Boris Johnson n’est pas le Trump britannique : c’est un libéral

Boris Johnson (crédits BackBoris2012 Campaign Team, licence Creative Commons)

Là où la politique de Trump possède de nombreux aspects illibéraux, Boris Johnson se montre clairement en faveur de réformes pour la liberté.

Par Alexandre Massaux.

Comme prévu, Boris Johnson est devenu le Premier ministre britannique. Une nomination qui provoque de nombreuses réactions politiques et journalistiques, ses adversaires le surnommant en cœur le « Trump britannique ». Certains ressortent même la traditionnelle accusation d’agent/idiot utile de Vladimir Poutine, et oublient que Johnson a critiqué Poutine suite au discours de ce dernier contre le libéralisme et que les cadres du groupe européen ECR, — profondément anti-russe,  dont est membre le parti conservateur anglais — ont chaleureusement accueilli sa nomination. Certes, le nouveau Prime minister partage un caractère et un discours provocateur et direct semblant le rapprocher de Donald Trump, mais son programme est très différent.

Là où la politique de Trump possède de nombreux aspects illibéraux, Johnson se montre clairement en faveur de réformes pour la liberté.

Le libre-échange et l’immigration : deux points de divergences majeurs entre Trump et Johnson

Les deux pans majeurs de la politique de Donald Trump, mis en avant médiatiquement, sont : le protectionnisme, à travers la guerre commerciale, et la volonté de réduire l’immigration. Il s’avère que Boris Johnson a la vision inverse sur ces deux questions.

Le Premier ministre anglais a déclaré dans son premier discours :

Let’s start now on those free trade deals – because it is free trade that has done more than anything else to lift billions out of poverty.
(Commençons maintenant par ces accords de libre-échange, car c’est le libre-échange qui a fait plus que tout le reste pour sortir des milliards de personnes de la pauvreté.)

Un rappel du rôle du libre-échange dans la prospérité mondiale qui contraste avec le ton pessimiste du président Trump dont l’électorat est touché par la désindustrialisation. De même, il a exprimé les souhaits suivants : la conclusion d’un traité de libre-échange avec l’UE et que les ports britanniques soient des zones détaxées et sans frais de douanes, sur le modèle de Singapour.

Concernant l’immigration, le nouveau Premier ministre souhaite alléger le projet de Theresa May qui prévoyait une réduction drastique du nombre de migrants. Boris Johnson préfère un système à point comme en Australie et confirme sa volonté d’offrir une amnistie pour les immigrants sans permis, soit un demi-million de personnes, afin d’assurer une dynamisation du Royaume-Uni après le Brexit. Une conception là encore très différente de celle de Trump et même d’une partie des Brexiters. Boris Johnson a d’ailleurs déclaré dans son premier discours :

3.2 million EU nationals now living and working among us, and I say directly to you – thank you for your contribution to our society.
(3,2 millions de ressortissants de l’UE vivent et travaillent actuellement parmi nous, et je vous le dis directement – merci pour votre contribution à notre société.)

Un libéral classique plutôt qu’un conservateur

Quand on regarde de plus près les positions de Boris Johnson, même la qualification de conservateur est critiquable. Lorsqu’il était maire de Londres, Johnson avait décrit ses positions en se qualifiant :

[I am] free-market, tolerant, broadly libertarian (though perhaps not ultra-libertarian), inclined to see the merit of traditions, anti-regulation, pro-immigrant.
([Je suis] pro-marché libre, tolérant, largement libertarien (bien que peut-être pas ultra-libertarien), enclin à voir le mérite des traditions, anti-régulation, pro-immigrant.)

De même dans son premier discours en tant que Premier ministre il déclare que le Royaume-Uni doit être reconnu :

For our inventiveness, for our humour, for our universities, our scientists, our armed forces, our diplomacy for the equalities on which we insist – whether race or gender or LGBT or the right of every girl in the world to 12 years of quality education – and for the values we stand for around the world.
(Pour notre inventivité, pour notre humour, pour nos universités, nos scientifiques, nos forces armées, notre diplomatie, pour les égalités sur lesquelles nous insistons – que ce soit la race ou le genre ou LGBT ou le droit de chaque fille au monde à 12 ans à une éducation de qualité – et pour les valeurs que nous défendons dans le monde entier.)

À cela s’ajoute une forte critique de ce qui est appelé le Nanny State (État nounou) et qui consiste pour l’État à intervenir dans tous les domaines de la vie quotidienne très souvent à travers des taxes : en l’espèce, Johnson s’oppose à la taxation sur les produits alimentaires jugés peu néfastes pour la santé. Un point qui le différencie de ses prédécesseurs conservateurs May et Cameron.

À l’heure actuelle, peu de conservateurs ont ces discours. Loin d’être un populiste d’extrême droite comme certains veulent le faire croire, Johnson tient un discours orienté vers la liberté qui contraste avec le développement des politiques illibérales qui gangrène la droite classique en Occident. Certes, il ne s’agit que de discours et Johnson peut tout à fait faire le contraire. Toutefois, les positions défendues par Johnson sont devenues rares dans les discours politiques actuels et laissent une ouverture libérale.

Un négatif des dirigeants actuels de l’UE

La mauvaise réputation que Boris Johnson possède auprès des dirigeants pro-européens et de Bruxelles dépasse le simple fait que le Premier ministre soit un des leaders du Brexit. En fait, Johnson représente l’inverse des dirigeants européens et plus précisément de la France. Les nouvelles nominations aux institutions européennes y placent des partisans de l’interventionnisme, alors que Johnson se montre opposé à la réglementation. De plus en plus de voix s’élèvent dans les gouvernements européens pour réguler le capitalisme, Johnson souhaite davantage de libre-échange et plus de libéralisme économique.

On oppose parfois l’Europe de Colbert, étatique, dirigée par la France et l’Europe à celle d’Adam Smith, libérale, dirigée par le Royaume-Uni. Il semble que cette division va être plus que jamais d’actualité avec des tensions entre les deux pays, tant les visions de Macron et de Johnson s’opposent. D’autant plus que, si jusqu’à présent l’Allemagne avait un rôle de médiateur, l’affaiblissement politique de la chancelière Merkel va empêcher un apaisement. En outre, il ne faut pas considérer le Royaume-Uni si isolé qu’on ne le croit sur le continent. Un certain nombre de pays d’Europe centrale et du nord sont économiquement liés aux Britanniques et n’apprécieront pas que la France bloque des accords européens avec Boris Johnson.

Si ce dernier met en œuvre une politique basée sur le libre-échange, il deviendra le pire cauchemar des partisans d’une Europe centralisée. Si le Brexit réussit, d’autres États feront de même et sortiront de l’UE. Si des membres de l’UE ou des institutions européennes bloquent des projets de libre échange avec le Royaume-Uni, les États membres dépendants de l’économie britannique se retourneront contre les bloqueurs. Dans les deux cas, ces situations seront sources de divisions profondes au sein de l’UE. Celle-ci était à la base un marché commun et c’est avant tout grâce au succès de celui-ci qu’elle perdure : mettre en danger celui-ci signerait la mort de celle-ci.

En conclusion, il va être très intéressant et essentiel de suivre la politique interne et internationale de Boris Johnson. Bien sûr, il reste un politicien et sa politique peut être catastrophique. Néanmoins, le nouveau Premier ministre anglais a une carte à jouer et peut relancer une dynamique qui n’a plus été vue à l’œuvre depuis Margaret Thatcher. 

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