Élections anticipées au Royaume-Uni : un pari risqué pour Boris Johnson

Si les élections anticipées ont lieu, c’est un coup à double tranchant pour le Premier ministre et l’opposition : elles peuvent soit donner à Johnson une majorité confortable qui ferait de lui l’homme fort du Royaume-Uni et en Europe, soit le faire tomber.

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Élections anticipées au Royaume-Uni : un pari risqué pour Boris Johnson

Publié le 5 septembre 2019
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Par Alexandre Massaux.

Le Premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, a demandé, fin août, des élections anticipées. Le parlement reprendra ensuite son activité pour discuter du Brexit fixé au 31 octobre, date que Boris Johnson s’est engagé à respecter. Ces élections, qui doivent lui donner une marge de manœuvre pour trouver un accord avec l’UE, suscitent d’importantes critiques sur la scène politique interne mais aussi internationale. Il apparaît dès lors que cette manœuvre politique constitue un coup risqué pour le Premier ministre.

Vers un renforcement de la position de Johnson au Royaume-Uni et dans les négociations avec l’UE

Avant l’élection de Johnson, le parti conservateur anglais était au plus bas. L’élection européenne a été un fiasco pour le parti de May et de Johnson, qui s’est retrouvé à la 5ème place avec 9 % des voix après le parti du Brexit à 31 %, les libéraux-démocrates à 20 %, les travaillistes à 14 % et les Verts à 12 %. Au niveau national, la situation était à peine meilleure compte tenu des sondages qui donnaient gagnants les travaillistes avec une montée continue du parti du Brexit.

La situation a commencé à changer, quand il est apparu que Johnson pouvait devenir Premier ministre, puis avec sa victoire. Le parti conservateur connaît dès lors une forte remontée dans les sondages tandis que le parti du Brexit chute : en juin les Tories étaient à 22 % et se retrouvent, au premier septembre, à 33 % ; le parti du Brexit passe lui de 20 % à 13 %. On comprend donc que la stratégie de Johnson consiste à réunifier l’électorat de la droite britannique divisée entre les conservateurs et les membres du parti de Nigel Farage. Pour cela, il s’agit de phagocyter le parti du Brexit tout en mettant en place une sortie de l’UE le 31 octobre. À cette fin, Johnson contourne le parlement afin de s’assurer un soutien électoral qui pourra lui être utile à moyen terme.

En outre, le Premier ministre envoie un message aux chefs d’États de l’UE en montrant qu’il est désormais maître des négociations du coté anglais. Theresa May s’était embourbée dans les discussions parlementaires qui avaient empêché un accord final. Boris Johnson souhaite éviter une situation similaire et montrer sa détermination face aux autres pays de l’UE et aux institutions européennes. Cette stratégie est en outre confirmée par le choix de partisans du Brexit dans son gouvernement comme Dominic Raab, désormais ministre des Affaires étrangères.

Politiquement, Boris Johnson contourne le parlement pour renforcer son poids politique, à la fois auprès de la population mais aussi face à ses homologues étrangers. Si cette stratégie présente des avantages en matière d’efficacité, elle est aussi source d’une polarisation dangereuse politiquement, mais aussi pour la stabilité du pays.

Une polarisation de plus en plus accentuée

La suspension du parlement incite, en effet, les opposants de Boris Johnson à se rapprocher. Le Parti travailliste (Labour), le Parti national écossais (SNP), les libéraux-démocrates, le Plaid Cymru (pays de Galles), les Verts et le Groupe indépendant pour le changement sont d’accord pour repousser la sortie du Royaume-Uni de l’UE. De plus, l’opposition se dit prête à voter une motion de défiance envers le gouvernement Johnson. Si ce rapprochement de circonstance se développe, il est néanmoins plombé par la personnalité de Jeremy Corbyn, chef des travaillistes considéré comme trop à gauche par les libéraux-démocrates. Une situation qui pourrait profiter à Johnson si ce dernier réussit à rassembler la droite derrière lui.

Même s’il est trop tôt pour parler de véritable alliance au niveau de l’opposition, force est de constater que la scène politique se polarise de plus en plus entre la gauche et la droite. Situation qui n’est pas sans rappeler celle qui se déroule au États-Unis. Si Johnson est différent de Trump, la situation s’en rapproche avec une opposition sur les questions sociétales de plus en plus marquée. Le risque est de faire basculer les centristes du parti libéral-démocrate dans le camp de la gauche britannique : ce parti a été, avec le parti du Brexit, celui qui a connu le plus de progression aux dernières élections et fut jadis un allié des conservateurs de 2007 à 2015. Un basculement à gauche du parti serait donc désavantageux pour Johnson.

Au final, c’est une situation problématique qui va s’accentuer au Royaume-Uni. La polarisation qui s’installe n’est pas tant celle du peuple contre les élites qu’une recomposition de la droite et de la gauche qui ont de plus en plus de mal à s’entendre. Si les élections anticipées ont lieu, c’est un coup à double tranchant pour le Premier ministre et l’opposition : elles peuvent soit donner à Johnson une majorité confortable qui ferait de lui l’homme fort du Royaume-Uni et en Europe, soit le faire tomber.

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  • C’est un article qui a biberonné au son de la propagande européenne.

    Est-il si difficile de comprendre que :
    1*) « Bojo » ne veut pas s’embourber, comme la stupide May, dans des débats parlementaires stériles qui ont pour seul effet d’empêcher la sortie de la Grande Bretagne de l’UE, comme l’ont pourtant décidé les britanniques par leur vote en faveur du Brexit.
    2*) « Bojo » rend le pouvoir au peuple britannique, en soulignant que les parlementaires empêchant, depuis deux ans, la réalisation concrète du Brexit, les anglais doivent, par leur vote, confirmer (ou pas) qu’ils veulent sortir de l’UE, et donner (ou pas) à leur Gouvernement une majorité parlementaire fiable pour y arriver.

    Bien entendu, la route est longue, et les ennemis nombreux, à commencer par les partisans de l’UE qui feront tout pour accroître les problèmes des britanniques.

    • bref encore une fois ce n’est pas l’europe le probleme mais les GVT du royaume uni.. ils voudraient sortir , mais pas tout a fait , ou pas encore , ou pas comme çà.. bref ça fait 3 ans que çà dure..
      preuve que ce referendum n’etait pas applicable en l’etat

      • C’est pas le gvt, mais bel et bien les élus qui ne veulent pas respecter la volonté du peuple. Le reste, c’est du vent.

        • durru , oui comme vous dites….c’est y pas chez nous que l’on a eu un sarkozy qui s’est assis sur la volonté du peuple lors d’un référendum?….

          • le referendum Sarkozy traitait de la constitution europeenne pas de la sortie de l’europe

          • Quelle volonté du peuple ? En 2005, le non regroupait autant ceux qui voulaient plus d’europe, moins d’europe et autant mais différemment !
            Quel leader du non est sorti des urnes en 2005 ? Aucun. Pas de Farage, mais un NDA absolument inaudible.
            Pourquoi inaudible ? Parce qu’il semble incapable de sortir de son micro parti.

            • N’empêche que le choix (pas de ce contenu-là) n’a pas été respecté. Et c’est quelqu’un qui avait voté « oui » en 2005 qui le dit…
              La question n’est pas d’un leader, ni même d’une alternative. Quoique, quoi de plus simple que de ne rien faire, c’est à dire de ne pas s’enfoncer dans encore plus de bureaucratie farfelue ?

              • Le « non » n’était pas un Plan B. Je ne suis pas partisan (moi aussi, j’avais mis un Oui), mais je rappelle que la question du référendum était posée uniquement sur le choix de l’exécutif. Si ce choix n’était pas suivi, toutes les options redevenaient possibles, toutes donc le Oui aussi à terme.
                Ce terme était les élections et le vote n’a pas du tout montré ce choix comme majoritaire.

                Je rappelle souvent que le réf de 2005 n’avait rien à voir avec le vote britannique, qui proposait une vraie alternative. Le non de 2005, c’est « tout le monde à gagné même les contraires ».
                NDA se ment à lui même à croire que parce qu’il a dit non et que le non est sorti, les non étaient identiques et qu’il aurait donc gagné. Le futur l’a démenti.

                Rappeler sans fin 2005, c’est se faire plaisir sur les bouc émissaires et ne rien apprendre.

                • Le problème de 2005 est d’abord, effectivement, d’avoir soumis la question au référendum sans qu’il y ait de vraie alternative.
                  Mais ce qui en a été fait par la suite du résultat (et je n’ai jamais évoqué ni NDA, ni Fabius, ni MLP, ni personne) a été, pour beaucoup, la preuve ultime du mépris des « élites » pour l’avis du peuple. Et ça, ça va rester à jamais dans la mémoire collective, rien à faire.

        • Oui, et il n’y a pas qu’au Royaume-Uni. Et ce n’est pas le fruit du hasard. Les « élites » euro-mondialistes ont des moyens considérables pour contourner ceux qui veulent s’opposer à leur projet.

  • Il semble qu’en cas d’élections, Johnson puisse compter sur l’appui du parti pro-Brexit.

    • Il semble également que depuis l’arrivée de BoJo au pouvoir, le parti conservateur ait fortement progressé dans les sondages 😉

  • BoJo contourne le parlement, parlement qui depuis 2 ans essaie de s’exonérer du résultat d’un référendum . Une fois de plus l’establishment refuse de rester dans son rôle . J’espère vraiment que les élections confirmeront le rejet de cette caste qui se prend pour le nombril du monde et que la sortie de la GB fera tache d’huile . L’UE n’a rien réussi, ou presque, mais la technocratie s’est accaparée de pouvoirs qui n’auraient jamais dû lui revenir et son agenda mondialiste ne va pas dans le sens de l’intérêt des peuples

    • pour les pays ayant opté pour l’euro ce n’est plus possible hors une économie dévastée.. et je ne suis pas un fan de l’europe je regarde les faits

      • Economie dévastée? avec la Lex Monnetae, expliquez moi, j’ai besoin de me détendre

        • easy .. a combien le marché va t il coter l »éventuel franc , basé sur 2500 milliards de dettes?

          • Ce n’est pas parce que 1Franc vaudrait 0,5 ou 0,4€, que la dette française serait multipliée de 2.
            Tout dépendrait de la confiance que montrerait la France.
            Il ne s’agirait pas d’un défaut de paiement maquillé mais d’une prise de risque affirmée.

    • Il paraît qu’il n’y aura pas d’élections (normal, ils vont tous perdre leurs postes, ceux qui brament contre le Brexit et qui sont majoritaires au parlement à l’instant).
      Pour continuer ensuite à accuser BoJo d’être un dictateur, fasciste et autres. La poilade absolue.

    • Il y a establishment et establishment. A la fin c’est la « House of Lords » qui a raison…et elle est acquise à BoJo. Dans les me*dias français on peut lire que le parlement a infligé une claque à BoJo en rejetant 1/ le no deal 2/ des élections anticipées (qu’ils ont passé leur été à demander…seulement, on a pas vraiment entendu parler de la décision la House of Lords de cette nuit, visant à ne pas tenir compte de l’avis du parlement sur certaines questions relative au brexit si ces dernières n’allaient pas dans le sens du référendum.

      Par ailleurs, contrairement à ce que l’on entends dire partout, la prorogation du parlement n’a rien d’extraordinaire est ce dernier est quasiment toujours suspendu 3 semaines en septembre pour permettre aux divers partis d’organiser leurs « universités d’été »…si les partis criant à un manque de démocratie avaient vraiment respecté ladite démocratie, ils auraient reportés leurs diverses universités d’été (ce qui leur a été proposé et qu’ils ont exclu)…

      Enfin que BoJo perde la majorité au parlement n’est pas une surprise suite aux resultats catastrophiques de May.

  • Rien que le fonctionnement normal d’une grande et vieille Démocratie.
    Le camp du remain a perdu le référendum, mais pas de beaucoup, il est normal qu’ils fassent tout ce qu’ils peuvent légalement faire pour faire valoir leurs intérêts.
    Mais à la fin le Brexit se ferra.
    Peux être en Octobre, peux être plus tard.
    Et c’est la qu’on se rendra compte que les Bojo, Corbin, May, Cameron, Farrage sont tous d’abord des Anglais.

    • leurs intérêts? je croyais bêtement que les élus étaient au service de la volonté du peuple (sous réserve de respect du droit). Je ne suis pas de ceux qui glorifient la démocratie mais quand on est dans le système on doit respecter la volonté de la majorité et mettre ses état d’âme dans sa poche (ou alors démissionner).

      • Les 48 % de votants contre le Brexit ne font pas partie du peuple ?
        Les élus sont évidements au service de LEURS électeurs et non du « peuple », parcque c’est la leur intérêt personnel.
        Si demain Corbin fait une grande déclaration pour annoncer que oui effectivement le peuple a voté le Brexit et qu’il allait coopérer pleinement avec Bojo, ce serait très noble de sa part.
        Sa carrière politique serait fini par contre, car il n’ aura pas défendu l’intérêt de sa faction.

        • Ils sont (très) nombreux les parlementaires britanniques élus dans des circonscriptions où le Brexit a gagné et qui pourtant sont contre ce Brexit. Quel « peuple » sont-ils censés représenter ? Ils ne représentent qu’eux-mêmes et leurs intérêts, désolé.
          Quant à Corbyn, je vous rappelle que lors des dernières élections le Labour aussi a fait campagne pour mettre en place le Brexit. Seuls les Lib-Dems (et les Ecossais) ont été honnêtes et ont dit ce qu’ils allaient défendre au Parlement.
          Sans parler du fait qu’il est devenu le premier chef de l’opposition à refuser des élections, surtout après les avoir demandées de façon véhémente et répété. Si même après tout ça sa carrière politique n’est pas finie… Ses fossoyeurs attendent seulement de passer le cap du 31 octobre, ensuite il va disparaître du paysage.

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