Élections anticipées au Royaume-Uni : un pari risqué pour Boris Johnson

Si les élections anticipées ont lieu, c’est un coup à double tranchant pour le Premier ministre et l’opposition : elles peuvent soit donner à Johnson une majorité confortable qui ferait de lui l’homme fort du Royaume-Uni et en Europe, soit le faire tomber.

Par Alexandre Massaux.

Le Premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, a demandé, fin août, des élections anticipées. Le parlement reprendra ensuite son activité pour discuter du Brexit fixé au 31 octobre, date que Boris Johnson s’est engagé à respecter. Ces élections, qui doivent lui donner une marge de manœuvre pour trouver un accord avec l’UE, suscitent d’importantes critiques sur la scène politique interne mais aussi internationale. Il apparaît dès lors que cette manœuvre politique constitue un coup risqué pour le Premier ministre.

Vers un renforcement de la position de Johnson au Royaume-Uni et dans les négociations avec l’UE

Avant l’élection de Johnson, le parti conservateur anglais était au plus bas. L’élection européenne a été un fiasco pour le parti de May et de Johnson, qui s’est retrouvé à la 5ème place avec 9 % des voix après le parti du Brexit à 31 %, les libéraux-démocrates à 20 %, les travaillistes à 14 % et les Verts à 12 %. Au niveau national, la situation était à peine meilleure compte tenu des sondages qui donnaient gagnants les travaillistes avec une montée continue du parti du Brexit.

La situation a commencé à changer, quand il est apparu que Johnson pouvait devenir Premier ministre, puis avec sa victoire. Le parti conservateur connaît dès lors une forte remontée dans les sondages tandis que le parti du Brexit chute : en juin les Tories étaient à 22 % et se retrouvent, au premier septembre, à 33 % ; le parti du Brexit passe lui de 20 % à 13 %. On comprend donc que la stratégie de Johnson consiste à réunifier l’électorat de la droite britannique divisée entre les conservateurs et les membres du parti de Nigel Farage. Pour cela, il s’agit de phagocyter le parti du Brexit tout en mettant en place une sortie de l’UE le 31 octobre. À cette fin, Johnson contourne le parlement afin de s’assurer un soutien électoral qui pourra lui être utile à moyen terme.

En outre, le Premier ministre envoie un message aux chefs d’États de l’UE en montrant qu’il est désormais maître des négociations du coté anglais. Theresa May s’était embourbée dans les discussions parlementaires qui avaient empêché un accord final. Boris Johnson souhaite éviter une situation similaire et montrer sa détermination face aux autres pays de l’UE et aux institutions européennes. Cette stratégie est en outre confirmée par le choix de partisans du Brexit dans son gouvernement comme Dominic Raab, désormais ministre des Affaires étrangères.

Politiquement, Boris Johnson contourne le parlement pour renforcer son poids politique, à la fois auprès de la population mais aussi face à ses homologues étrangers. Si cette stratégie présente des avantages en matière d’efficacité, elle est aussi source d’une polarisation dangereuse politiquement, mais aussi pour la stabilité du pays.

Une polarisation de plus en plus accentuée

La suspension du parlement incite, en effet, les opposants de Boris Johnson à se rapprocher. Le Parti travailliste (Labour), le Parti national écossais (SNP), les libéraux-démocrates, le Plaid Cymru (pays de Galles), les Verts et le Groupe indépendant pour le changement sont d’accord pour repousser la sortie du Royaume-Uni de l’UE. De plus, l’opposition se dit prête à voter une motion de défiance envers le gouvernement Johnson. Si ce rapprochement de circonstance se développe, il est néanmoins plombé par la personnalité de Jeremy Corbyn, chef des travaillistes considéré comme trop à gauche par les libéraux-démocrates. Une situation qui pourrait profiter à Johnson si ce dernier réussit à rassembler la droite derrière lui.

Même s’il est trop tôt pour parler de véritable alliance au niveau de l’opposition, force est de constater que la scène politique se polarise de plus en plus entre la gauche et la droite. Situation qui n’est pas sans rappeler celle qui se déroule au États-Unis. Si Johnson est différent de Trump, la situation s’en rapproche avec une opposition sur les questions sociétales de plus en plus marquée. Le risque est de faire basculer les centristes du parti libéral-démocrate dans le camp de la gauche britannique : ce parti a été, avec le parti du Brexit, celui qui a connu le plus de progression aux dernières élections et fut jadis un allié des conservateurs de 2007 à 2015. Un basculement à gauche du parti serait donc désavantageux pour Johnson.

Au final, c’est une situation problématique qui va s’accentuer au Royaume-Uni. La polarisation qui s’installe n’est pas tant celle du peuple contre les élites qu’une recomposition de la droite et de la gauche qui ont de plus en plus de mal à s’entendre. Si les élections anticipées ont lieu, c’est un coup à double tranchant pour le Premier ministre et l’opposition : elles peuvent soit donner à Johnson une majorité confortable qui ferait de lui l’homme fort du Royaume-Uni et en Europe, soit le faire tomber.

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