont le livre de campagne s’appelait Le rêve français), sont vite rattrapés par la réalité : vendre du rêve, ou laisser les électeurs projeter les leurs sur vos promesses vagues, est irresponsable et finit en déconfiture économique et en déroute électorale. Promettre du «sang et des larmes» n’est pour autant pas mobilisateur, comme David Cameron le constate.

La seconde question que soulèvent les dissensions politiques britanniques est celle de «l’impuissance» du politique, qui serait dépossédé de son pouvoir par les institutions européennes ou internationales. La solution la plus facile est de marcher dans les pas des tribuns qui ont fait de la dénonciation tous azimuts leur seul discours politique et d’exiger la fermeture des frontières de l’Europe (alors que l’immigration en France est à 50% d’origine européenne) ou de dénoncer l’«ennemi» que constituent la «finance» et autres «puissances d’argent» (pour reprendre les mots de François Hollande au Bourget en 2012). La piste courageuse, mais moins médiatique, est de se confronter aux enjeux et de constater que notre pays a besoin de réformes et non de boucs-émissaires.

Toute la difficulté de la politique actuelle est là : savoir convaincre les citoyens du bien-fondé des réformes, parvenir à mélanger un peu de rêve à des efforts collectifs. Les réformateurs, dans nos démocraties, doivent trouver la capacité de donner du sens à leurs politiques. Cela exige d’eux la capacité de renouveler le roman national, pour transmettre à tous l’envie d’y participer. Les réformes pourraient remettre nos vieux pays en mouvement parce qu’ils les veulent et les souhaitent de façon positive, et non parce qu’ils y sont contraints et les subissent. En France, malheureusement, aucun parti n’a de projet. Certains ont un programme, qui aligne des mesures à la cohérence incertaine, mais aucun n’est en capacité aujourd’hui d’expliquer comment il voit la France dans dix ans… David Cameron, lui, doit y parvenir dans les semaines qui lui restent…

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  • malheureusement, les sondages montrent que les anglais ne sont pas motivés par l’économie pour choisir pour qui ils vont votés ce qui risque d’handicaper les conservateurs qui risquent fortement de perdre. en 2010, c’est l’économie qui a motivé le choix de la plupart des léecteurs anglais ce qui a conduit à la victoire des conservateurs. je crois que la plupart des anglais se rendent bien compte que les conservateurs gèrent bcp mieux l’économie que les travaillistes

  • je cite :

    « le «Brexit» est devenu un enjeu politique crédible, particulièrement inquiétant pour l’économie britannique »

    C’est plus pour nous que ce serait inquiétant de voir partir des gens pour qui la construction européenne est bordélique, technocratique, normative et ruineuse. Ce pays a encore, à la différence du notre, de vrais débats et des politiques à peu près valables (Clegg/Cameron/Farage) exception faite de Milliband qui est effectivement très mauvais.

    Sur le plan purement économique, Farage est souvent questionné sur les conséquences prétendument dangereuses de la sortie de l’UE : Il a raison de balayer ces fumisteries d’un revers de main. Les normes made in Bruxelles, c’est bien pour les big banks, big businesses. A côté de ça, le vilain démago extrémiste toussa défend avec talent le libre échange et la mondialisation..

    • Amen Agree 100%
      La Suisse est en dehors de l’Union et ne se porte pas si mal 😀
      La Norvege non plus d’ailleurs..

      Pour etre aussi bureacratiquement bordelique, ce projet a du etre inspire par des elites francaises.. 🙁

      • Quel est le plus petit dénominateur commun entre des politicards français, italiens, allemands? La bureaucratie. Dans ce contexte, pas étonnant que nos plus brillantes élites aient trouvé des soutiens intéressés dans les autres pays de l’UE.

  • Ed Miliband est l’exemple type du bobo. sa réussite il doit à ses liens familiaux, son père est un idéologue de gauche radical. Ed Miliband n’a jamais rien fait de sa vie, c’est l’exemple type du parasite. le Labour des années 1970 a ruiné la Grande Bretagne. déja quand on voit tout le mal qu’ a fait le labour des années 2000 (regardez la situation de la GB en 2010) qui était bcp plus centriste et pragmatique

    • Ed Miliband, comme tout bobo est complétement coupé du peuple et de la réalité. c’est juste un idéologue complétement incompétent. je me demande comment des gens peuvent être assez bête pour voter pour lui ??

  • Le plus drôle est que l’autre socialiste européen fait une politique de droite contrairement à ses promesses et on voit l’état du pays ( comme à la fin de la sarkozy).
    Quant aux conservateurs anglais ce n’est comme son nom l’indique que de la conserve, une politique ultra libérale sans créativité, des salaires inférieurs au SMIG français, de la finance et pis c’est tout !!

