Cholestérol : la sclérose la plus néfaste n’est pas celle que l’on croit (4)

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C’est à nous de nous documenter, de prendre soin de notre santé, et non à l’État de formuler des recommandations et de s’occuper de remplir nos assiettes.

Par Brice Gloux.

L’idée du mauvais gras reste bien ancrée, comme le montre un article du Figaro paru cet été. En partant à chaque fois d’une phrase de l’article, nous tenterons de démystifier cette croyance à travers différentes recherches et analyses.

Quatrième et dernière partie de ce volet consacré au cholestérol LDL, il est désormais temps de tirer un bilan sur celui-ci. Nous avons pu voir que la formation d’une plaque d’athérome résultait d’un long et très complexe processus dont nous avons encore beaucoup de choses à apprendre. Et si la captation du LDL par la paroi de l’artère est considérée comme la première étape, cette dernière est encore mal comprise et soumise à différentes hypothèses. Il semblerait que la taille ou la dégradation (liée encore avec le temps passé dans le sang) de la molécule joue un rôle crucial.

Aussi, nous avons pu voir que parmi les marqueurs lipidiques, le LDL est celui qui renseignait le moins du risque cardiaque. Mais aussi que ces mêmes marqueurs lipidiques, si ils peuvent nous renseigner d’une certaine symptomatologie, ne sont que des marqueurs et en aucun cas des facteurs de risques essentiels à la survenue d’un accident cardiaque.

C’est pour cela que considérer le LDL comme « mauvais » est un non sens qu’il conviendrait de bannir une bonne fois pour toutes. Au delà de cette erreur de jugement, s’attarder uniquement sur ce point empêche d’observer son environnement. Car vous aurez certainement remarqué durant la lecture de cet article que j’ai pris soin de souligner certains éléments spécifiques :

  • le taux d’insuline dans le sang régule la fabrication du cholestérol ;
  • les glucides diminuent la taille et la densité des LDL-C ;
  • les glucides augmentent la concentration de triglycérides dans le sang ;
  • la résistance à l’insuline augmente le risque d’athérosclérose ;
  • le diabète est corrélé positivement avec le niveau de calcification de la plaque ;
  • plus le taux de glucides augmente dans l’alimentation, plus la mortalité augmente (étude PURE) ;

Et toujours en lien avec l’athérosclérose, j’y ajoute deux autres études.

    • Ici, les chercheurs renforcent l’idée que l’inflammation en lien avec la résistance à l’insuline puisse être un facteur de risque supplémentaire dans le développement de la plaque d’athérome.

L’hyperlipidémie n’est pas une cause importante de l’athérosclérose coronarienne. Des hauts niveaux de glucose, ainsi que la présence de lipoprotéines (LDL et HDL) glycosylée sont une cause majeure dans le développement et la progression de l’athérosclérose coronarienne.

La glycation, autre mécanisme de dégradation des cellules (au même titre que l’oxydation), a comme conséquence la modification de certaines protéines qui perdent alors certaines de leurs propriétés (c’est pour cela que l’on cherche à mesurer par exemple le taux d’hémoglobine glyquée chez les patients diabétiques, car il permet de rendre compte de l’évolution de la glycation, et des dommages engendrés).

Tout cela commence à faire beaucoup et ne montre qu’une seule chose : plutôt que le cholestérol, le LDL ou le gras, la résistance à l’insuline joue un rôle fondamental dans la survenue d’accidents cardiaques, du diabète, de l’obésité, de l’hypertension, de la démence, d’Alzheimer, des accidents cardiaques.

Mon propos n’est évidemment pas de diaboliser l’insuline et d’en faire l’hormone du mal, loin de là, mais d’être davantage attentif à ce qui peut induire une forte élévation de celle-ci, à savoir les glucides.

Les dangers du sucre étaient évidemment déjà bien connu, notamment du fait du diabète ou des caries, et il est apparu une vague anti-sucre dans les médias, certains l’appelant l’autre poudre blanche. Une vague peut-être suite aux dernières fabuleuses recommandations effectuées par l’Organisation Mondiale de la Santé, puis renforcé par l’étude PURE.

L’OMS estime que passer d’une consommation de 10% à 5% de sucre ajouté va jouer un rôle majeur dans la lutte contre l’obésité et le diabète. Et nos chers élus ne sont pas meilleurs, par exemple ceci, dans les recommandations pour les restaurations collectives :

Des apports suffisants en glucides complexes permettent de moins consommer de lipides, de diminuer les risques d’obésité et de maladies chroniques (maladies cardiovasculaires et diabète par exemple), tout en augmentant la part des glucides dans les apports énergétiques journaliers, part que l’on s’accorde à estimer insuffisante actuellement (47% constatés alors que plus de 50% sont recommandés).

Moins de sucres simples, mais plus de sucres complexes, ça va forcément bien se passer. Alors que de très nombreuses études montrent les effets délétères du sucre sur l’organisme, les hautes autorités de santé continuent d’exiger, pour un pseudo équilibre alimentaire, une base glucidique de l’ordre de 50%. Pire encore, de plus en plus d’études montrent qu’une alimentation riche en gras améliore significativement la prise en charge de certaines maladies, et on entend très peu parler.

La sclérose la plus néfaste n’est pas celle que l’on croit

Comment […] un groupe social quel qu’il soit, s’il veut survivre, peut-il se comporter, si ce n’est en maintenant sa structure ou en tentant de s’approprier celle qui lui semble plus favorisée ? Comme un tel groupe social peut-il « élever » ses enfants, si ce n’est dans le conformisme ou le conformisme-anti ? Henri Laborit.

Et c’est tout le problème que de considérer qu’un groupe d’individus puisse définir pour tout le monde ce qui est bon pour la santé, d’autant que cette dernière est la principale préoccupation des Français. Car ce groupe d’individus est soumis aux mêmes biais que nous, notamment celui de croire que ce qu’il pense et fait est ce qui est bon et juste dans le monde ; et dès lors son seul objectif, comme le disait Henri Laborit, est de justifier, maintenir et consolider ces croyances.

Tout ouvert d’esprit que vous puissiez être, vos croyances feront que vous douterez nécessairement de tout nouveau fait, et il n’y a aucune raison pour que des individus issus d’une prétendue autorité agissent différemment. Ajoutez à cela des intérêts personnels (carrière, réputation), des intérêts d’argent et/ou de pouvoir, et il devient de plus en plus incertain de modifier ses croyances et comportements, si tant est que ceux-là donnent quelques résultats.

Notez bien que mon propos n’est pas de considérer que l’on nous ment, et nous cache des choses : je laisse à d’autres la théorie du complot. Et sans être dupe des jeux de connivence, je me questionne plutôt sur l’injonction qui consiste à considérer qu’un groupe d’individus est compétent, légitime et la référence ultime parce que ce groupe est déclaré officiel, de Haute autorité, d’État, bref, d’élu.

Je ne prétends pas qu’un groupe d’individus ne puisse pas être compétent sur telle ou telle problématique ; mais que le souci se pose davantage quand ce groupe s’attribue la qualité de référence officielle et impose son monopole du savoir et ses normes sur un pan aussi important de votre vie : la santé. Et qu’il estime qu’il est de son devoir de réguler la vie du peuple, de définir les normes de ce qui est bon, sain, équilibré, et par là considérer ceux qui suivent ses règles comme vertueux.

La recherche scientifique, qu’elle soit en physique, en biologie ou physiologie est en perpétuel mouvement ; les hypothèses s’infirment ou se confirment, et les théories apparaissent puis disparaissent. Toute théorie scientifique est remplaçable et c’est ce caractère changeant qui rend la Science par nature incompatible avec l’État, qui ne cherche lui qu’à se maintenir et se stabiliser.

Prenons un exemple parlant au Danemark, pays qui a été « le premier au monde à taxer tous les produits contenant trop de graisses saturées. La fat-tax est finalement abandonnée car inefficace en termes de santé et dangereuse économiquement. »

Mais on peut aussi penser à toutes les recommandations qui changent en fonction du temps qu’il fait, qui rendent la source de moins en moins crédible mais qui continuent de réguler notre vie. Les hypothèses scientifiques vont et viennent, doit-il en être de même pour les normes et les réglementations ?

L’État ne se posera jamais la question. Et si ce n’est pas lui qui remplira votre assiette, il s’organisera pour diriger toutes les considérations autour de celle-ci, jusqu’à vous faire sentir coupable de ne pas suivre le droit chemin de la ligne vertueuse de l’équilibre alimentaire que sa sainteté a décidé. Plan, taxes, propagande, sanction économiques, guide pratique des castors juniors, tout est bon pour tracer la voie.

En fin de compte, cette injonction à considérer telle ou telle source comme crédible, à croire que la Haute autorité est la seule légitime, ne vient que de vous, et vous seul. Et il ne tient qu’à vous de reconsidérer ou non cette croyance.1

  1. J’en profite pour présenter deux pratiquants du low-carb qui réalisent des conférences sur cette alimentation riche en gras, desquels je me suis inspiré pour écrire cet article.

    Tout d’abord Dave Feldman, un ingénieur informatique ayant débuté le Low Carb/High Fat en 2015. Après avoir vu son taux de cholestérol grimper en flèche, il a cherché à comprendre comment fonctionnent le cholestérol, et tout le système lipidique. Mieux encore, il travaille sur de nouvelles théories pouvant expliquer l’influence primordiale de l’alimentation sur ce système. Il est son propre sujet d’expérience, et via ses hypothèses il a par exemple pu diviser son LDL-C par 2, de 207 à 103mg/dL en seulement trois jours. Plusieurs conférences sont disponibles sur Internet, par exemple celle-ci : Cholesterol is a Passenger, Not a Driver, qui explique le circuit du cholestérol dans l’organisme.

    Ensuite, Ivor Cummins, l’empereur du gras. Ingénieur également, il s’est retrouvé en 2013 avec un bilan sanguin très mauvais (Gamma GT, Ferritine et cholestérol élevé) ;  les médecins semblant démunis, (à part lui conseiller de manger moins gras et de ne plus boire de vin), il s’est lui aussi mis à se questionner et a finalement conclu qu’il présentait une résistance à l’insuline. Il décida donc de se lancer dans le Low-carb/High Fat (en conservant ses 2 verres de vin par jour), et améliora ainsi significativement tous ses marqueurs sanguins. Vous pouvez retrouver ses conférences sur internet, notamment celle-ci où il explique son parcours, et surtout pourquoi ça marche.

    Enfin, si l’anglais vous rebute, sachez qu’il existe une communauté francophone qui se construit autour du Low-Carb. EatFatToBeFit évidemment, qui est souvent cité comme référence actuelle ; il existe d’autres groupes prêts à vous répondre si vous avez des questions de santé, relative à une maladie ou encore à propos de votre activité sportive, ou si vous êtes juste curieux.