La politique, ou l’art de vous empêcher de vous mêler de ce qui vous regarde

C’est la condescendance d’une minorité politique qui affirme savoir, à l’encontre d’une majorité, le peuple, qui doit la croire sur parole.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Which should I choose by Tori Cat(CC BY-NC-ND 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La politique, ou l’art de vous empêcher de vous mêler de ce qui vous regarde

Publié le 30 septembre 2019
- A +

Par Philippe Bilger.

Il y a eu la convention de la droite le 28 septembre. Avec une intervention d’Éric Zemmour qui a dénoncé « la guerre d’extermination de l’homme blanc hétérosexuel catholique ». Rien que cela !

Et, à rebours, un discours courageux et sans aucune complaisance, donc mal accueilli, de Raphaël Enthoven sur l’impossibilité théorique et pratique d’une union des droites.

Deux personnalités que tout oppose mais qui me permettent de confirmer la justesse de cette première pensée de Paul Valéry : il faut « se livrer tout entier à la discipline effrayante de l’esprit libre » (Service Littéraire). J’aime que tout soit dit magnifiquement de l’honneur et des affres de la liberté.

Mais Paul Valéry ne s’arrête pas là pour éclairer encore davantage notre climat intellectuel et démocratique d’aujourd’hui. Car il propose cette intuition fulgurante sur la politique qui est « l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde ».

Une fois dépassé l’apparent paradoxe, la lucidité de ce constat pessimiste ne peut manquer de nous frapper par son actualité. Il vise le cœur de cette propension des politiques, de l’essence du politique – qu’il soit totalitaire ou affiché noblement républicain – à se méfier de ce qui pourtant est leur seule légitimité : le peuple, la communauté des citoyens.

On comprend bien comment les dictatures prétendent le servir en l’étouffant, en substituant par force, par contrainte, en spéculant sur la paresse et le confort d’une masse dirigée, caporalisée, privée de toute responsabilité et décision, leur verbe et leur vision aux siens.

Pour les démocraties, si la dépossession est plus subtile, elle est indéniable mais acceptée parce qu’on l’estime techniquement et politiquement nécessaire, inévitable. Et pourtant !

Faut-il évoquer la répugnance française à l’égard des référendums au point que nous soyons obligés en permanence de faire référence à de Gaulle qui y voyait le moyen irremplaçable de nouer un lien positif ou négatif avec les Français ?

Qu’on songe à ces référendums négligés quand la majorité d’une France avait mal pensé et voté, à ces référendums constitutionnellement prévus mais jamais mis en œuvre, à ces référendums dont le processus a été voulu tellement impraticable et bureaucratique que le pouvoir demeurera tranquillement à l’abri de leur possible funeste décret, qu’on songe à ce référendum qui l’a pris par surprise sur ADP (Aéroports de Paris) et dont il s’efforce de limiter astucieusement le nombre de signataires !

C’est la condescendance d’une minorité qui affirme savoir à l’encontre d’une majorité qui doit la croire sur parole sauf durant les élections où le peuple réel n’est pas représenté équitablement sur le plan parlementaire.

Qu’on retienne d’ailleurs, à ce sujet, la seule véritable bonne idée républicaine des Gilets jaunes, ce RIC qui aurait mérité, même aménagé, d’être traité avec moins de désinvolture. On trouve toujours des expédients en France pour empêcher le peuple de se mêler de ce qui le regarde.

Cette obsession préventive ne concerne pas que la politique. Combien d’institutions et d’instances, judiciaires, culturelles ou autres, n’ont pour ambition que de ne jamais faire entrer les citoyens par la porte ou, quand ils sont présents, d’en limiter le nombre et de faire sortir les autres par la fenêtre, par exemple comme pour la cour d’assises !

Qu’on ne m’oppose pas les grands débats, les messes médiatiques qui constitueraient des moments privilégiés pour l’expression de notre pays ! Ce n’est pas la même chose de décider de donner au peuple la parole ou de la lui laisser prendre naturellement, spontanément.

Paul Valéry a vu si juste comme s’il était encore présent parmi nous et avait senti les tristes faiblesses et vraies dérives de notre modernité.

Sur le web

Voir les commentaires (16)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (16)
  • Encore un petit effort et M. Bilger comprendra aussi que le référendum est peut-être une panacée républicaine mais certainement pas une panacée libérale. Car le référendum c’est aussi « l’art de vous empêcher de vous mêler de ce qui vous regarde ».

    • Le referendum, c’est l’art de laisser vos voisins vous spolier légalement.

    • Sauf que les citoyens sont en général bien plus libéraux, sur les questions économiques et sociétales, que les représentants de l’Etat.
      Et donc, mettre en place le RIC, ce n’est pas seulement accroître la démocratie d’un pays, c’est aussi en accroître l’évolution libérale !

      • Ah, ah ! C’est la meilleure celle-là !
        Les Français, ces grands libéraux sur les questions économiques et sociales… comme le montrent tous les sondages qui les questionnent sur le capitalisme, le monde de la finance, la retraite par capitalisation, les inégalités, la mondialisation, la sécurité sociale… et j’en passe et des meilleurs !!

      • Ils sont libéraux pour eux seulement.

        En 2017, 100 % des votes étaient pour le socialisme.