    • « Le plus drôle est que l’autre socialiste européen fait une politique de droite » manifestement tu n’es pas très intelligent car Hollande ne mène pas une politique de droite, il mène une politique socialiste. oui, il mène la même politique que l’UMP car l’UMP quand il est au pouvoir est économiquement socialiste. Hollande (comme en son temps avec Mitterand ) est obligé de se conformer à la réalité. voilà pourquoi certains gauchistes l’accusent de trahir les valeurs de la gauche. Il a été obligé d’abandonner certaines mesures totalement irréalistes du programme du ps. on voit le résultat de 40 ans de socialisme en France. la france est l’un des pays les plus socialistes d’europe, il suffit de regarder les chiffres (dépenses publiques 57%, la fonction publique représente pres de 7 millions de personnes dans la fonction publique (http://www.observatoiredessubventions.com/2010/combien-de-fonctionnaires-en-france/
      ), 73 au rang des libertés économiques selon Heritage Foundation après le Cap-Vert, le Kazakhstan ou encore la Jamaïque, l’un des plus haut taux d’imposition ( la France a un taux d’imposition total moyen de 64,7% principalement constitué (51,7%) de charges sociales, le 2 plus fort taux d’imposition en europe),….. certains partis de gauche dans le reste de l’europe (spd, …) sont plus libéral que l’ump. la france est championne du monde en dépenses sociales. la france possède 60 code et est ultraréglementé (plus de 500000 lois et décrets).

    • il n’y a pas de réductions des dépenses publiques seulement une réduction de la croissance des dépenses publiques . depuis 40 ans, la politique est toujours la même càd qu’elle consiste en une augmentation de l’état. Hollande n’a pas eu le choix de se conformer à la réalité. « Quant aux conservateurs anglais ce n’est comme son nom l’indique que de la conserve, une politique ultra libérale sans créativité, des salaires inférieurs au SMIG français, de la finance et pis c’est tout  » l’ultralibéralisme n’existe pas et les conservateurs sont loin d’être libéraux. le seul pays que l’on peut considérer comme plus ou moins libéral en europe s’est la suisse. le bilan économique des conservateurs est plutôt bon (contrairement à celui des travaillistes): réduction du déficit publique de moitié, croissance en 2014 de 2,8 % du PIB(l’une des plus fortes d’europe), chomage à 5,7%,….certes, la situation est loin d’être parfaite mais quand on voit la situation de la Grande Bretagne de 2010, on peut féliciter les conservateurs. expliquez moi pourquoi les anglais ne fuient pas leurs pays pour aller en France ?? pourquoi c’est l’inverse (des francais qui font en GB) ?? pourquoi tous les migrants veulent aller en GB et non pas en France ??

    • « En trente-trois années, la France a, de gouvernements en gouvernements, fini par appliquer à peu près tous les points du programme du parti communiste de 1981. »
      http://h16free.com/2014/04/01/30201-il-y-a-33-ans-deja

  • Pour le reve nous avons donné
    Reste maintenant à se réveiller
    Pour l’immigration à pour 50 pour cent europeenne,afin de revenir dans la vraie vie ,je vous invite aussi à ouvrir les yeux
    Le modele qu’offre actuellement Cameron est sans doute le plus efficace et réaliste du moment et il fait les propositions les plus responsables pour lutter contre les vagues migratoires
    J’apprécie votre jugement sur une partie de la droite française qui pourrait apprécier le programme du Labour

  • Comme en France, le bi-partisme fonctionne bien, Le parti travailliste succède au parti conservateur et vice versa d’où la difficulté de vendre du rêve. Au bout d’ un moment on n’adhère plus vu que ce sont les mêmes qui vous racontent toujours les mêmes choses. D’ailleurs le taux d’abstention est également élevé en Grande Bretagne et particulièrement chez les jeunes.

    • sauf que ces élections marqueront justement la fin du bipartisme avec l’avènement d’autres partis (les nationalistes écossais, l’ukip, les verts, …)

      • A voir car le scrutin majoritaire a un tour n’est pas proportionnel et tend donc a favoriser les partis conservateurs et travaillistes au dépend des autres partis d’où l’abstention grandissante.

  • « David Cameron n’enthousiasme pas grand monde. Il ne suffit pas d’avoir des comptes bien tenus pour projeter une Nation dans l’avenir. » > Merci de le dire !

    « David Cameron a surfé sur la vague d’euroscepticisme britannique, portée par UKIP » > Gageons que c’est plutôt la position de Farage à la tête de l’UKIP qui a obligé Cameron à prendre position. C’est du reste un vrai régal de visionner les vidéos sur Daily Motion dans lesquelles Farage étrille consciencieusement ses homologues parlementaires européens, sa montée en puissance est très perceptible car, lors des interventions datant du début 2000, beaucoup raillaient Farage, ces derniers mois, tous ont la tête basse lorsqu’il prend la parole.

    Le cocasse étant l’euroscepticisme des Anglais, certes gros contributeurs à l’UE mais, ayant conservé leur monnaie, donc avec un pied en dedans et le reste en dehors. C’est dire si cette UE inspire les gens…

  • Je ne comprends pas comment des libéraux peuvent juger le « Brexit » inquietant pour l’économie UK. C’est un non-sens total. Evidemment l’UK aura un traité de libre-échange avec l’UE s’ils partent, et du coup ils seront gagnant, ils pourront commercer avec l’UE, sans avoir a imposer ses normes sur toute leur économie et en plus ils pourront désormais négocier seuls leurs traités de libre-échange avec le reste du monde, bref ils seront souverain.

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