Bernard Arnault n’est pas responsable de la pauvreté en France, au contraire !

Pauvreté (Crédits : Luis Felipe Salas, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Sans des personnes comme Bernard Arnault, ce ne seraient pas 2000 personnes qui mourraient dans la rue chaque année, mais des millions de personnes.

Par Olivier Maurice.

La réaction de la France Insoumise à l’annonce que la fortune de Bernard Arnault dépasserait les 100 milliards de dollars était plus que prévisible. Qui mieux qu’eux pouvait sortir une ânerie économique aussi gigantesque en ciblant l’industriel français ? Qui pouvait aussi fièrement se couvrir de ridicule en démontrant sa totale incompréhension des bases mêmes de la vie dans nos sociétés modernes ?

La réalité est pourtant assez simple à comprendre : sans des personnes comme Bernard Arnault, ce ne seraient pas 2000 personnes qui mourraient dans la rue chaque année (chiffre clairement erroné, mais ne sortons pas du sujet) mais des millions de personnes, comme c’est le cas à chaque fois que les idées des apôtres de l’économie productiviste ont été mises en application.

S’étant sans aucun doute rendu compte de l’absurdité de cette communication (si tant est qu’il n’y ait jamais eu une autre intention dans cette sortie, autre que celle de faire parler d’eux, alors que le mouvement est en pleine déroute au lendemain de l’élection Européenne), Manon Aubry en a profité pour sortir une absurdité encore plus énorme que la précédente, pensant peut-être calmer les esprits en ressortant l’argument éculé de la massue fiscale sélective.

Il faudrait peut-être que quelqu’un explique à Manon Aubry qu’il y a des gens (des vrais gens, qui travaillent, qui aident les autres, qui participent à la société) qui l’hiver dernier (on vient d’entrer en été) se sont fâchés tout rouge à cause d’une histoire de massue fiscale.

L’exploitation de la peur

On peut comprendre qu’à l’aube de la révolution industrielle, des théories économiques totalement farfelues et débordantes de misanthropie aient vu le jour. Quand le monde change rapidement, quand les repères disparaissent pour être remplacés par d’autres, il est assez normal que des théories absurdes et souvent apocalyptiques apparaissent alors que s’expriment plus fortement que d’habitude les peurs de ceux qui peinent à comprendre ce qui est en train de se produire.

Mais la révolution industrielle a commencé il y a pratiquement 200 ans. Tout le monde a malheureusement pu constater à de trop nombreuses reprises les catastrophes produites par les différentes moutures élaborées à partir de la dialectique matérialiste de Karl Marx, que ce soient dans les gentilles colonies de vacances des Kibboutz ou dans les camps de la mort russes et chinois.

Si on peut comprendre la réaction qui poussait certains au début du siècle dernier à refuser tout changement, à crier à l’apocalypse et à revendiquer le retour en arrière (appelé progrès pour l’occasion), on ne peut plus décemment admettre cette réaction de nos jours.

Mais on ne peut plus excuser le comportement de ceux qui continuent à entretenir ces craintes actuellement sans les soupçonner, soit de détournement et de manipulation pour leur propre intérêt, soit de fascination perverse pour un modèle dont l’issue tragique de son application ne fait absolument aucun doute.

Une vision simpliste et erronée

La théorie économique marxiste est fausse. Elle ne correspond absolument pas à l’activité humaine. Les idéologies qui ont découlé de son analyse, qu’elles soient russes ou allemandes, de droite ou de gauche, nationalistes ou internationalistes, nazisme ou soviétisme, l’ont clairement démontré par leur naufrage.

Cette théorie considère que cette dernière consisterait en la diffusion de marchandise. Le travail et les outils de production fabriqueraient des richesses par transformation des matières premières et ces marchandises seraient ensuite distribuées, vendues aux consommateurs. Profondément positiviste et productiviste, elle n’est basée que sur ce qui découle de la production de marchandises. Les biens auraient une vie : ils sont produits, vendus puis consommés et toute l’activité économique se résumerait à l’encadrement (ou non) de ce cycle de vie, se résumerait à savoir ce que devient le produit du travail.

La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s’annonce comme une « immense accumulation de marchandises. L’analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de nos recherches. – Das Kapital, Karl Marx, 1867 – Livre 1, premier chapitre, première phrase.

