Plaidoyer pour le bon sens : l’hôpital 2.0 doit d’abord miser sur le vital

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Tribune libre : l’hôpital du futur doit assurer une meilleure prise en charge et des soins de qualité aux patients, en prenant d’abord soin des soignants.

Par Philippe Billet1.

Le projet de loi en lien avec le plan santé 2022 a pour objectif de rendre les établissements de santé plus attractifs. Une partie du projet consiste à élargir l’accès aux données de santé (1,2 milliard de feuilles de soins par an, 500 millions d’actes médicaux, 11 millions d’hospitalisations…), et étendre le champ aux données cliniques recueillies par exemple par les médecins libéraux, ainsi qu’aux données à caractère personnel.

 

La loi prévoit également la création d’un espace santé pour les patients, le développement de la télémédecine, la création d’un nouveau métier (assistant médical) ou encore le développement de 1000 communautés professionnelles territoriales de santé, pour favoriser le travail en équipe des professionnels de santé libéraux avec la prise en charge de consultations sans rendez-vous, pour soulager l’hôpital. Bref, nous sommes à l’ère du « lit connecté ». Cela signifie que va se renforcer la problématique de la donnée patient, de son usage et de son accès par une multiplication des tiers. La première brique de l’hôpital 2.0, c’est l’informatique et pour rendre les établissements de santé « plus attractifs », il convient d’abord de se recentrer sur l’essentiel.

L’effet waouh, de la poudre de perlimpinpin ?

En médecine, le monde regorge de découvertes quotidiennes incroyables à coups d’Intelligence Artificielle, de robotique ou de réalité virtuelle et augmentée. Ces technologies seront, et parfois parfois sont déjà, très utiles à la médecine et au bien-être du patient, sans aucun doute.

Mais l’élément central au bon fonctionnement d’un hôpital, et sur lequel repose toutes ces technologies incroyables, c’est l’informatique, la gestion de la donnée et des flux de communication et d’informations. Car sans une bonne organisation de l’établissement, les hôpitaux trahissent l’essentiel : assurer une prise en charge de qualité des patients et garantir des conditions de travail décentes au personnel soignant.

Les cordonniers sont de plus en plus mal chaussés ?

Souhaite-t-on des soins et une prise en charge de qualité ? C’est naturellement l’objectif sous-jacent à toute politique de santé.

Pourtant, le personnel hospitalier régulièrement en grève témoigne de son mal-être. Certains chiffres font froid dans le dos : 38 % des personnels hospitaliers ont été malades au cours des deux derniers mois de l’année 2018, soit presque deux fois plus que la population générale, et l’ONVS évoque 22 000 signalements de violences et incivilités l’an dernier

En parallèle, côté patient et familles, une prise en charge et des soins irréguliers peuvent transformer une expérience hospitalière en un vécu terrifiant, source de confusion, surtout pour les personnes âgées et les patients souffrant de pathologies mentales.

Pour améliorer la situation, l’informatique et la gestion des flux d’informations doivent jouer leur rôle organisationnel :

  • comment alléger la masse administrative ?
  • comment mettre en place un système d’alertes performant ?
  • qui reçoit les informations et sous quelle forme ?

À travers des systèmes de remontées d’informations « intelligentes », c’est-à-dire, l’administrion de la bonne information, à la bonne personne, en temps réel, pour une prise de décision optimisée, l’informatique est un enjeu crucial voire tout simplement la première étape vers l’hôpital du futur.

Mettre en place un système de flux d’informations performant, c’est donner la possibilité au personnel médical de se recentrer sur sa principale activité : l’écoute, l’accompagnement et la décision. Le reste de l’activité médicale, du geste technique au suivi administratif, sera assuré par la technologie elle-même ou par des professionnels du soin non-médecins. Pour cela, il est nécessaire de réformer en profondeur le monde médical, la formation par exemple, en passant par la définition même de ses rôles respectifs pour impulser une nouvelle dynamique.

La vision à court terme : décloisonner l’hôpital pour des gains financiers

Actuellement, les hôpitaux fonctionnent en silo et les parties prenantes sont nombreuses : les responsables techniques, le département biomédical et bien évidemment le personnel soignant. Pour gagner en efficacité dans le parcours patient, il faut impliquer tout cet écosystème. L’informatique, en tant que socle commun à tous les services de l’hôpital 2.0, doit servir à le décloisonner.

Assurer l’efficacité d’un « lit connecté » nécessite une collaboration plus étroite entre les services et j’y inclus les fournisseurs technologiques : nous devons être capables d’échanger avec tous les services, l’infirmier comme la direction des systèmes d’information, mais aussi de jouer le rôle d’intermédiaire entre eux, en amont d’un projet. L’objectif est de comprendre les enjeux de chacun pour offrir une solution centrale optimisée et amener de la valeur dans les usages du quotidien. Une démarche qui s’inscrit dans une volonté de trouver de nouveaux modèles économiques, via des budgets partagés, à l’heure où les Groupements Hospitaliers de Territoire visent à mettre en place un nouveau mode de coopération entre les établissements publics de santé pour optimiser les coûts de fonctionnement.

Au-delà d’amener des solutions technologiques d’intérêt économique, les fournisseurs de technologies se doivent d’apporter aussi une vision de société, d’intérêt général. L’hôpital du futur doit assurer une meilleure prise en charge et des soins de qualité aux patients, en prenant d’abord soin des soignants.

  1. Philippe Billet est directeur Général Ascom France et Europe du Sud.
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