  • Le peuple ? Serait-ce cette entité homogène qui vit de la même manière, pense la même chose, a les mêmes moyens et dont l’ennemie « intime » est le(s) gouvernement(s) qui, par principe, lutterait contre son influence forcement cohérente ? L’idée que le référendum est l’expression du peuple est aussi aberrante que les moyens de pression qu’exercent les partis démagogues passés maitres dans l’art de le manipuler. D’ailleurs, si l’on conteste la véracité de la représentation des différents courants politiques à l’assemblée, on peut en faire de même avec les résultats du référendum de 2005 ou même du Brexit, qui montrent que les perdants, plus de 40% dans les deux cas, ne disparaissent pas dans une grotte. On a vu et on voit aujourd’hui que ce n’est pas le cas. Le fait d’écrire, au détour d’un paragraphe, qu’un gouvernement s’emploie astucieusement à limiter le nombre de participants au référendum d’ADP, sans citer de sources fiables, démontre de quelle manière insidieuse, on peut orienter des esprits, peut-être déjà contaminé, vers des réactions affectives qui ne peuvent générer, à termes, que de la haine. L’exemple Zemmour est imparable.

  • On n’en serait pas là, à se poser ces questions sur la vie ensemble dans le bocal, si le dit bocal était mieux fichu.

  • Merci à Philippe Bilger pour cette citation de Paul Valéry sur sa perception de la politique: « l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde ».
    Un réflexion d’actualité puisque la politique en France est devenue « la chose » de la secte Politico-Administrative d’une Macronie déjà en mal de pérennisation pour un nouveau quinquennat!
    C’est la démocratie à la française; une façon originale d’interpréter la « déclaration des droits de l’homme… »
    Oh! , vous me direz qu’il s’agit d’une déclaration qui n’était pas d’inspiration française…

    • Très juste puisque c’est une notion inventée par les anglo-saxons! D’ailleurs à peine rédigés, ils furent aussitôt bafoués par des massacres. Et on constate de nos jours qu’ils ne sont toujours pas respectés!

  • Une. vidion bien peu objective des intervenants de la convention de la droite…
    E. Zemmour n’a pas parlé que de l’immigration (au demeurant une réalité), il a aussi fustigé « l’Etat qui est devenu une arme qui détruit la nation » et « les progressistes qui nous ont amenés à une guerre des races ».
    On comprend que des propos « sans concession » aient gêné R. Enthoven.

  • Ah la paresse et le gout du confort du peuple… ils s’ expriment chaque jour face l’Urgence pour la Planète.
    1 exemple: après la large diffusion de vidéos choquantes et violentes sur le sort des animaux dans des abattoirs ( y compris Bio!) on aurait dû noter à une baisse immédiate et drastique de la consommation de viande, grâce à la prise de conscience des citoyens et de leur compassion naturelle.
    Hélas 100 fois hélas: aussi vite vu qu’ oublié, la consommation de viande baisse depuis des années, certes, mais de « choc » avec refus de viande , après diffusion des scènes terribles, il n’ y eu point.
    Entre leur confort et leur paresse, les consommateurs préfèrent continuer de manger leur steak quotidien ( alors qu’ 1 ou 2 fois par semaine suffirait largement) oubliant les images et se plaignant bien sûr de leur porte-monnaie qui se vide.
    Le peuple n’ est pas à plaindre ( surtout en France) ; la Planète et la biodiversité qui souffre et meurt: si.

    • La Planète souffre et meurt…. bien endoctriné, bravo.

    • « La planète et la biodiversité souffre et meurt »… Quand le météorite s’est crashé et a exterminé 90% de la faune et la flore, oui, là on peut dire que la planète et la biodiversité a souffert comparé à maintenant 😉

  • Moi ce qui me dit que ce que dit Zemmour (bien qu’un peu trop violemment) pourrait ne pas être si faux que ça, c’est le nombre de réactions à la fois des médias, peuple de la « bien pensante », et politiciens…

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Comme nous l’avons vu dans la première partie, les élections américaines de mi-mandat se sont déroulées mardi dernier.

Elles furent définitivement un résultat en demi-teinte pour les deux partis : d’un côté, le parti du président Biden a perdu la Chambre des représentants, l’empêchant de contrôler le budget et de l’autre, les Républicains n’ont pas réussi à gagner le Sénat dont le sort encore indécis ne sera finalement peut-être pas décidé avant le 6 décembre lors du second tour en Géorgie.

 

L’importance du local

Ce... Poursuivre la lecture

la liberté
5
Sauvegarder cet article

La guerre russe en Ukraine place une fois de plus le monde occidental, le monde des démocraties libérales, face à ses renoncements et ses douloureuses contradictions.

Comme dans les années 1930 face à l'Allemagne, l'Italie et l'URSS, on le voit se lever au nom de ses principes face à l'autoritarisme brutal d'un Vladimir Poutine, mais on le voit aussi se braquer dans des certitudes sociales et/ou climatiques qui lui font imposer ses jolies politiques d'en haut en oubliant qu'il tient ses pouvoirs des individus. Exemple typique, les zone... Poursuivre la lecture

1
Sauvegarder cet article

« Docteur, j’ai mal partout, quand je touche mon ventre avec mon doigt j’ai mal, quand je touche mon genou j’ai mal, quand je touche ma tête j’ai mal… » ; et le docteur de répondre : « vous avez juste le doigt cassé ».

Le gouverné aussi dit avoir mal partout, mais c’est son doigt qui est cassé, son doigt démocratique.

Est-ce du spleen ou du blues qu’éprouve le gouverné, difficile de trancher. Mais le mal être est indubitable. Pourtant, nous essayons, nous nous débattons, tentons de trouver une position plus agréable, pour un mom... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles