L’écriture inclusive aide-t-elle la cause des femmes ?

Tribune libre : l’écriture inclusive ne risque-t-elle pas d’exclure les personnes qui ne se définissent pas par leur genre ? De faire surgir d’autres formes de militantisme dans la langue, jusqu’à lui faire perdre sa fonction de communication ?

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Working on letter writing by Chris and Jenni(CC BY-NC-ND 2.0)

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L’écriture inclusive aide-t-elle la cause des femmes ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 26 septembre 2019
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L’écriture inclusive a pour objectif d’inclure de manière explicite le genre féminin dans l’écrit. Dans la phrase « les cuisiniers sont au travail » on s’imagine uniquement des hommes. Alors que « les cuisinier.ère.s sont au travail », nous rappelle que les femmes aussi peuvent exercer la cuisine comme métier. En faisant lire des phrases de ce type à des groupes de personnes, on a pu observer l’utilité de l’écriture inclusive à rééquilibrer la représentation de la femme chez le lecteur. Mais au-delà de cette expérience discutable, quels sont les véritables effets sur inégalités hommes-femmes ?

Sur le soutien à la cause féminine, on observe que 52 % des médecins de moins 60 ans sont des femmes et cette proportion augmente pour les tranches d’âge inférieures s’agissant d’une profession qui attire de plus en plus les femmes. Une profession exigeante tant dans le niveau d’étude requis que dans l’implication personnelle qu’elle requiert.

On notera aussi un machisme de tradition plutôt décourageant pour une jeune femme qui veut se lancer dans des études de médecine. Et pourtant voici une des très rares professions pour laquelle il n’existe même pas de nom au féminin ! Seul le très peu usité, femme-médecin ; le très masculin, une médecin ; ou encore, l’échappatoire, une doctoresse, viennent nous rappeler que ce métier existe au féminin.

Curieusement, au Moyen-Âge puis à la Renaissance on trouve trace de noms féminins : une médecienne, une médecine ou une miresse. Ces noms n’ont pas résisté aux vagues de masculinisation de la langue française. On voit là qu’une représentation linguistique exclusivement masculine ne favorise pas la gente masculine comme on aimerait nous le faire croire.

Certaines langues, comme l’anglais, n’ont pas de genre pour les noms propres, et donc pas davantage pour les professions, à quelques exceptions prêt : waiter/waitress pour serveur/serveuse, midwife/male midwife pour sage-femme, qui n’a pas d’équivalent masculin en français, obligeant les hommes intéressés par la profession de se faire appeler sage-femme eux aussi ou, plus techniquement, maïeuticien. Cette neutralité linguistique ne semble pas donner aux femmes une place plus importante dans le monde anglo-saxon comparativement à la France, montrant là aussi que la représentation linguistique n’a pas d’effet égalitaire comme on aimerait nous le faire croire.

Certains noms de professions ou d’activités ont conservé le genre du nom commun dont elles sont dérivées sans que cela nous surprenne ; même lorsqu’il s’agit du féminin. Johnny Hallyday était UNE vedette, même UNE star. La virilité du chanteur n’est pas remise en cause par la présence du féminin. On notera que c’est en intégrant le français que star est devenu féminin, car neutre en anglais, sans provoquer une féminisation du sujet comme on aimerait nous le faire croire.

Esthétique et lisibilité

L’aspect esthétique et la lisibilité sont clairement des défauts importants aux yeux de tous.  « Beaux boulangers inventifs devenez des chefs d’entreprise accomplis ! » deviendra « Beaux.elles boulanger.ère.s inventif.ve.s devenez des chef.effe.s d’entreprise accompli.e.s ! ». Peu lisible et difficile à rédiger, croyez-moi. Mais surtout, quelle lecture orale adopter ? Au masculin, on perdrait tout l’intérêt et on mettrait en évidence l’exclusion du genre féminin qui existe à l’écrit ; au féminin, on se risquerait à la critique de l’exclusion évidence du masculin, et la double lecture aurait peu de chance de s’imposer.

