Ségolène Royal dérape à nouveau, cette fois sur le cancer du sein

Ségolène Royal by Parti socialiste(CC BY-NC-ND 2.0) — Parti socialiste, CC-BY

Par Wackes Seppi.

Mme Ségolène Royal, présentement ambassadrice des pôles, a été l’invitée de Bourdin Direct, sur BFMTV le 4 octobre 2019.

Avec elle, on était sûr de faire du buzz.

On ne se refuse rien chez Bourdin Direct

Il a évidemment été beaucoup question de l’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen. La dame a mis de l’huile sur le feu, tant contre Lubrizol que le préfet et les autorités. Elle a aussi louvoyé pour s’approcher par petites touches du critiquable ; et parfois dépasser la ligne rouge comme quand elle a qualifié Lubrizol avec insistance d’entreprise voyou (vers 06:50).

Un autre morceau de choix a été sa déclaration selon laquelle ses absences des réunions du Conseil de l’Arctique étaient une « fake news » (à 20:30)… pour ensuite concéder qu’elle ne va pas aux « réunions pour lesquelles [elle n’est] pas utile » – si seulement elle en tirait les conséquences…

« Si je ne suis pas présente physiquement, nous avons un réseau diplomatique, les ambassadeurs se rendent aux réunions, cela ne m’empêche pas de les préparer à l’avance, on se répartit les réunions. Je continuerai à ne pas y aller si je peux être représentée à un juste niveau par rapport aux enjeux de l’Arctique. »

Notez que dans « Ségolène Royal justifie ses absences à plusieurs réunions du Conseil de l’Arctique par son « bilan carbone » », BFMTV a pris soin d’éliminer l’allégation de fake news de sa séquence vidéo… On ne met pas en difficulté une aussi bonne cliente…

Et voici la séquence pesticides et cancers du sein

Vers 14:30, M. Jean-Jacques Bourdin interroge :

« Et l’épandage des pesticides… qu’en pensez-vous… 5, 10 mètres, c’est raisonnable ? Ou pas ? »

Réponse :

« Non ! 5-10 mètres, c’est pas suffisant. […] 100-150 mètres [ …] Mais ça avait été la distance prévue à l’origine […] Mais vous vous rendez compte de tous les cancers ? Vous vous rendez compte qu’aujourd’hui plus d’une femme sur dix est touchée par le cancer du sein ? Est-ce que vous vous rendez compte de ça ? C’est dû à quoi, ça ? C’est dû aux pesticides.

Donc, qu’est-ce qu’on veut dans une so… Vous avez vu ce que ça coûte, aussi, au contribuable, la santé ? Qu’est-ce qu’on veut ? On veut de la prévention ? Ou on veut que chacun se débrouille et que tous les prédateurs… voilà, ne pensent qu’aux profits à court terme ?

Ben oui, 150 mètres, c’est justifié par rapport à la protection de la santé et par rapport à la protection de la santé des viticulteurs eux-mêmes [M. Jean-Jacques Bourdin était intervenu au début de la réponse pour évoquer les arboriculteurs, les viticulteurs, les producteurs de blé], car savez-vous que dans la profession agricole, le taux de cancer est encore bien plus élevé qu’en moyenne, que dans la moyenne de la population.

Alors, il faut continuer à fermer les yeux ? Mais c’est pas possible, ça ! Et la seconde chose, c’est l’orientation de l’agriculture vers l’agriculture durable et la mise sur le marché de produits de substitution aux pesticides cancérigènes. »

Quand les bornes sont dépassées… les agriculteurs sont des prédateurs

Il y a, dans cette diatribe, des énormités vraiment gigantesques.

Nous retiendrons en particulier que, dans le contexte de cette envolée, les agriculteurs [à priori les conventionnels] et d’autres sont traités de prédateurs. C’est une véritable insulte. Et, surtout une incitation à la haine, particulièrement dans le contexte actuel d’agri-bashing.