Ironie pour une théorie qui promettait de « fournir à chacun selon ses besoins », le besoin n’apparaît nulle part dans cette vision profondément misanthrope et matérialiste qui se place résolument du point de vue de l’exploiteur, de l’égoïsme et de la jalousie.

Il est aussi étrange que révélateur qu’il ne soit jamais venu à l’esprit des concepteurs et adeptes de cette vision qu’il puisse y exister des échanges pacifiques entre les êtres humains, qu’il puisse se produire autre chose que le vol, l’esclavage et l’escroquerie dans une société, qu’il n’existe aucun horizon en dehors de celui de produire toujours plus, en dehors de celui qui consisterait à transformer les êtres humains en une armée d’esclaves, de clones indissociés asservis au labeur leur vie durant, que le besoin ne puisse être comblé que par le productivisme et l’égalitarisme forcenés.

Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l’asservissante subordination des individus à la division du travail […] ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital ; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors […] la société pourra écrire sur ses drapeaux : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! «  – Programme du Parti Ouvrier Allemand, Karl Marx, 1875

Voler la fortune de Bernard Arnault, puis celle de ceux qui seront les suivants sur la liste ne bénéficiera jamais aux moins fortunés, loin de là : cela les appauvrira fortement.

75 ans de paix

La base de la vie harmonieuse en société est l’échange consenti. La confiance et la paix entre les êtres humains se fabrique par des dons réciproques et simultanés. La simultanéité et le consentement sont les clefs qui pacifient les rapports entre individus. Quand la simultanéité vient à manquer, il s’établit aussitôt un rapport de force. Quand le consentement vient lui à manquer, le rapport de force se transforme en violence, en domination et en servitude.

La théorie marxiste passe totalement sous silence cette notion d’échange et pour cause : cela mettrait par terre toute cette belle construction intellectuelle, cela rendrait l’économie complétement impossible à maîtriser, cela jetterait au feu les espoirs de dominer un jour cette humanité que les collectivistes détestent tant.

Lors d’un échange consenti, il y a création de valeur : chacun reçoit quelque chose dont il a besoin et si ce n’est un besoin immédiat, c’est au pire la promesse de pouvoir combler un besoin futur. Quand celui qui a soif donne du pain contre de l’eau à celui qui a faim, les deux parties en sortent satisfaites. L’un voit sa faim rassasiée, l’autre sa soif étanchée.

Bien sûr, les échanges ne sont jamais parfaitement justes, mais les deux besoins ont été comblés, que ce soit totalement ou partiellement n’y change rien : il y échange et la valeur se crée, les besoins sont comblés, la vie continue.

Il n’existe que deux autres alternatives : soit il n’y a aucun échange et chacun meurt dans son coin, l’un de faim, l’autre de soif, soit la violence s’embrase et l’un des deux périt ou finit en esclavage.

Le miroir du succès

L’être humain est naturellement outillé pour opérer ce commerce : il sait se faire comprendre et négocier, il sait faire preuve à la fois de persuasion et de diplomatie, il sait sentir les besoins de l’autre et y être sensible. Mais ces qualités humaines sont peut-être difficiles à comprendre pour certains.

Dans une société de commerce, d’échange libre, quand une personne s’enrichit, c’est uniquement parce qu’elle a permis à une autre personne de s’enrichir également. La fortune de Bernard Arnault est le miroir d’une fortune équivalente : celle des employés, des partenaires et des clients de ses entreprises. Tout comme la fortune de ces derniers est le miroir d’autres échanges.

Il n’existe aucun vendeur riche quand tous les clients sont pauvres et il n’existe aucun client riche quand tous les vendeurs sont pauvres. Personne n’échange quand il n’a rien à échanger.

Producteurs et consommateurs sont interdépendants et quand l’échange est libre, chacun ne réussit que parce que l’autre réussit. Si Jeff Bezos, Bill Gates et Bernard Arnault sont en tête des fortunes mondiales, c’est qu’ils ont réussi à satisfaire des milliers, des millions, des milliards de clients.

Plutôt que de vomir sur les fortunes de quelques-uns, par bêtise, par jalousie et par haine de l’espèce humaine, plutôt que d’être tellement égocentrique que l’on ne voit que de l’égoïsme là où il y a coopération, nous devrions nous féliciter de cette preuve évidente de la diffusion de la valeur dans notre société, applaudir très fort les succès de quelques-uns parce qu’ils sont la preuve évidente qu’ils ont activement participé au succès d’un grand nombre.