Le bulletin municipal pour homme

En lisant le bulletin municipal ce matin, je reconnais l’usage de l’écriture inclusive dans le mot du maire et je ne peux m’empêcher d’y voir la confirmation de son penchant électoraliste pour le Camp du Bien. Pas de chance pour lui, le reste du bulletin est au masculin. J’ai donc l’impression, à l’exception du mot du maire, d’avoir lu la version pour homme du bulletin municipal. Le piège s’est refermé sur celui qui l’a tendu.

Le pire est à venir

Inutile, inefficace, inesthétique, illisible, peu pratique, peu économique, la critique s’arrête-t-elle là ? Hé bien non, le pire reste à venir. En se focalisant sur le genre, l’écriture inclusive impose au lecteur de faire un choix entre masculin et féminin. La tolérance et la liberté, qui heureusement progressent, ont permis de mettre en lumière une partie de la population qui ne se reconnaît pas dans le schéma binaire féminin-masculin.

Ces personnes, transgenres ou pas, sont en droit de se sentir définitivement exclues par cette écriture se voulant inclusive. De plus, cette polarisation sur le critère du genre impose un axe de lecture qui n’est pas nécessairement représentatif. Un homme très âgé peut avoir une représentation de lui-même comme personne âgée plus qu’homme, si, par exemple, il se sent plus proche d’autres femmes âgées que d’autres hommes dans la force de l’âge.

Ceci vaut pour tout individu qui n’adopte pas une lecture du monde sur le critère opposant les femmes aux hommes. En imposant une lecture opposant le féminin au masculin, premièrement, on exclut ceux pour lesquels ce critère n’est pas significatif et, deuxièmement, on crée une opposition. Sans surprise, on trouve là les bases d’un féminisme militant qui s’oppose à l’universalisme et l’humanisme. C’est donc une écriture qui exclut et qui oppose et non pas une écriture inclusive comme on aimerait nous faire croire.

L’alternative : la neutralité de fait ou de représentation

Alors, que faire ? Conserver nos vieilles habitudes héritées de la masculinisation de notre langue ? À la source de notre langue, le latin prévoyait le genre neutre qui phonétiquement se rapprochait davantage du masculin, mais cette explication linguistique ne suffit pas. La recherche de la neutralité doit être réactualisée. L’emploi de termes neutres, aussi nommés épicènes, permet d’affirmer l’universalité du genre humain, évitant ainsi d’imposer un axe de lecture, de devoir choisir son genre, et proposant une lecture simplifiée et esthétique.

Le plus étonnant est que des mots épicènes existent dans la langue française, tel que élève ou membre. « Les élèves entrent en classe », tout le monde est inclus, les garçons, les filles, ceux qui hésitent, mais aussi les handicapés, les malades, les pauvres, les grands, les étrangers, les intellos, les sportifs, les Noirs, les Chinois, les Juifs, etc. Ce qui qui compte est leur qualité d’élève, mise en évidence sans opposition et sans faire de catégories. Le mot personne est également neutre, bien qu’il n’existe qu’au féminin. Pourtant, dans la phrase « une personne est arrivée », aucun homme ne se sent exclu.

Le mot médecin prend également ce chemin : dans la phrase « mon médecin m’a rassuré », le médecin peut très bien être un femme. On voit ainsi une inversion des causes et des effets. Ce n’est pas en féminisant les noms que les femmes se créeront mentalement des possibilités ; mais c’est au contraire en investissant ces possibilités que les représentations verbales en deviendront neutres.

À force de voir de plus en plus de femmes médecins, le mot médecin devient neutre et représente autant une femme qu’un homme. Ceci rend l’adoption de l’écriture inclusive non seulement vaine, mais souligne le risque pervers de penser que la féminisation des mots est l’aboutissement du combat. La novlangue inventée par G. Orwell dans son roman dystopique 1984 avait pour but de modifier les comportements par la langue, l’écriture inclusive s’en inspire, mais échoue là aussi contrairement à ce qu’on aimerait nous faire croire.

La voie de l’universalité et de la neutralité

Pourtant, l’écriture incluse gagne du terrain par la pression d’un féminisme militant qui a trouvé là un combat de plus à mener. Un combat qui se range lui-même dans le Camp du Bien pour mieux infiltrer les institutions et dont toute tentative de démasquage passe pour un nouveau machisme.

Élevons-nous pour faire triompher l’universalisme, pour éviter les partitions et les oppositions, pour offrir toutes les chances et tous les accès possibles au plus grand nombre, pour combattre sans relâche et sans complaisance toutes les discriminations. Notre langue y trouvera naturellement une neutralité de représentation qui signifiera l’évolution de la société vers davantage de tolérance et d’ouverture à l’autre. Ne nous laissons pas berner par ce qu’on aimerait nous faire croire !

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  • L’écriture inclusive est la signature des cons indécrottables. Elle favorise la cause des femmes comme l’étoile jaune a pu aider le sort des juifs.

  • il y a une cause spécifique aux femmes? je veux bien..mais si il s’agit d’Égalité de résultat..elle est inique..
    si il s’agit de forcer l’égalité entre homme et femme…elle est biologiquement risible et contraire à la notion de cause des femmes…

  • On dit bien UN vagin et UNE b.te !

  • Autre chose d’importance.

    Cette forme d’écriture va exclure les personnes souffrant de troubles dys (dyslexie et dysorthographie, ~4 à 5% de la population française) ainsi que toutes les personnes qui vont utiliser les lecteurs d’écrans (malvoyants et non voyants, ~1 à 2% de la population française) qui ne sont pas prévus pour ça.

    Ça fait quand même beaucoup d’exclus, qui sont déjà en situation difficile, à la base.

    Et dans ces groupes, on retrouvera donc des femmes pour qui se sera un peu la double peine et qui ne se sentiront probablement pas vraiment aidées.

  • Je pense que tout ça est le résultat de l’abêtissement du genre humain.

    Jamais quand j’étais à l’école je n’imaginais que ‘ l’homme des cavernes ‘ n’était pas une tribu d’hommes, de femmes et d’enfants (des deux sexes eux aussi), je cocevais parfaitement que dans ‘les chrétiens’ il y avait aussi des chrétiennes et que dans les ‘souverains d’Europe’ il y a des reines…

    Avec ces conneries il va falloir rebaptiser la série télé ‘ il était un fois l’homme ‘:

     » Il était un fois l’homme, la femme, les enfants garçons, les enfants filles, les lesbiennes, les gays, les transgenres, les bisexuels, les bisexuelles, les ‘queers’, les ‘en questionnement’, les bispirituels et les bispirituelles  »

    Mais il y aura toujours des emmerdeurs (vous aurez compris que les emmerdeuses sont incluses) qui se sentiront exclus…

  • Rappeler à tout instant qu’il ne faut pas oublier que les gens peuvent appartenir à des genres différents, c’est d’abord penser que la.e lectrice.eur est débile au point de ne pas y avoir pensé tout.e seul.e. C’est un manque de respect qui ne peut conduire qu’à ne pas être lu.e.

  • Evidemment l’écriture dite inclusive est d’une absolue stupidité et confond le genre avec le sexe, ce qui – dans le language – n’a rien à voir. On dit une victime ou une sentinelle que la personne soit un homme ou une femme… Plus sérieusement, on voit ici comme hélas dans beaucoup d’autres domaines, le résultat de 30 ans d’abêtissement des Français avec une école qui a été livrée pieds et poings liés aux pédagogistes qui ont fabriqué une génération entière de déculturés qui ne connaissent ni la langue, ni la littérature ni l’histoire de leur pays.

  • Quand on aura fini de se légiférer sur le sexisme de la grammaire et la couleur des jouets, on pourra peut-être s’occuper du vrai problème: la déconstruction des sociétés occidentales par des minorités instrumentalisées.
    Je n’ai jamais vu une ordonnance de médecin femme ne pas indiquer Docteur X…

  • Je pense qu’il faut savoir raison garder. Mis à part certaines associations, certains journalistes ou certains politiques qui veulent se faire mousser, qui utilise aujourd’hui cette forme d’écriture ? Elle a certes le tort d’exister, mais il me semble qu’elle reste largement marginale. On est loin de l' »abêtissement général des français » dénoncé dans certains commentaires.

    • Anagrys: Je reçois régulièrement des newsletters et une revue de ma mutuelle (MGEN pour ne pas la nommer) qui est entièrement rédigée en écriture inclusive.

      • Mutuelle Générale de l’Education Nationale ?

        • Je comprends votre figurine hilare. Hélas, je suis trop âgé pour quitter cette mutuelle extrêmement orientée, substantiellement coûteuse et aux prestations bien médiocres

          • En êtes-vous sûr?
            La MGEN ne rembourse pas grand chose mais aime à faire croire qu’elle est performante. Un petit tour des autres mutuelles pourrait peut-être vous réserver des surprises…

    • Ce n’est effectivement pas encore un abêtissement généralisé, mais un signe visible de l’abêtissement de « certain.e.s ». Qu’en sera-t-il dans très peu d’années du fait de l’idéologie de l’EdNat ?

  • La réponse à la question posée est : non cela n’aide pas la cause des femmes et de toutes façons il n’y a pas de « cause des femmes », qui sous-entend qu’elles sont homogènes, pensent toutes la même chose et réclament toutes la même chose, ce qui n’est pas le cas. Au même titre que les hommes d’ailleurs ou tout groupe de personnes.
    Ce qui me choque le plus dans la revendication pour cette écriture, c’est que c’est un extrémisme stupide.
    Le monde n’est pas noir ou blanc. L’écriture Inclusive est l’extrême opposé de la situation actuelle qui veut que les femmes soient « avocat » comme écrit sous les intervenants dans les reportages télé, ou « Directeur » comme dans les grandes entreprises, ou « Madame le Président » comme lors d’un récent débat.
    A une époque où plus grand-monde n’est choqué par la prévalence des termes anglais même quand les termes français existent, pourquoi féminiser des noms de professions ou de fonctions qui le sont facilement génère-t-il de telles levées de boucliers ?
    Mais non, au lieu de discuter de ce fait basique, où l’adhésion du plus grand nombre serait assez facile à obtenir, Ben non, on choisit l’écriture inclusive, on choisit les « celles et ceux », on choisit de combattre la règle du masculin qui l’emporte.
    Oui la bêtise est bien parmi nous.
    Au fait, petite note pour l’auteur : dans la fonction de sage-femme, le « femme » désigne la parturiente et non le soignant, donc .inutile de produire un nom scientifique pour le remplacer. Mais au fait, pour quelle raison les hommes veulent-ils remplacer ce terme ? Quand c’est eux qui doivent utiliser un terme qu’ils croient féminin pour la profession qu’ils exercent, là c’est embêtant et il faut modifier le terme ? Curieux non ?

  • C’est donc une écriture qui exclut et qui oppose et non pas une écriture inclusive comme on aimerait nous faire croire.

    Oui, c’est exactement cela, de l’écriture exclusive.
    Moquons les en piqure : un person âgé, un star, un vedette, un intelligence, le beauté mais la guerre, la violence, la bêtise.
    Pour montrer que l’on va vite ne plus se comprendre et que la langue n’appartient pas à ces gens là.
    A la rigueur, introduisons le neutre, mais en concertation et non en oukase bolchévique.

    • MichelC Vous confondez termes qui désignent la fonction d’une personne et noms communs. Aucune raison de modifier le genre des noms communs (une vedette est une vedette, car vedette est un nom commun féminin, comme numéro est un nom commun masculin, ce qui fait qu’une fille peut être « un sacré numéro » sans que ça choque personne). Non on ne va pas dire « le beauté d’un homme ». Si star est devenue féminin en intégrant le français, c’est parce que star signifie étoile, qui est féminin en français, tout simplement. Quand on ne connaît pas la linguistique ou l’histoire des mots, on ne les prend pas en exemple. Comme pour sage-femme, dont « femme » désigne la femme enceinte, qui devient un contre-exemple car l’auteur reconnaît que les hommes sages-femmes préfèrent utiliser maïeuticien. Les femmes devraient donc accepter d’être « avocat » quand les hommes deviendraient « maïeuticiens » ?
      Oui l’écriture inclusive est exclusive, oublions cet extrémisme et réfléchissons uniquement sur ce qui est logique.
      En revanche, il n’y a pas de raison objective de refuser la féminisation des termes des professions ou fonctions, dès lors qu’ils désignent une personne précise (une avocate, une présidente, une autrice pourquoi pas ?)

  • le crétinisme d’une certaine engeance féministe fait pitié !

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