M. Axel Kahn dément sèchement

L’un des premiers à réagir a été M. Axel Kahn, président du conseil d’administration de la Ligue Nationale contre le Cancer, dans un article du magazine Gala titré « Ségolène Royal remise en cause après ses propos sur les causes du cancer du sein », avec un sous-titre fort indulgent : « Elle a parlé trop vite ».

« Les causes reconnues des cancers du sein sont l’obésité, l’alcool, le tabac, le THM, peut-être (pas prouvé) les perturbateurs endocriniens. Les gènes de prédisposition. Venez à La Ligue @laliguecancer, Madame la Ministre et Présidente. »

Certains, comme M. Denis Beauchamp (@GrainHedger) se sont lancés dans des supputations sur les raisons de cette sortie de route. Mais peut-on vraiment croire un instant que Mme Ségolène Royal ignore les causes du cancer du sein et les attribue en toute bonne foi aux pesticides ? Elle s’est plutôt lancée – peut-être à l’insu de son plein gré… – dans une diatribe qui plaira à l’électorat qu’elle vise.

Stop à l’irresponsabilité politique et médiatique !

M. Dominique Seux dénonce :

« Les responsables politiques se rendent-ils compte des effets de ce qu’ils [font] quand ils disent n’importe quoi sur des sujets grand public ? Ségolène Royal, pour qui les pesticides sont responsables des cancers du sein, démentie par le président de la Ligue contre le cancer… »

Mais il faut aussi, en quelque sorte, inverser la question : les « journalistes » et les responsables de médias se rendent-ils compte de ce qu’ils font quand il laissent dire n’importe quoi ?

C’est peut-être, malheureusement, une stratégie délibérée. En tendant complaisamment le micro à des personnages prêts à tout, on est sûr de faire du buzz, directement et par autres médias interposés.

CheckNews dément par la force des choses mais suscite le doute avec un scientifique complaisant

Libération et son CheckNews s’est emparé du sujet avec « Est-il vrai que les cancers du sein sont dus aux pesticides comme le dit Ségolène Royal ? » Roulis et tangage pour meubler car il faut répondre par la négative, ce qui n’est pas vraiment dans la ligne éditoriale.

Mais, bingo, on a trouvé un professeur de toxicologie complaisant pour entretenir les doutes et les soupçons (c’est nous qui graissons) :

« Il y a des pesticides qui ont des propriétés qui pourraient être envisagées comme conduisant à des pathologies tumorales, du type cancer du sein. Mais pour être très clair, l’expertise de l’Inserm de 2013 a clairement indiqué que les pesticides pouvaient être associés à trois types de cancer : les cancers de la prostate, un certain type de lymphome de maladie du sang et de myélomes multiples« , explique Xavier Coumoul, professeur de toxicologie à l’université de Paris. Dans la mise à jour de l’expertise de l’Inserm prévue en 2020, une partie sera consacrée aux données des pesticides « qui pourraient possiblement être associés à l’apparition du cancer du sein« , ajoute le spécialiste. Sans aucune certitude à ce stade, donc.

Ces propos sont tout aussi scandaleux que ceux de Mme Ségolène Royal.

L’association d’un langage fort « clairement indiqué » avec une suggestion au conditionnel « pouvaient être associés » ne relève pas de la science mais du commerce de la peur et de l’activisme.

Et comme nous avons eu un doute, nous avons vérifié pour le cancer de la prostate. La partie pertinente de l’expertise collective évoque trois méta-analyses comportant des faiblesses, avec la conclusion suivante (nous graissons) :

« L’homogénéité des résultats dans ces études serait en faveur d’une association possible entre le cancer de la prostate et l’exposition aux pesticides. Cependant, les résultats de cette étude ne permettent pas d’identifier un pesticide spécifique responsable de l’augmentation du risque ; la plus forte association est retrouvée chez les travailleurs exposés aux phénoxy herbicides contaminés par des dioxines ou furanes. »

C’est ce qui est « clairement indiqué »…

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